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F" 3001. Minute d'un rapport aux Consuls

l'insthuction publique. 20

lesquelles ces instituteurs affectaient un mépris insolent. Quel père eût voulu confier ses enfans à de tels maîtres?

Les préfets, profitant des dispositions de la loi du 3 brumaire, qui leur donne le droit de destituer les instituteurs, ont» dans quelques endroits, opéré des remplacemens et fait des choix plus dignes de la confiance des familles ; c'est un faible pas vers le bien, mais la chose péchant par son fondement, ce n'est point par partie ou par localité qu'il faut appliquer le remède.

Les loix qui ont institué les écoles centrales ou qui leur ont donné des règlemens, les professeurs qui y enseignent n 'ont subi aucun changement; ainsi l'enseignement doit y être resté tel qu'au premier nivôse.

Cependant» s'il ne s'en est pas fait dans le matériel de l'enseignement, je pense qu'on peut prouver, par la direction des cours, qu'il s'en est opéré un dans l'esprit général des écoles, du moins parmi les étudians; car les études abstraites et métaphysiques, déjà peu en faveur au 1*' nivôse, sont entièrement abandonnées aujourd'hui, et les études positives, toujours suivies, ont pris encore plus de faveur; ce fait, qui est certain, prouve, d'une part, l'imperfection extrême de la loi du 3 brumaire, qui a mis des études chimériques, inutiles ou dangereuses en place des études fondamentales de toute bonne éducation ; et, d'une autre, le bon sens naturel aux hommes qui luttent sans cesse contre une mauvaise loi et réparent le mal qu'elle fait.

Cet objet est d'une si haute importance, que je crois devoir parcourir rapidement l'état de chacun des cours établi parla loi, je réunirai seulement ceux qui ont entre eux un grand rapport.

1<> Dessin, histoire naturelle et mathématiques.

Ces trois cours sont les plus suivis, ils l'ont toujours été, mais, depuis le 1^ nivôse jusqu'aujourd'hui, le nombre des élèves s'est accru, soit parce que le goût de l'étude s'est développé avec la liberté, soit parce que la réquisition étant devenue moins sévère au moyen des remplacemens, tous ceux qui ont eu quelque aptitude ont continué leurs travaux.

Dans les départemens, le dessin est l'école des artisans ;

c'est là, il faut le dire, un des plus grands biens de la Révolution; je ne doute pas que les arts mécaniques n'y gagnent, que les formes ne s'améliorent. C'est là où l'on apprend à devenir bon menusier, bon orfèvre, et nous avons maintenant sous les yeux une grande preuve de la nécessité de cet art. L'exposition des projets de colonnes, venus de tous les points de la République, montre à quel degré on porte en France l'ignorance des formes agréables et des élémens du dessin. Le remède à ce mal est tout trouvé

L'étude de l'histoire naturelle était uniforme pour tous les départemens, parce que tous les professeurs, qui n'étaient stimulés par l'espérance d'aucune gloire, enseignaient tous d'après des livres; depuis quelques mois elle s'est dirigée, dans ses applications, vers l'agriculture, la minéralogie, la médecine môme, suivant le goût particulier du pays.

Les mathématiques ont aussi plus d'élèves depuis le 1^ nivôse; l'espoir d'arriver à l'École polytechnique, et, par là, de s'affranchir de toute réquisition et de parvenir ensuite à un état honorable et utile, est un stimulant également pour les enfans et pour leurs parens; ceci prouve combien il est nécessaire de donner un but à l'étude, si l'on veut en assurer le succès.

J'observe seulement à cette occasion qu'en général on n'enseigne pas assez les mathématiques dans leur rapport avec les arts et les services publics;

2<» Les cours de physique et de chimie sont moins fréquentés que les précédents, et, dans beaucoup d'endroits, les écoles manquent des choses nécessaires aux démonstrations; mais il y a, au reste, une grande infériorité entre ces profes* seurs et ceux des mathématiques;

3® En généraly les professeurs de langues anciennes sont peu instruits : il en est à peine un tiers qui puisse enseigner le grec, et il en est plusieurs qui n'écrivent que très imparfaitement V orthographe.

Je n'ajouterai rien à ce passage extrait du rapport que m'a remis le Conseil d'instruction publique, sinon qu'on peut en dire presque autant des professeurs de belles-lettres ;

4° La grammaire générale, l'histoire et la législation n'ont

jamais été beaucoup, suivis parce qu'il est impossible de déterminer la matière de renseignement, ni d'en fixer la forme, parce que ces objets, bors de la portée du commun des hommes, surpassent de beaucoup les facultés d'un enfant, parce qu'on n'aperçoit pas l'utilité d'une grammaire gênéralCy parce que l'on n'apprend pas à faire des loix, el que cent deux professeurs de législation seraient des êtres fort dangereux, parce qu'on ne peut enseigner Tbistoire dans un pays où l'on n'a pas adopté une chronologie fixe et déterminée, et que si les gens instruits peuvent discuter et choisir entre plusieurs systèmes, les parens ne permettent pas qu'on enseigne à leurs enfans une doctrine qui heurte leurs opinions religieuses.

J'ajouterai que les élèves arrivant à un cours d'histoire sans aucune des notions préliminaires qui la rendent intéressante, n'ont jamais dû y prendre goût.

Aujourd'hui, ces trois études sont tombées dans le plus absolu discrédit, et les écoles sont heureusement tout à fait désertes.

Ainsi, depuis le 1^' nivôse, aucun changement légal n'a été opéré dans les écoles centrales, mais un progrès sensible dans le mode d'enseignement et dans le nombre d'auditeurs pour le dessin, les mathématiques et l'histoire naturelle; les belles-lettres et les langues n'ont pas changé d'état ; la grammaire générale, la législation et Tbistoire entièrement abandonnées, l'enseignement primaire nul.

Les seuls changemens utiles qu'on puisse apercevoir sont dans de meilleurs choix d'individus pour les places vacantes, dans une surveillance plus sévère de la part des préfet».

Au surplus, je ne dois pas vous taire, citoyens consuls, qu'il est des professeurs de langues et de belles-lettres qui sont vraiment dignes de ce titre, et je recueille actuellement, par le moyen des préfets, les noms de ceux d'entre eux qui méritent d'être distingués.

Mais si l'enseignement des écoles centrales n'est pas amélioré, il est une partie qui a éprouvé une réforme importante; ce sont les Collèges qui sont réunis sous le nom de Prytanée; vous avez, citoyens consuls, voulu assurer l'éducation des

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enfans dont les pères sont morts pour le service de TÊtat, et vous avez voulu que des collèges fussent établis pour les recevoir; l'instruction est un bien sans doute, mais l'éducation en est un plus grand encore, et dans le règlement que j'ai fait d'après vos ordres pour ces collèges, je me suis autant attaché à ce qui forme le cœur à l'amour du bien, à ce qui façonne les âmes à la discipline républicaine, qu'à ce qui orne l'esprit de connaissances utiles et agréables.

Un établissement contraire à toutes les saines idées sur l'éducation avait été formé à Liancourt, vous l'avez transféré à Compiègne et vous lui avez donné une forme mieux adoptée à nos mœurs, plus utile pour les enfans et pour l'État.

Vous avez rendu au Prytanée des biens jadis consacrés à l'instruction publique, et vous avez par là assuré son existence.

C'est le premier, c'est le seul pas qui ait été fait depuis dix ans pour l'instruction de la jeunesse. Là, du moins, on ne se borne pas à un enseignement que les élèves sont dispensés d'entendre; là, ils sont soumis à des règles; là, ils n'arrivent pas à une étude sans avoir passé par celles qui doivent les précéder dans l'ordre naturel des idées; là, du moins, on apprend à lire avant d'étudier la grammaire et on apprend la grammaire avant les belles-lettres.

Mais ces établissemens ne sont pas faits pour tous les citoyens, ils sont destinés à ceux que l'État adopte et à ceux à qui leurs moyens personnels peuvent permettre de faire cette dépense. Gela est bien insuffisant pour une nation telle que celle-ci; il faut bien autre chose, et je dois vous le dire franchement, tout est à faire en cette partie, tout sans exception. J'ai préparé un travail complet sur l'enseignement, j'aurai l'honneur de vous remettre ce qui doit être l'objet d'une loi, et je vous prierai d'en solliciter l'adoption ; il faut laisser aux citoyens une grande liberté dans l'objet de leurs études et dans le mode qu'ils se proposent de suivre, il ne faut ni commander la confiance ni gêner les consciences, il ne faut pas que la volonté du gouvernement se fasse sans cesse apercevoir. Je ne puis ici développer toutes mes vues, elles exigent un rapport exprès. C'est le seul point peut-être sur le-

quel on ne doive rien remettre à un autre tems^ le seul sur lequel il ne peut y avoir aucun travail partiel.

Les autres parties de l'enseignement ont fait des progrès depuis le l^' nivôse; TÉcole polytechnique, Tes Écoles de médecine ont profité des facilités accordées pour les remplacemens» et peu de choses restent à faire dans ces parties; les améliorations dont elles sont susceptibles se trouvent naturellement dans le travail sur l'instruction.

Il est tems, bien tems de s'en occuper; celui que sa position force à des relations journalières avec les hommes les plus influens dans la société ne peut que s'affliger de l'état actuel des connaissances en France; les dix ans qui viennent de s'écouler nous ont fait un grand mal, c'est à vous, citoyens consuls, qu'est réservée la gloire de le réparer.

Déjà, grâce à la confiance qu'inspire le gouvernement, des associations littéraires se forment dans plusieurs villes, la Société de médecine est recréée, une Société de peinture s'établit, des gens de lettres se réunissent, rien ne manquera plus à la gloire de la nation.

Les sciences exactes, qui lui ont fait tant d'honneur dans le cours de cette longue Révolution, qui, seule avec les armes, ont conservé au nom français son éclat, les sciences exactes se sont maintenues dans le rang où elles s'étaient placées, mais ceux qui les cultivent, doués d'un esprit juste et d'un sens droit, se sont irrités contre l'oubli dans lequel on avait laissé les lettres, et contre la préférence qu'on avait accordée à des discussions vagues et métaphysiques qui n'ont aucune utilité, aucun fondement ; ces études sont appréciées enfin, et vous avez, depuis le l^* nivôse, rendu les lettres à la liberté, à l'honneur dont elles ont besoin; plusieurs écrivains, proscrits au 18 fructidor, ont été rappelés par vous et plusieurs ont été jugés par vous dignes d'une confiance particulière. Vous avez arrêté ce torrent de gazettes qui nous inondaient, et vous avez servi également le bon goût et le patriotisme. Notre Théâtre-National a repris sa dignité, et bientôt sans doute il s'élèvera à son ancien degré de gloire; les artistes n'ont pas été moins honorés, moins encouragés par vous; plusieurs ont été appelés aux premières dignités de TËtat ; vous avez

voulu que l'image des grands hommes, ouvrages de nos meilleurs sculpteurs, décorât le palais du Gouvernement; vous avez ordonne que des peintres retraçassent sur la toile les grands faits militaires; à de ridicules ouvrages en plâtre et en bois, restes impurs de nos dissensions, vous avez voulu qu'on substituât des monuments durables comme la nation; vous avez voulu qu'enfin la France jouit du fruit des conquêtes de ses armées et que tant de chefs-d'œuvre, trophée de notre gloire, fussent exposés aux regards du public; la Monnoie des médailles, oubliée pendant dix ans, vient d'être recréée; le Salon, où pourtant tant de nos plus grands maîtres n'ont rien placé, est bien supérieur à tous ceux des années de la Révolution; vous avez donné aux fêtes nationales un caractère plus noble, plus décent, plus patriotique. Tout s'est donc amélioré, tout tend encore vers le mieux ; mais il est instant de s'occuper de l'instruction, si l'on ne veut pas tout perdre.

ARRÊTÉ DU DIRECTOraE DD 23 PLUVIOSE AN VII

Art. V, — Lafôlc de la Souveraineté du peuple sera célébrée le 30 ventôse prochain, dans toutes les communes de la République. Elle sera annoncée la veille et le matin de ce jour par des salves d'artillerie.

Art. 2. — Les cérémonies s'exécuteront dans les temples décadaires.

Art. 3. — Les temples seront décorés de figures emblématiques représentant la Souveraineté et le Peuple. La figure de la Souveraineté sera debout; celle du Peuple aussi et couronnée de chêne et de laurier.

A leurs pieds sera enchatné le Despotisme.

Art. 4. — Des inscriptions couvriront les murs des temples. On y lira :

« La Souveraineté réside essentiellement dans l'universalité des citoyens. »

« L'universalité des citoyens français et la souverain! é, etc. »

Art. 5. — A 10 heures du matin, les administrateurs municipaux et les autres fonctionnaires publics suivis de groupes représentant l'agriculture, l'industrie, le commerce, les arts et les sciences munis chacun des attributs de leur profession sortiront de la maison commune en ordre et précédés d^un corps de musique.

Au centre de ces groupes seront portées avec pompe les tables de la Constitution.

Des détachements de la garde nationale protégeront le cortège.

Des appariteurs portant des faisceaux, marcheront devant les autorités.

Axt. 6. — Le cortège se rendra au temple décadaire. Les groupes entoureront la figure de la Souveraineté du peuple et tiendront leurs faisceaux abaissés devant elle.

Art. 7. — La musique exécutera des airs patriotiques. Le plus ftgé des vieillards du cortège se lèvera et a4re88era aux magistrats la formule suivante :

ce La souveraineté du peuple est inaliénable. Gomme il ne peut exercer par lui-même tous les droits qui en découlent, il délègue une partie de sa puissance à des législateurs et à des magistrats choisis par lui-même, ou piir des électeurs qu'il a nommés. C'est pour se pénétrer de l'importance de ces choix que le peuple se rassemble aujourd'hui. »

Le principal fonctionnaire public dans Tordre constitutionnel présent à la cérémonie répondra par ces mots :

ce Le peuple a su par son courage reconquérir ses droits trop longtemps méconnus ; il saura les conserver par l'usage qu'il en fera, il se souviendra de ce précepte qu'il a lui-même consacré par sa charte constitutionnelle, que c'est de la sagesse des choix des assemblées primaires et électorales que dépendent principalement la durée , la conservation et la prospérité de la République. »

La musique fera entendre de nouveaux chants.

Art. 8. — Un chœur général terminera la cérémonie.

Art. 9. — Les appariteurs relèveront leurs faisceaux et iront se ranger près des magistrats.

Le cortège retournera à la maison commune dans l'ordre établi pour la première marche.

Art. 10. — L'après-midi sera consacré aux courses, luttes, daases, ou à d'aulrcs exercices et jeux. Le soir, les théâtres devront retentir de chants patriotiques et n'offrir que des spectacles propres à inspirer l'horreur du royalisme et de Tanarchie, ces éternels ennemis de la Souveraineté du peuple.

Signé : La Révellière-Lepaux.

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