‹ L'instruction publique et la RévolutionChapitre 51 sur 110 · Michel Brôal : Qwlques mots sur Vinttrueiion publiqueé · texte numérisé non relu

Michel Brôal : Qwlques mots sur Vinttrueiion publiqueé

écrire, les jeunes gens prennent leurs écrits avec tant de négligence qu'ils ne les peuvent lire. On remédierait à ce mal en rétablissant la lecture des bons auteurs imprimés que les professeurs accompagneraient de leurs observations. »

Il y avait là, cette citation le prouve, une vieille tradition universitaire, et nous ne prétendons certes pas faire un crime aux écoles centrales de Tavoir recueillie. Gela était fatal. La faute revient tout entière à la Convention qui, en soustrayant renseignement et les méthodes à toute espèce de contrôle, avait désarmé d'avance ses successeurs. Toutefois, le Directoire aurait pu sur ce point comme en bien d'autres, à ce qu'il semble, exercer une action plus énergique. Nulle part, dans la correspondance, on ne trouve la trace de cette action; au contraire. Le conseil d'instruction publique lui-même était manifestement partisan du système des cahiers. Il se les faisait envoyer, les lisait avec beaucoup d'attention, en rendait compte au ministre, et, souvent, les retournait à leur auteur accompagnés de lettres de félicitation. Nous avons lu beaucoup de ces lettres ; aucune ne contient d'objection de principe ni d'invitation à réserver un peu du temps énorme que prenaient les dictées, soit à l'explication des auteurs, soit à la correction des devoirs écrits. Ces deux exercices ne sont même pas mentionnés : on pourrait croire qu'ils étaient complètement tombés en désuétude. A coup sûr, ils avaient beaucoup perdu de leur importance.

En somme, une ou deux innovations heureuses : l'ancien cadre d'études élargi, complété par l'adjonction du dessin et des sciences ; ces dernières appelées au partage de l'empire exclusif trop longtemps exercé par le latin, et, par ainsi, l'enseignement désormais plus exactement réglé sur les

besoins d'une société démocratique — mais, à côté de ces avantages, une absence totale d'ordre et de liaison dans les étudesy de discernement dans le choix des matières et de régularité dans les exercices; des cours facultatifs au lieu de classes ; ceux de mathématiques et de dessin seuls un peu suivis, les autres généralement abandonnés ; renseignement de l'histoire réduit à des proportions ridicules et conçu dans l'esprit le plus étroit et le plus mesquin ; les études littéraires abordées sans préparation, puis interrompues, pendant deux années, sans motif; des matières rebutantes ou beaucoup trop ardues pour de jeunes esprits, comme la grammaire générale et la législation, traitées sur le même pied que les connaissances les plus indispensables; en revanche, d'enseignement religieux point ; de philosophie pas davantage; la morale spiritualiste elle-même écartée, comme gothique; aucune discipline, la liberté partout et pour tous, dans les méthodes et pour les maîtres aussi bien que pour les élèves; ni programme, ni règlement général; pour toute surveillance et pour toute direction, l'ingérence d'autorités incompétentes et préoccupées d'intérêts exclusivement politiques ; uncorps de professeurs assez bien rétribué sur le papier, en réalité fort misérable et réduit à vivre d'expédients, recruté sans aucune règle et n'offrant aux familles aucune garantie de savoir et de moralité, sans considération et sans autorité, tel est d'après les documents les plus authentiques, l'aspect de la très grande majorité des écoles centrales; voilà, prise sur le fait, dans la plus réfléchie de ses conceptions, l'œuvre révolutionnaire, l'organisation c géométrale » appelée à remplacer le régime barbare des cidevant collèges et des ci-devant universités. En vérité, la barbarie valait encore mieux et ce n'était pas la peine de tout détruire pour en arriver, après dix ans de tâtonnements et d'efforts, à de si pauvres résultats I

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