‹ L'instruction publique et la RévolutionChapitre 90 sur 110 · Nous ne l'y avons pas trouvé · texte numérisé non relu

Nous ne l'y avons pas trouvé

Tous doivent se rapporter les uns aux autres et concourir vers un centre commun. On ne doit pas espérer que tous les pro* fesseurs atteindront d'abord le but désiré; il faut continuer à exiger d'eux, au commencement de chaque année, un programme de ce qu'ils comptent enseigner, et à la fin de l'année, un sommaire des leçons qu'ils auront données. C'est le moyen de s'assurer de leur vigilance et d'exciter leur émulation. Il faut, de plus, vu le manque absolu de bons livres élémentaires dans bien des genres, exciter les professeurs à rédiger des cahiers complets; et il serait bon de les y encourager en promettant des récompenses à ceux qui auraient produit des ouvrages dignes de servir de modèles et de guides à leurs confrères. Il ne serait pas moins nécessaire, et par les mêmes raisons, de continuer à examiner les différents livres, tant anciens que nouveaux, qui sont destinés aux écoles et qui sont déjà en usage, afin de recommander aux professeurs ceux qui peuvent être utiles et de les prévenir contre les autres. Un des principaux moyens de succès est donc de conserver une correspondance active avec les écoles centrales.

Chaires spéciales à ajouter à certaines écoles centrales. — Un grand avantage de cette correspondance serait encore de faire connaître les circonstances locales qui peuvent nécessiter la création de quelques chaires destinées à approfondir certaines parties des sciences. Par exemple, le professeur de législation, ainsi que tous les autres des écoles centrales (et il ne faut jamais perdre de vue ce principe), est destiné non *pas à épuiser telle partie de son sujet, mais à donner à ses élèves les connaissances fondamentales que doit posséder tout homme bien élevé, quel que soit son état dans la société. Il doit donc enseigner les principes de la morale privée et publique et ceux de l'organisation et de l'économie sociale, qui sont nécessaires à tout citoyen pour connaître ses droits et ses devoirs et les intérêts de sa patrie. Cependant, dans les grandes communes, où beaucoup de jeunes gens se destinent au barreau, il arrive que les élèves et surtout les parents, n'ayant en vue qu'une utilité prochaine, forcent les professeurs de légis lation à ne leur enseigner que la jurisprudence. De même dans les cités où il y a beaucoup d'étudiants en médecine, ils vou-

draient souvent que le professeur d'histoire naturelle et de chimie de Técole centrale se réduisit à ne leur faire qu'un cours très étendu de botanique. Dans de telles circonstances, le Conseil croit qu'il faut veiller très soigneusement à ce qu'on ne s'écarte pas du but de l'instruction, mais qu'il serait à propos d'ajouter à l'école centrale de ces villes une chaire spéciale de droit ou de botanique ; et il pense que c'est ainsi qu'en peu d'années toutes les parties des sciences se trouveraient enseignées dans difiérents endroits de la République d'une manière très étendue et très approfondie ; ce moyen peu dispendieux remplacerait pour le moment et avec avantage ces projets d'écoles spéciales ou de lycées qui n'auront de longtemps leur exécution et qui ne pourraient peut-être jamais être aussi utiles.

Écoles spéciales pour les sciences morales et politiques» — Le Conseil désirant vivement la conservation de toutes les grandes écoles spéciales ou de service public actuellement existantes, ne proposera point d'en établir de nouvelles. Il y a cependant une exception à faire à ce principe; les sciences morales et politiques soat peu avancées ; il est indispensable de former des hommes capables de les enseigner. Il est à désirer que bientdt personne ne puisse parvenir aux places éminentes de la République sans en avoir fait une étude approfondie. On croit donc qu'il serait utile qu'elles eussent à Paris une école supérieure qui fût à peu près pour elles ce qu'est l'École polytechnique pour les sciences physiques et mathématiques. Mais cela même pourrait s'exécuter sans de grands frais. Il suffirait peut-être d'apporter quelques légères modifications à l'existence du Collège de France et d'y ajouter un petit nombre de chaires. Ce serait à la sagesse du gouvernement à décider quels examens seraient nécessaires pour être admis à cette école, quels examens on devrait subir en en sortant pour être habile à remplir certaines fonctions, et à dater de quelle époque ces examens devaient commencer à être exigés. Si le ministre goûtait ce projet, on pourrait s'occuper des détails de son exécution.

En attendant, vu que l'étude des sciences morales et politiques est absolument nécessaire pour former do bons citoyens,

et que cependant elle est extrêmement négligée parce qu'elle est repoussée par tous les préjugés et qu'elle n'est exigée pour parvenir à aucun des états utiles de la société, le Conseil pense qu'il faudrait annoncer que, dans peu d'années, nul ne sera admis au cours public des diverses écoles spéciales et du service public qu'en apportant la preuve qu'il a suivi un cours de législation dans une école centrale.

Enfin le Conseil a porté ses regards sur les pensionnats et il n'a cessé de s'efforcer d'en augmenter le nombre. U a vu avec plaisir que depuis un an ou deux il s'en était établi beaucoup près des écoles centrales. Mais il regrette que la plupart soient encore dépourvus de ces utiles établissements, sans lesquels une école ne peut avoir de grands succès. En effet, il ne suffit pas que les jeunes gens reçoivent de bonnes leçons, il faut qu'ils aient quelqu'un pour les en faire profiter et pour les surveiller, et, iaute de pensionnats, beaucoup de parents éloignés des villes refusent d'y envoyer leurs enfants parce qu'ils ne savent à qui les confier. Cependant, le Conseil pense que le gouvernement ne doit jamais songer à fonder à ses frais de pareilles maisons, mais qu'il doit en favoriser l'établissement par tous les moyens qui sont en son pouvoir. Celui qui a paru le meilleur serait, lorsqu'on connaîtrait un homme capable, de le déterminer à former une pareille entre* prise, en lui offrant de placer chez lui les pensionnaires de l'État créés près de chaque école par l'article 8 du titre Y de la loi du 3 brumaire an IV. Cette mesure remplirait deux objets à la fois.

Grand pensionnat, — Il en résulterait encore un autre bien : la République entretenant effectivement, près des écoles centrales des départements, ce grand nombre de jeunes gens occupés de leur première éducation, pourrait appliquer à une autre destination les places du Prytanée français. Elle pour* rait en faire le pensionnat particulier des grandes écoles spéciales établies à Paris. Y ôtre admis pour y achever son éducation serait la récompense des succès obtenus dans les écoles centrales. Cela y répandrait l'émulation la plus vive et ouvrirait un chemin assuré jusqu'aux professions les plus avantageuses à tous les jeunes gens dénués de fortune mais riches

en talents. Sans ce complément, les secours qu'on leur offre pour commencer leurs études ne font que reculer le moment où, faute de moyens, ils sont obligés de renoncer à s'instruire.

Citoyen ministre, le Conseil bornera ici ses réflexions. Quelque importantes que soient les écoles primaires, il ne vous en entretiendra pas actuellement parce qu'il voit avec douleur que le moment n'est pas encore venu où l'on pourra s'en occuper avec succès, et pour les rendre vraiment utiles il faudrait, avant tout, former des instituteurs capables de les bien diriger. Or c'est ce que l'on ne peut espérer que dans l'état florissant des écoles centrales, dont on pourra alors se servir comme d'écoles normales pour les instituteurs d'un ordre inférieur. Mais le Conseil vous devait de vous rendre compte de ses travaux jusqu'à ce jour, et de vous proposer les mesures qu'il regarde non seulement comme praticables actuellement, mais -comme tellement urgentes que, sans elles, tout progrès ultérieur est impossible à espérer. C'est avec satisfaction qu'il vous répète que par ce petit nombre de moyens d'une exécution facile, il est assuré que l'instruction publique prendra, dès l'an IX, un essor qui fera la gloire de votre ministère, le bonheur des citoyens, et on peut le dire, la prospérité do l'État, car c'est surtout des progrès et de la diffusion des lumières que le gouvernement doit attendre sa stabilité.

Le Conseil arrête que ce rapport sera adressé au Ministre de l'Intérieur.

Pour copie conforme :

Le Secrétaire du Conseil^

(Signé) Vincent Campbnon.

COMPTE RENDU SUR L'INSTRUCIION PIBLIQUE

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