L*IK8UR
ncore, je me figure une habileté de mon Fallioux de faubourg, ce Sosie : Avec les bretell* son tablier de tiav.nl. Perracboo lie à Sun palron d'idées le peuple, qui, sans cela, se défierait peutôlrede celle veste qui s'allonge en redingote.
Pourra qu'il ne coupe pas ce cordon-là, un malin — et qu'il ne lâche pas les blousiers comme il a lâché la blouse 1
J'ai entrepris l'histoire des vaincus de Juin. J'en ai retrouvé plusieurs tons pauvres, mais presque
•ics dans leur misère. Quelques-uns, seulement, ont été Liâtes par les habitudes fainéantes des >ns, et laissent à la femme le poids du travail et le soin de nourrir le méa i
Beaucoup femmes ont été héroïques. Elles
ont élevé la m;irmaille pendant que le père était a lens ou au bagne, se privant de tout pour que les petits citoyens ne manquassent de rien, dépendant autant de génie que de courage pour faire sortir de terre un métier, une industrie, un truc à pain. Et - ont poussé — graine d in
mes tilles (,nt bien disparu, a ' un ru-
ban blcll affole et "il la
douleur des mai ù le pi i i ouvé
que l'image fripée, lalie, de L'enfant qu'il avait a>i
photographier, pour dix sous, un dimanche de foire, aux environs de Paris. C'avait été le diable pour la faire tenir tranquille; il avait fallu que ie papa l'embrassât dix fois, et lui recommandât d'être sage.
Elle l'avait été.
Depuis longtemps, elle ne l'est plus, et l'on ne sait où la retrouver. Elle n'ose revenir voir sa mère : elle craint que le vieux ne se jette sur elle.
— Non! m'a dit l'une d'elles en sanglotant, j'ai trop peur de le voir pleurer!
Je vis dans ce monde en bourgeron, plus ému, certes, que je ne le fus jamais sous l'œil des explicateurs de Conciones, dans le monde des héros antiques. Leurs casques, leurs tuniques et leurs cothurnes m'avaient vite embêté.
Et voilà que dans le voisinage de mes camarades nouveaux., dans la fréquentation des simples, m'est venu au'isi le dédain de la défroque jacobine.
Tout ce fatras de la légende de 93 me fait l'effet du tas de guenilles effrangées et déteintes que l'on vient offrir au père Gros, le chiffonnier, dans son échoppe de la rue Mouffelard, ouverte à tous les vents.
Il me fait l'honneur de m'inviter, de temps en temps, au repas de famille; et je suis tout heureux de me sentir estimé et aimé, moi, le déclassé, par ce régulier de la holte qui fait ajouter, pour le citoyen Vinglras, un morceau de lard, dans la mai-
mite qui fume et sent bon parmi les odeuri du cor royage de la Biôvre.
ESI il «lit à la bourgeoise :
— l*as besoin de faire d'économies, ma vieille, pourra que L'on ail la pâtée de chaque jour...
Pois, 86 tmir liant vert moi:
— La \ie est dure, c'est vrai; mais ça nous console, nous, les ouvriers, de voir que des instruits comme voua passent du côté des prolétaires. Ah! par exemple, voua me le promettes bien : si jamais il faut, voir à retrouver le fusil que j'ai enterré, le soir du 24 Juin, derrière les Gobelins, vous viendrez à la
■ de la h. in ieade tout comme à celle-ci, n'est-ce
El la bourgeoise de répondre, avec un sourire gra\
— Oui, père, j'en suis certaine, monsieur sera avec les malheureux.
Moi, j'ai désigné un bout de Danelle rouge qui
tirait la langue parla gueule d'un B8C :
— Noua mettrons cela au bout d'une baïonnette.
— Ah! jeune homme! ce n*eal pas la Marianne qui est tout, c'e si la Sociale! Quand nous l'aui
on fera de la charpie avec les bannières!
le, la Marianne — deux ennem il- m "ht conté, ces vieux de Juin 18, que, dans loi prisons ot vinrent les rejoindre ceux du 13 juin
49, on menaça] les nouveaux venus du regard et du geste, et l'on dressa des retranchements, dès le premier jour de l'arrivée. Il y eut des cognements de tête .terribles, sous ce même bonnet de prison, quoique dans les cérémonies en commun,- enterrements ou anniversaires, tous eussent à la boutonnière l'immortelle écarlate.
La haine subsista, implacable, entre les partis, saisissant tous les prétextes pour éclater. A propos d'un bout de jardinet mal enclos, d'une branche de fraisier dépassant la ligne de cailloux formant frontière, à propos d'un pied de capucines s'étirant entre deux cellules, on se jetait au nez les malheurs et les fautes de la Révolution !
J'ai beaucoup appris dans la gargote tenue par un ancien de Doullens, où tous mes débris d'insurrection viennent échouer, les soirs de grande paie ou les matins de chômage. Chacun arrive faire sa déposition, témoigner de ce qu'il vit aux heures tragiques, résumer ses souvenirs de la sinistre bataille.
Le beau parleur de la bande est un gaillard aux yeux gris d'acier, brillants et aigus, aux pommettes comme fardées de rouge, au front trop vaste, comme celui de quelques cabotins qui l'ont fait raser pour l'ennoblh, aux cheveux longs et tombant en rouleaux, à l'instar des saltimbanques — et des poètes.
Il ne lui manque que le cercle de cuivre qui retient
lignasses des acrobates, ou la cooroi i Qoranz,
On D6 devinerait jamais que c'est un ex-men qui fut condamné à perpétuité pour avoir, la serpilière au veutre, donné le Coup de flon à la grosse ■te de pavés qui faisait le coin <lu Marché noir.
Pour le moment, le métii r n'allant pas, il
t'ait courtier-placier et, s'il faut l'en croire, il gagne à
peu près sa vie. Sa redingote bleue es! propre; il conserve pointant la casquette.
— Ça épargne mon chapeau quand je ne vai
clic/ les clients, dit-il, Et puis, camarades, toujours un ouvrier : ouvrier voyageur au lieud'ôtre ouvrier à rattache, voilà tout.
— EU Ruault, qu'est-ce qu'il devient? Y a-t-il longtemps que tu ne l'as vu?
Pourquoi
— Tiens, au fait, tu ne sais pas, on a raci
ju'U était mouchard.
— Parlons d'autre Chose, eh! le- amis! a interpu le vieux Manille. Tout le monde en serait, >i
l'on écoutait ce qui e dit ! Il n'y a qu'a
: « en dégoûtera les auti
Le leur qui a perdu
e toui d< main d
la détention, el qui s'est fait maie! an | des met. Mu , pendant li
des bouquins empruntés à ses voisins de travée; il a réfléchi, discuté, conclu. Son grand front ridé et dégarni raconte ses méditations ; ce vendeur d'éventails ou d'abat-jour — suivant la saison — a la face d'un philosophe de combat. S'il avait un habit noir sur le dos, on s'arrêterait devant ce haut vieillard et l'on saluerait sa tête grave.
— Qu'enseigne-t-il? demanderaient les gens de la Sorbonne ou de la Normale.
Ce qu'il enseigne? Sa chaire est ambulante comme sa vie; elle est faite de la table sur laquelle il s'accoude, dans un cabaret pauvre, pour prêcher la révolte aux jeunes, ou d'un tonneau enlevé à la barricade et mis debout, pour qu'il y monte et harangue de là les insurgés.
Pas mal de ceux que je vois en vêtements misérables, beaucoup de ces crève-la-faim ont lu Proudhon et pesé Louis Blanc.
Chose terrible I au bout de leurs calculs, à l'extrémité de leurs théories, c'est toujours une sentinelle d'émeute qui se tient debout!
— Il faut encore du sang, voyez-vous ! Et pourquoi ?
Pourquoi ces hommes qui vivent de rien, qui ont besoin de si peu, pourquoi ces espèces de vieux saints à la longue barbe et aux yeux doux, qui aiment les petits enfants et les grandes idées, imitent-ils les prophètes d'Israël, et croient-ils à
i/l.N'SI'l;
î.i h 'lice, ù la fatalité de i ■
tombe?
Une gamine de huit ans s'était, l'autre jour, coupé le doigt — an farouche à poitrail velu s'esl évanoui. 11 fallait voir comme tout ce gibier de prison d'État s'est misa consoler et à embrasser la fillette! L'on a l'ait un poupon de linge, l'autre a été acheter une poupée d'un sou. Ce sou-la était pour son tabac, il n'a pas famé de la soirée. Et l'on a lié le chilfon autour du bobo, avec plus d'émotion qu'on n'en eût eu à bander la plaie d'un [combattant, affreusement mutilé, dans une ambulance de carrefour.
Le garçon aux yeux aigus a voulu faire un livre. 11 écrit; je m'en doutais,
— Oui, j'ai noté ce que j'ai vu à Toulon. J'en ai detu cahiers gros comme ça. Je vous les montrerai,
si vous voulez venir à la maison.
Nous avons pii> rende/, vous.
— Vous.allei voir ma femme, c'est la tille de Poroin, la Jambe île dois.
t ne créature frôle et mince, gracieuse el triste — triste jusqu'à la mort! - de la distinction mélancolie lani nom, venanl on ne s lil d'où, reflet d'un mal incurable et caché I Les cheveux sont d'un gris qui trahit une mue de chagrin; quelque révélation douloureuse a dû, un le la
cendre sur cette tête jeune, faner ce visage tendre, et le griffer de ces rides fines comme des fils de soie.
Elle a à peine répondu au bonjour banal de son mari, et m'a accueilli presque avec douleur.
Je lui ai parlé de son père, cette fameuse Jambe de bois qui eut sa minute de résonnance dans l'histoire intime des événements de Février.
— Oui, je suis la fille de Pornin. Mon père était un honnête homme!
Elle a répété cela plusieurs fois « un honnête homme ! » l'œil baissé, serrant ses petits bras sur sa poitrine, écartant sa chaise, me semblait-il, pour que l'autre ne la frôlât pas en allant et venant par la chambre, à la recherche de son manuscrit.
A la fin, il s'est frappé le front et a dit :
— Je me rappelle maintenant, c'est en bas.
Il est descendu — à pas de loup — courbant l'échine, le pied traînant, le geste gauche, mais sa prunelle luisant toujours et perçant l'ombre de l'appartement endormi dans le crépuscule.
Les persiennes étaient restées closes; elle n'avait point levé le crochet quand nous étions entrés, on aurait dit qu'elle ne voulait pas qu'on vît la couleur de ses paroles.
Pendant que nous étions seuls, elle n'a prononcé qu'un mot :
— Est-ce que vous êtes d'un complot avec : mari?
— Je nu conspire pas.
Elle De répondit rien, et nous demeurâmes muet», l'obscurité.
11 revint avec ses cahiers.
— Ce n'est pas rédigé comme par un écrivain de pro ion, mais il y a beaucoup de souvenir-. Tirez-en
profit pour votre travail. Imprimes seulement mon , afin qoe l'on voie que le- condamnés au bagne de Juin n'étaient ni de si grands ignorants, ni d grands scélérats qu'on l'a prétendu. 4
K1U a relevé ses paupières, et son œil a dirigé vers l'homme une lueur Froide qui m'a t^lacé au passage, tandis qu'il me reconduisait en étouffant sa marche et sa voix comme dans une maison où il est défendu de parler parce qu'il y a une agonie — ou un >adavre.
J' suis descendu dans Paris, par des mes <Ll>. rète* et noires, le cerveau hanté d'idées troubles, me demain; ml quel était le drame qui -e jouait enti
deu .
— Ah! vous y êtes allé, alors, me dit le \ieil
de Doullens. Sa femme y était-e
-là I Je l'ai vue ;\ I elle était jeune lille... une connue un.' moucha et
gaie comme une alouette! Il a plus de chance qu'il n'en mérite.
— Ah ! certes, oui! Mais n'a-t-on pas dit de lui ce qu'on a dit de Ruault : qu'il était de la rousse?
— Pas possible! Elle le prendrait par les moustaches et nous l'amènerait, toute petiote qu'elle soit, après l'avoir souffleté. Et elle le donnerait à Mabille pour qu'il le saigne ! N'est-ce pas, Mabille?
— Oui. A moins qu'elle n'ait trop honte; ou qu'elle l'aime... ça s'est vu!
Quelqu'un est entré.
— De qui donc parlez-vous là?
— De Largillière.
AU
Quelques hommes sont venus me trouver et m'ont sommé, au nom de l'idée révolutionnaire, de me présenter a la députatiou contre Jules Simon. Je n'ai point refusé.
Pauvre fou !
Ah ! ceux qui croient que j'ai accepté par orgueil • t nivie de me mettre en vue ne savent point quelles pâleurs me prennent et quels frissons me secouent, a la pensée que je vais entamer la lutte!
Mais puisqu'on m'a appelé, je ne reculerai pas.
SI que loi dirai-je, à ce Faubourg Antoine? A ces de Charonne, à ces hlousiers de Puteaux, comment p,i: 1 T.ii-jr / — moi qui vais jeter, dans la balance, des i i peine mûres el que je n'ai guère eu le loisir do peter dans mes mai; fractaire.
Jt n'ai jamais eu ait
œuvres de Proudhon. Il a fallu qu'on me prêtât des volumes dépareillés, que je lisais la nuit.
Heureusement, la Bibliothèque était là; et j'ai, de temps en temps, fourré mon nez et plongé mon cœur dans la source. Mais j'ai dû boire au galop et en m'étranglant, parce que j'avais autre chose à faire, rue Richelieu, qu'à étudier la justice sociale.
J'avais à arracher , du ventre des bouquins, le germe des articles qui me faisaient vivre, et que le chef du dictionnaire me refusait quand ils avaient odeur de philosophie belliqueuse ou plébéienne. Or, cela arrivait parfois, lorsque j'avais avalé une gorgée de Proudhon — il en roulait des gouttes toutes rouges sur mon papier.
Je ne sais donc que la moitié de ce qu'il faudrait savoir, et encore ! Et je me trouve exposé à la chute grotesque, ignorant qui veut heurter de front le vieux monde, apprenti qui va se dresser contre un maître, conscrit qui ose engager à fond le drapeau !
C'est à lâcher pied, à se laisser rouler du haut en bas de l'escalier!... comme les filles enceintes qui ne veulent pas que l'on connaisse leur faiblesse.
J'en ai eu la tentation, au risque de m'estropier ou de me défigurer, car je serai bien autrement meurtri, si je mérite les huées de l'auditoire! Être blessé ne serait rien; être bafoué serait la ruine de toute une
L'iNsri: 111
jeun arrée de douleurs, mais aussi bon
La première réunion s lien ce soir.
trer ma I ... Ah! bien oui !
11 me faudrait des heures et des heures ! Je me con- B de tracer, pour toute la campagne, deux ou trois grandes lignes, comme des cordes de pi en semant des idées, comme les cailloux du Petit- Poucet. Je suivrai ces lignes-là, et je ramasserai cailloux sur mon passage, lorsque j'irai vers re.
Tout au moins aurais-je besoin d'une escorte de dévoués! Mais Passedooet et les hommes de Juin ce sont plus là. Ils sont repartis dès que j'ai en accepté le danger, repartis dans leurs quartiers, à la recherche d'autres Vingtras.
personne — par un ha ard barbare — n'est d inscription où l'on ma dit d'aller me faire tuer, comme Napoléon ordonnait à ses lieutenants de se iper en travers d'un pont et d'y mourir. VA je
viens de me mettre en chemin, tout seul, pour la
salle du club, sur une banquette d'impériale.
J'entends, sur cet omnibus, encenser le mérite
relui que imbattre.
— Oh ! celui-11 haut la main I II battra] i chaud comme plâtre.
— Il n'a pa • nt ?
— Certes, non! Qui donc oserait, parmi les républicains?
Eh ! malheureux ! il y a là, à côté de toi, un pauvre diable qui en passant ses trois sous avec les tiens, au conducteur, vient de laisser tomber des bouts de notes sur lesquels il avait inscrit les deux premières phrases qu'il va prononcer contre ton favori; plus, quatre ou cinq effets, criards comme des images d'Epinal et qui doivent colorier sa harangue.
Tu es peut-être assis dessus — tu as le derrière sur mon éloquence!
— Le 405 de la rue ?
« — C'est ici.
Je dégringole.
Mon comité est pauvre comme Job. C'est dans une écurie abandonnée qu'a été donné le rendez-vous. A peine peut-il y tenir trois cents personnes.
Elles y sont.
• — Citoyens l...
Oùai-je pris ce que je leur ai conté? J'ai attaqué je ne sais comment, parlant de l'odeur de crottin, de la bizarrerie du local, de la misère qui nous ridiculisait, dès le début. J'arrachais mes paroles aux murailles suintant le fumier, et où étaient scellés des anneaux auxquels une discipline républicaine voulait
non- attacher aussi — comme des bûtes de ioi
Ali ! mais non !
El j'ai rué, el je rue Miis cabré, trouvant en route de l'ironie et de la Colère I
Quelques bravos ont éclaté et m'ont mis le feu bous le ventre. Quand j'ai <'u lini, on est venu à moi de toutes parts.
Le président, debout :
— Citoyens, nous allons voter sur la prise en considération de la candidature Jacques v
On a levé les main-.
— Le citoyen Jacques Vingtras est adopté p<mr candidat par la démocratie socialiste révolutionnaire de l'arrondissement.
ie acclamation de ces trois cents pauvres a souligné la déclaration solennellement prononcée.
J'ai eu froid dans le dos, car ce spccès-là ne prouve rien.
iée d'acclamants a été triée sur le volet (les logis misérables ; el encore, parmi ceux qui m'onl applaudi, parce que ma roix tonnait, ou pour ne pas faire i », combien m'aban-
donneront demain pour suivre le c le Simon
triomphant ' Ma victoire a été trop facile I Je les touchais db t, mon Bouffie leur brûlait le visage, i bien que j'ai, dans le geste el l'accent, quelque 1 1
qui commande, alors que l'on est si près de moil Mais quand je serai devant l'ennemi ; dans une salle immense et bondée^...
Salle du Génie
J'y suis — la salle est bondée et immense I elle me paraît telle du moins. Ce sont les adversaires qui ont préparé la rencontre. Moi, je n'ai eu que le loisir de ne rien préparer, rien ! pas la frimousse d'un exorde, pas la queue d'une péroraison !
Les ardents de mon comité m'ont tiré à hue et à dia pour aller, dans les communes, à la chasse aux influents. J'ai couru ici, là, ailleurs encore, j'ai fait le tour de la circonscription à pied, en wagon, en charrette — malade des canons pris sur le zinc pour trinquer avec les braves gens.
Je me contentais d'humecter mes lèvres, mais je n'en avais pas moins la nausée du vin; et je passais pour bien froid ou bien fier auprès de ceux qui me voyaient accepter en rechignant la tournée qu'ils offraient de si bon cœur.
Disséminés et rares, les frères à qui l'on rendait visite et qu'on avait à aller chercher tout au bout d'un champ, ou à faire demander à l'atelier — dont on mangeait le temps, que l'on compromettait, même, auprès des patrons, et sur le compte desquels on s'était quelquefois trompé.
Ils me toisaient alors, du haut en bas, s'indi-
i/ntsus 11B
lent rj«r< n les eùi crus capables de m'a i er à
: la division dans le parti.
Emotio [uines qui tnaiont la fleur de la
ins ma tête ! promenades éreintantes qui
-aient nies idées en chemin 1
Imbécile que je suis!
Je me figurais que ma défaite piteose viendrait de ee que je n'ai pas assemblé un faisceau de doctrin
Allons donc !
J'ai, a. deux ou trois reprises, vu jour pour les ner, rigides et nettes, devant la foule... Ils ont trouvé que je parlais froid, ils espéraient des mots qui flambaient— et mes partisans eux-mêmes m'ont tiré par le pan de la redingote DOUrme -unifier qu'il n'y avait, devant ce publie, qu'à faire ronfler la toupie des grandes phraai
Mais moi qui, jadis, avais dans la main le nerf de bœuf de l'éloquence Iribunilienne, je n'ai plus l'envie.
ne tournoyer et de < <
reins aux diseouj kreel J'ai bonté d<
inutiles, de la métaphore sans carcasse — honte du nniiri' de déelamateurl
Pardieu, «>ui ! r us .le. im
et qi oonde-lè,
■ i: s plus le courage de I \ iloir.
perdu, avec l'ardeur de I ibine, le roman-
tisme virulent de jadis... et ce peuple m'écoute à peine 1 Je n'ai pas encore la charpente d'un socialiste fort, et je n'ai plus l'étoffe d'un orateur de borne, d'un Danton de faubourg — c'est moi-même qui ai déchiré ce chiffon-là! Ce n'est pas décadence, c'est conversion; ce n'est pas faiblesse, c'est mépris.
Une fois, à Boulogne, j'ai failli ylpasser.
— C'est vooP qui voulez empêcher Simon d'être nommé !
On m'a cerné, bousculé, frappé.
J'étais seul, tout seul.
Pour me défendre, il ne m'est venu d'abord que la vieille formule classique :
— On assassine la liberté de parole en ma personne ! *
— Eh bien, oui! on l'assassine. Et à coups de poings sur le mufle ! a vociféré un blanchisseur à encolure de taureau.
Le bureau a eu peur que mon écrabouillage ne fit une tache sale dans l'apothéose du concurrent. Puis j'ai eu un peu de toupet. J'avais au moins de quoi répondre à ces arguments-là, je pouvais ceinturer le blanchisseur, tandis que, pendant toute la campagne, cette anguille de Simon m'avait filé entre les doigts, visqueux et souple, obséquieux à force d'onctuosité, et noyant dans du lait les serpents qui me sifflaient dans la gorge.
une grande mino
seul ! — Jamais je n'ai été fier de moi comme en ce jour d'immense humiliation.
Une autre fois encore, cependant, j'ai eu un revenc/-v d'orgueil, à la sortie d'une réunion on, l'un Bprèa l'autre, le glorieux et moi, nous ;iviuns parlé à la foule.
J'entendis un de ceux du comité dire, en me désignanl :
— Ça saura se faire écouter de la canaille...
Enfin, la corvée est finie, la période électorale est elose ! .1»' suis lihre !
Il y a là-bas, du côté de Chaville, une ferme où j'ai passé dos journées calmes et heureuses à re. iuttre le blé, courir les canards vers la ma; boire du petit fin blanc sous un grand chêne ombreux, et à faire la sieste dans l'herbe coupée, prés des pommiers eu Heurs.
.l'ai -•oif de silmce et de paix. Je suis allé là — oubliant le vote des sections dans Paris, me roulant sur le foin, écoutant les rainettes qui chantaient dans les roseau verts. Bt, le soir, je me sois endormi entre des draps de toile bise et dure comme ceui où me fourraient mes cousines au village.
Au village I
AL! j'étais plutôt lait pour être un paysan qu'un
politiqueur — quitte à prendre la fourche avec les Jacques une année de disette, un hiver de famine !
7 heures du matin.
Un homme vêtu en entrepreneur cossu, avec une grosse chaîne d'or, un pantalon gris trop court sur des souliers épais, a frappé à ma porte, s'est présenté comme un coreligionnaire et m'a demandé de l'écouter un moment.
— Si vous vouliez, avec vos relations, votre talent... ^
— Tardy, Tardy !
Tardy est un ancien camarade de collège, pauvre, pauvre, plus pauvre que moi ! à qui je paye un cabinet garni, près de ma chambre, et qui gagne sa part à la gamelle en recopiant ce que j'écris
Je l'appelle à mon secours. Il saute en chemise sur le carré.
— Tiens 1 regarde, regarde bien celui-là 1 II venait pour m'acheter... et il m'a cru capable de l'écouter, le misérable!
— Non! non! monsieur, balbutie l'individu pâle comme un mort, et trébuchant dans l'escalier.
— Plus vite I ou je vous crève !
— Non! non! monsieur! répète-t-il en dégringolant.
Mais comment ont-ils osé! Qui l'envoie ?
t mon comité qui .1 fait li mais avec l'aide d'an homme qui dirait donner p la cause en offrant l'argent des afflchi bul-
letin
Il faut aller le trouver, tirer cela au cl iir
J'ai averti le> cam irades. Ils ont traînassé...
— Vous êtes au-dessus de ça, ont-ils lini par dire en haussant les épaulea.
J'ai insu
— Laissez-nous donc tranquilles !
Je n'en ai pas moins gardé un frisson, et j'ai peur qu'il n'y ail là-de-sous un danger dont je sentirai les griffes un jour!
Je suis un des dix nommés par une assemblée [>• >• pulaire pour aller poser aoe question, presque porter une sommation aux députés de Paris.
Milliôre, Trinquet, Humhert, Cournet sont aussi de ces dix-la.
Chez qui ira-t-un d'abord ' Lequel des représentants abordera-t-oD le premier?
On découvre l'adresse de Ferry — quelque part, rue SaintrHonoré — dans le Bottin du petit café où l,i commission s'est donné rendez-vous.
— ciu.v. Perryl... Voue êtes de son arrondissement, Vingtras. C'est vous qui lui parlerez.
Kutrée spacieuse, paliers solennels, D
Je monte les étages, aussi ému que si j t,. lis les mai i ; i de l'échafaud.
— C'est ici.
Une bonne arrive au coup de sonnette.
— M. Jules Ferry?
— Il est là.
Mes jambes vacillent. Je suis plus blanc que le tablier de la servante... lequel n'est pas très blanc.
— Qui dois-je annoncer?
Nous nous regardons. Aucun de nous ne vient en son nom personnel ; nous ne nous présentons pas non plus de la part d'un comité reconnu, d'une association républicaine ayant pignon sur rue.
— Dites que ce sont des gens du VIe qui ont une communication à faire.
— Du sixième? Il n'y a pas de sixième!
On s'explique... difficilement. Elle a peur, cette fille!
— Je m'en ^che! Nous y sommes et nous y restons! déclare Trinquet en Vaccotant, comme un factionnaire, contre le mur.
Le bourgeois apparaît, en petit veston et le nez allongé.
— Messieurs?... fait-il en tournant vers nous un œil morne, vraiment morne !
Sa voix tremble un peu, ses doigts aussi. Une minute de silence. Allons-y !
— Vous connaissez, monsieur, la lettre de M. de Kératry proposant de répondre au décret de proro-
galion de la Chambre par l'arrirée an masse de pûtes devant le Palais-Bourbon, au jour et à !'!■ où, suivant h loi, la session devrait s'ouvrir, lion publique a décidé qu'on mettrait les repréints de Paris en demeure de sa prononcer oatéluement à ce sujet, et nous a chargés de réclamer leur présence à une séance où le Peuple exprimera sa volonté... Y viendrei-vou
Les mains grelottent toujours; l'homme, qui a pourtant la carrure et la face d'un résolu, semble ocerlé.
— Je i ! non. Mais je dois consulter mes collé ferai ce qu'ils feront.
— (tous rapporterons vos paroles à qui de <lroit, ai-je déclaré d'un ton de greffier aux Septembre sades.
Nous avons salué, et nous sommes sortis.
Place de la Madeleine, maintenant.
— M. Jules Bimon ?
— Entrez, messieurs.
Voilà le laineux -renier.
Il n'y i trop rien dire. Ce n'est point un nid à :
. non plus, un palais caché sou comb
Patouillard, (élin, avec i tes de pi
roulementi d'yeua d'une sainte 1 |ue,
do 1 builo sur la langue et sur la peai . la boucha «n
124 L'ïS'StÎRGÉ
croupion d'oie de Noël — il me reconnaît, et vient à moi en avançant ses doigts grassouillets et moites.
— Mon ancien et cher concurrent...
J'ai mis les mains derrière mon dos et me suis reculé, laissant à d'autres le soin d'interroger le personnage.
Comme Ferry, il répond je ne sais quoi — que lui aussi sera au rendez-vous, si tel est l'avis de son groupe.
Dans l'escalier, on discute mon refus d'accolade.
Millière s'irrite, invoque son titre de doyen, m'accuse d'avoir été égoïstement blessant, et déclare qu'il n'entend pas que l'on trouble, par de pareils incidents, les visites nouvelles.
11 va aller chez M. Thiers « mais il sera respectueux » ajoute-t-ii en me regardant.
— Soyez ce que vous voudrez! moi, je garde la liberté de ne pas chatouiller la paume à l'ennemi!
— Vous avez bien faitl disent tous les jeunes.
J'ai fait ce qui m'a plu. Je ne reconnais à personne, pas même à un ancien, le droit de discipliner mes poignées de main.
Mais impossible de refuser la patte au gros réjoui à favoris d'acajou, au large bedon et au large rire, qui me siffle dans les oreilles, avant même que j'aie pu desserrer les crocs ;