‹ L'instruction publique et la RévolutionChapitre 56 sur 110 · F. 172298 {Programme de VÉeoU centrale du Gard · texte numérisé non relu

F. 172298 {Programme de VÉeoU centrale du Gard

F. 63010] : « L'école centrale présente des fruits satisfaisants, mais par le défaut d'un règlement général, la liberté qu'ont les élèves d'être appliqués ou de ne pas l'être, d'être assidus ou inexacts, nuit infiniment aux progrès de l'enseignement...»

François de Neufch&teau comprit combien cette lacune était grave, et, dès les premiers temps de son ministère, nous le voyons occupé de la combler. Le 20 fructidor an Y, il adresse aux administrations centrales de département les questions suivantes :

<x Les édifices consacrés aux écoles centrales ont-ils les convenances que la loi détermine et celles que fait désirer leur destination?

Par quels moyens, économiques pourrait-on les approprier?... Quelle a été la composition du jury central et la conduite de ses membres dans l'exercice de leur ministère?

Quels sont les noms des professeurs, leur âge et les sciences qu'ils doivent enseigner?

Se sont-ils attachés à inspirer dans leurs leçons la haine de la royauté, l'amour de la patrie et les vertus républicaines?

Combien d'auditeurs ont suivi les cours de chacun d'eux?

Avec quelle solennité a-t-on distribué les prix? quels cours ont été les plus suivis? etc., etc. »

Et il ajoutait : a Vous avez fait des règlements pour la tenue de vos écoles, lesquels doivent être suivis jusqu'au règlement général que le gouvernement prépare. Un an d'expériences a dû faire connaître ce qui pouvait manquer à ces règlements provisoires; vous devez les analyser et me communiquer tout ce qui peut servir à les rendre complets. »

Dans une autre circulaire, adressée cette fois aux professeurs eux-mêmes, je note encore ce qui suit :

Paris le 15 Floréal an VU de la République Française, une et indivisible,

LE MINISTRE DE l'iNTÉRIEUR AUX PROFESSEURS DES ÉCOLES CENTRALES

« Citoyens, je vous envoie ci-joint deux séries de questions auxquelles je vous invite à répondre de la manière indiquée. En les lisant, vous vous convaincrez de Tutililé de ces renseignements pour la direction de F Instruction publique et, par conséquent, du désir que j'ai de recevoir promptement vos réponses.

État des qiiestions auxquelles chaque professeur en particulier doit répondre,

« l<> Son nom, son &ge, la chaire qu'il occupe et depuis quand ?

a^" A-t-il été auparavant instituteur public, combien de temps \ qu'enseignait-il?

3° A-t-il été instituteur particulier? combien de temps ? qu'enseignait-il?

4<» A-t-il envoyé ses cahiers au ministre de Fintérieur?

5» A-t-il publié des ouvrages? quels sont-ils?

6<» Suit-il dans ses cours quelque ouvrage imprimé? quel est-il?

?<" Combien de temps dure son cours? combien de leçons donne-t-il par décade?

8« Si son cours dure plus d'un an, comment arrange-t-il les études des nouveaux arrivants avec celles des élèves qui sont plus avancés?

9<» Combien son cours a-t-il compté d'élèves en l'an .V, et, en général, de quel Age étaient-ils?

10° Mômes questions pour Tan VI.

11^ Mêmes questions pour l'an VII. »

Questions auxquelles les professeurs réunis doivent répondre.

« 1« Dans quel ordre les élèves suivent-ils les différents cours?

â^" Qui est-ce qui leur prescrit cet ordre, ou ne dépend-il que de leur volonté?

3<> Quelle est la durée du cercle entier des éludes?

4'» Beaucoup d*élèves se proposentrils de le parcourir tout entier?

5<* Quel &ge ont en général ceux qui se présentent avec ce projet?

6<» Comment chaque professeur fait-il cadrer ses heures de leçons avec celles des autres professeurs et avec le temps nécessaire aux élèves pour travailler et se reposer?

7° Quelle est Tépoque et la durée des vacances?

8<» Examine-t-on les élèves? A quelles époques et dans quelles formes?

9« S'est-il établi près de Técole des pensionnats où Ton fasse travailler les jeunes gens d'après les leçons qu'ils reçoivent à Técole? »

Celle circulaire porte la date du 15 floréal an Vil, preuve qu'à ce moment François de Neufchâteau n'avait encore pu tirer des administrations départementales que des renseignements insuffisants, et qu'il n'était pas>n mesure de soumettre au Directoire un travail d'ensemble. Mais il est clair que ce travail élait en préparation et que le ministre n'attendait pour y mettre la dernière main que d'avoir terminé son enquête.

Entre temps, il eut encore une idée qui fait honneur à son esprit d'initiative, nous voulons parler du rétablissement du concours général. Institué par un arrêt du Par-

lement du 8 mars 1746, le concours général des collèges avait duré jusqu'à leur suppression en 1793^ et, de l'avis des hommes les plus compétents, il avait rendu de réels services aux études. Lakanal et Daunou ne devaient pas l'ignorer lorsqu'ils élaboraient leurs projets; mais, à ce moment, tout ce qui tenait à Tancien régime était si décrié qu'ils n'avaient pu songer à maintenir cette utile fondation. On s'était contenté, pour y suppléer dans une certaine mesure, de donner plus de pompe et d'éclat aux exercices publics par où se terminait l'année scolaire.

L'usage de ces exercices n'était pas une nouveauté ; dès le dix-septième siècle, il était déjà fort répandu dans les collèges des Jésuites. Ces excellents éducateurs savaient tout ce qu'on peut obtenir de la jeunesse par l'amourpropre, et dans leur système d'études Témulalion jouait un grand rôle. Ils avaient institué trois Académies de philosophie, de rhétorique et de grammaire dont faisaient partie les élèves qui s'étaient le plus distingués dans ces divers genres, et qui avaient chacune un président, assisté de deux conseillers et d'un secrétaire. Les Académies se réunissaient les dimanches ou les jours de congé, soit pour entendre la lecture d'un de ces petits poèmes, tels qu'en renferment les recueils du dix-septième siècle (musœ rhetorices)y soit pour assister à la discussion d'une thèse. On y composait aussi des inscriptions, des énigmes, des dialogues, des scènes pastorales, etc. Une fois par an, le jour de la fête de la Sainte Vierge, les jeunes académiciens donnaient une séance publique, à laquelle étaient conviés les parents et que parfois de très grands personnages, le Roi lui-même, ne dédaignaient pas d'honorer de leur présence*.

1. La distribution des prix du concours général avait même eu, cette année-là, un éclat inaccoutumé. (Voir plus haut , page 64.)

2. Ces pratiques sont encore aujourd'hui fort répandues chez les Jésuites. Ils ont comme autrefois une académie pour les philosophes, une autre pour

Les exercices des écoles centrales semblent avoir eu beaucoup de rapport avec ces joutes littéraires ^ Ils précédaient d'un jour ou deux la distribution des prix, quand ils ne se confondaient pas avec elle et se passaient en public. Le Directoire, avons-nous dit, tenait à leur donner la plus grande solennité possible. Outre les parents, les autorités constituées civiles ou militaires y assistaient, revêtues de leurs costumes ou de leurs insignes, et c'était au milieu d'un concours imposant que les meilleurs élèves de chaque section avaient à répondre sur des matières fixées d'avance. Dans beaucoup d'écoles on joignait à ces interrogations, qui duraient souvent plusieurs jours, des intermèdes de gymnastique, d'escrime,

les rhétoriciens et les humanistes, une troisième pour les élèves de grammaire.

Chacune de ces académies a ses charges honorifiques : un président, deux conseillers, un secrétaire et un maître des cérémonies. Le président et les conseillers sont élus tous les six mois par les académiciens à la pluralité des voix. Le vote est secret.

Le directeur est un père nommé par le recteur du collège, et c'est sous sa surveillance qu*ont lieu les exercices.

Les réunions se tiennent une fois la semaine, et se passent généralement ainsi : au commencement, le secrétaire donne lecture du procès-verbal de la séance précédente. Le Père directeur prend alors la parole et traite quelque sujet littéraire. Tantôt ce sont des préceptes qu*il développe d'une manière plus détaillée et plus intéressante qu'il n*a pu le faire en classe, tantôt c'est un point d'histoire littéraire qu'il étudie. Les Académiciens donnent ensuite lecture des devoirs qu'il ont faits pendant la semaine, en dehors de leurs devoirs de classe, bien entendu : traductions, lettres, descriptions, pièces de vers, môme français, et la discussion s'engage sur ces travaux. Chacun fait ses observations, ses critiques et propose ses corrections; après quoi, si quelqu'un des devoirs en est jugé digne, on décide qu'il sera transcrit sur le cahier d'honneur de l'Académie, et la séance se termine par une lecture utile du directeur ou par un exercice de déclamation.

Trois ou quatre fois Tan, indépendamment de ces réunions hebdomadaires, ont lieu des séances solennelles et publiques, auiquelles assiste souvent quelque personnage marquant. Le programme est envoyé d'avance aux invités. Ces jours>là les académiciens portent leurs décorations, et c'est leur président qui ouvre les exercices par un prologue ou une dédicace, et qui les termine par un épilogue.

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