‹ L'insurgé, 1871Chapitre 13 sur 21 · I.'lNsn · texte numérisé non relu

I.'lNsn

Que va t-ii répond i

Pat grand chose... il en conférera ■<■ lègues, lui aussi. El il étend ses maina velues de imme pour la bénédiction.

— Amen '■ psalmodie Humbert en nasillant. Notre tournée esl finie.

Qambetta a inventé une angine dont il joue chaque fois qu'il y a péril à se prononcer.

•u' me va pas, je «Irvine le pantin au

bout. Mus ils risquent gros, ceux qui se moquent

du Peuple. Ils ont d'abord des angines pour de

puia an jour arrive ou on leur scie le cou pour

de bon.

Jules Favre a déchiré la sommation sans la lire, et a roulé sa grosse lèvre dans une moue de suprême dédain.

Millière a-t -il vu Thiers? Je ne sais, l'.n tout c s'il l'a rencontré, il ne lui a p.i> renfoncé son chapeau gris suc les oreilles — bien sur 1

Bancel él iii en provin Viendront-ils f

Salle Biette, boulevard Clichy.

Ils sont venus.

Ils ont monté l'escalier branlant qui conduit à une salle aux murs tout nus, éclairée par des lampes qui fument, meublée, en guise de sièges, par de vieux bancs de classe disloqués.

Dans le fond, on a planté une table et quelques tabourets de paille, sur une estrade construite avec des madriers plâtreux.

C'est là que se tiendront les représentants, comme sur la sellette des assises; c'est de cette tribune mal équarrie que la conscience faubourienne, par la voix de quelques déclassés en paletot ou en cotte, dirigera l'accusation et convaincra le jury — un jury de cinq ou six cents hommes, dont le verdict n'aura point force de loi, mais n'en sera pas moins menaçant pour ceux qu'il aura frappés : le pouce du Peuple les marquera à l'épaule.

Je me trouve dans un groupe qui pérore et gesticule avec passion.

Il s'agit de choisir celui qu'on proposera à l'auditoire pour président.

Germain Casse intrigue, supplie, va, vient — il veut être en vue..

Millière, qui a mis son chapeau aux plus larges ailes et pris sa figure de quaker, l'œil tendu et brûlant

sous ses lunettes, la bouche crispée, la r

vn-i: distinction comme an honneur

dû à ion passé, ^ ion Age, el promet, en mâcbanl

rame les \ mftchenl e, d'être

le Fouquier-Tinville de la -

On décide que c'est son nom que l'on lia

foule. Le mot d'ordre est donné aux chefs de bancs, et il n'y t que Casse qui se plaigne i et qui

mordrait les mollets de Millier.', s'il osai! I Mais un pon qui l'entend lui rebrousse le poil ; il redevient couchant et ?a se pelotonner dans un coin, la gueule méchante-j mais la queue basse.

- voilà !

Perry, Simon, Hancel, Pelletan.

Un murmure. Ils doivent deviner, du coup, qn*Rs sont en plein camp ennemi. On se dérange a peine pour leur livrer p

>mme ils sonl loin des clairons qui l'ont fanfare et cortège devant le président de la Chambre, 1< »in des buissiers en habit noir et à chaîna d'argent '■

Ici, il n'y a que des mal-vôtus. Dans le las, les députés de .nu, litre les socî ilistes qui déjà onl eut. une leur procès dans les réunions publiques, et qui ruminent, i |uisitoires qu'ils ronl prononcer au nom du peuple souverain !

— Millière, Millière ! !

11 était prêt, et n'a qu'un pas à faire pour prendre place devant la table verte.

— Parlerez-vous, Vingtras?

— Non!

Je ne suis pas assez sûr de moi, et je n'ai point l'o reille du tribunal en blouse comme ceux qui sont allés, tous les eoirs, causer avec lui dans les clubs nouveaux.

Si tout ce qu'il faut dire n'était pas dit, je me hasarderai peut-être ! Mais tout sera dit.

Je le vois aux lueurs de quelques yeux; je le sens au frisson qui court dans la salle, je le lis sur le visage même des accusés. Ils sont graves, et échangent, à voix basse, des réflexions inquiètes.

— Citoyens, la séance est ouverte!

L'exécution va commencer! Briosne, prépare ta colère! Lefrançais, arme ton mépris! Ducasse, empoisonne ta langue !

Flriosne : un Christ qui louche — avec le ohan de Barrabasl Mais point résigné, B'arrechanl la

lance «lu flanc, et se déchirant les mains à casser les épines qui restent sur son front d'ancien supplicié de ces calvaires qu'on nomme les Centrales.

Condamné pour société secrète à cinq ans, renvoyé quelques mois plus tôt parce qu'il crachait Le sang, rentré sans le sou dam Paris, n'ayant pu i

poumons - mais ayant l'âme de la dévolution chevillée dans le corps !

pénétrante, sortant d'un cœur meurtri comme d'un violoncelle lêlé; geste trafique : I. bras tendu comme pour an serment; -ecoué parfois, df

te aux pieds, d'un frisson do pythonisse antique ; et de tes yeux, qui ont l'air de trous h ti u

mt le plafond fameux dessalle mme

un prédicateur chrétien crevo, d'un regard

tasié, la voûte des cathédrales et va chercher le ciel.

Ayant trouvé le temps, entre ses maladies et ses chômages, d'étudier les grands livres, il en a exprimé le suc et mâché la moelle. Cela le soutient, comme da sang de bœuf bu chaud à l'abattoir. Vivant de sa passion — le cœur soutenant la poitrine; ayant même tiré de son mal une théorie qui, sans qu'il le sache, est la tille de sa souffrance et fait peur sur ses lèvres : « Le Capital mourrait si, tous les matins, on ne graissait pas les rouages de ses machines avec de l'huile d'homme. Il faut, à ces bêtes de fonte et d'acier, le pansage et la poussée de l'ouvrier. »

A lui aussi, il faudrait le pansage de ses bruZches, qui suent rouge, et quelques gouttes de cette huile qu'on appelle le vin dans sa charpente détraquée.

Il n'y faut point songer! il mange à peine et boit de l'eau. Il est feuillagiste, et le feuillage ne va pas. La manipulation des outils de travail achève de lui ronger ce qu'il a de vie — le poison aide la famine.

Mais cet autre poison qu'on appelle le gaz, et les émanations lourdes qui se dégagent des foules entassées dans les locaux trop étroits, combatlent le mal par le mal. Il prend la fièvre là-dedans, et la fièvre le galvanise, le relève, et l'emporte haut.

Après tout, il aura eu son comptant d'existence! Il

vil, pendant trois heures, chaque soir, plus que d'autres pendant une année — élargissant, de son quence, le temps présent; empiétant, par le rêve, sur

l'avenir; jetant, ce malade, la santé de sa parole à une légion d'ouvrier^, aux épaules d'athlètes et aux poitrines de fer, tout émus de voir ce prolétaire sans poumons se tuer à défendre leurs droits.

Briosne est toujours avec un camarade plus petit que lui, vêtu d'une redingote à la proprio, et marchant lentement, la tête un peu de côté et un parapluie sous le bras.

11 ressemble — à s*y méprendre — à un homme qui, «'u is;s, a .Nantes me frappa en plein cœur parla hardiesse de son langage. Cette hardiesse-là le -ait de la modeste situation on il gagnait de quoi manger. L'autorité qu'il avait prise au club humiliait et épouvantait ses patrons. <>n venait de lui régler ^>n compte, et il faisait ses adieux au peuple avec simplicité et grandeur.

— Je ne puis plus rester parmi vous; j'ai dans le dos la croii dis affamés. Je \ai> à Paris, "ù je trouvi-r.ti peut-être a vendre mon temps contre un moreeau .. "ù je trouverai aussi à donner ma

i elle peut boucher une brèche, un matin lie.

Quelque temps après, on apprenait qu'il avait fati le cadeau promis. On avait ram i étoile de balles, au pied de la barri du Petit-

Pont — tribune de pierre de ce socialiste acculé

dans la famine et s'éehappant dans la mort.

Lefrançais rappelle cet homme, avec son visage jaune et pensif, troué de deux yeux profonds et doux. On dirait, au premier abord, un résigné, un chrétien. Mais le frémissement de la lèvre trahit les ardeurs du convaincu, et le « prenant » de la voix dénonce l'âme de ce porteur de riflard. La parole jaillit, chaude et vibrante, dans un trémolo de colère ; mais, de même qu'il a l'habit de tout le monde et le chapeau plat, il a le geste simple. Sa phrase ne flambe point — quoiqu'elle brûle!

Cette tête de rêveur ne s'agite pas sur le buste chétif qu'elle surmonte, son poing fermé n'ébranle pas le bois de la tribune, son geste ne boxe pas la poitrine de l'ennemi.

Il s'appuie sur un livre, comme quand il était instituteur et surveillait la classe.

Parfois même il semble, en commençant, faire la leçon et tenir une férule; mais, dès qu'il arrive aux entrailles de la question, il oublie l'accent du magister et devient, soudain, un frappeur d'idées qui fument sous son coup de marteau à grande volée. 11 cogne droit et profond! C'est le plus redoutable des tribuns, parce qu'il est sobre, raisonneur... et bilieux.

C'est la bile du peuple, de l'immense foule au

front terreux, qu'il a il m phrases pleines, el qui doi ton d Portanl I tte jaunisse révolutionnaire,

lui, l'a\

nants ! blessant les antres sans le von blessél mais plein d'honnêteté et « 1 1* courage — et

niant aussi haut que son éloquence faveur de ses convictions. Ce Lefrançais-là est le

ad orateur du parti socialiste.

Ducaase — on écarquillé. Il écarquille ses y< tout ronds; il écarquille ses coudes pointus; il

ibes qui tricotent ; il écarquill bouche i tente de tire-lire, d*où b1

une voix pointue et enchi >nt le son d

nent le tympan, ruais la pi • — Tu ressemblés à un chai jaune qui c... dans de la braise, lui a dil Dacosta.

Il ressemble aussi à un chai qui fait grin : griffes après les vitres d'une chambre ou on l'a oublié trois joi in il a maigri de Famine i

. -i bien la double physionomie de >n a

cheveni les Maral avec les n

ahuries de Las ouche, qui prêche la guilli «nette, qui pi

•sot pou;

136 i/lNSURGE

qui dit Gnouf! Gnouf I entre deux tirades sur la Convention.

Sec comme un cent de clù^s, les bras comme des allumettes, les tibias comme dus fuseaux, les jointures en fil de fer, et grimaçant et claquant comme un lot de pantins de bois à la porte d'un bazar. Drôle à tuer, dans ce rôle de bouffon féroce, devant la table du café où il entasse des bocks que le comptoir n'a pu défendre contre ses demandes comiques et menaçantes !

— Si tu mets un faux-col, je te mettrai une cravate de chanvre. Si tu n'en apportes pas deux autres, pour moi et la citoyenne — bien tirés ! — on te coupe le cou à la Prochaine. Arrose le peuple et dépêche-toi !

Le pauvre cafetier se dépêche, en se passant instinctivement le revers de la main sur la nuque.

Gnouf! Gnouf !

Mais, en public, Gnouf Gnouf arrive avec une tête de décapité parlant. Il monte gravement les marches de l'estrade, riboulant des prunelles, fronçant le sourcil, les trois poils safran de sa barbiche tombant en garde, serré dans une redingote qui l'étriqué et dont ses os crèvent le drap, avec un pantalon en amadou brûlé, dont les mollets tirebouchonnent sur des bottines de femme en coutil gris. Son pied de

fiptns danse encore là-dedans — tant les i sent menus et décharnés !

Il serre contre ses côtes un portefeuille qui : pelle celui d'un huissier on d'un professeur de col- <•omiiiiin.il. L'usure y i plaqué des gales blanches -m l.t peau noire, mais, tout de môme, le peuple m!.- cette serviette avec respect.

Il semble qu'il y ait Là-dedans les cahiers de la Révolution, la contrainte à délivrer aux riches, l'arrêt de mort des accapareurs, l'ai fiche à coller sur la porte du Comité de salut public.

portefeuille le fait passer pour un bûcheur

tère, absorbé par son travail de bénédictin socia-

1 ï - 1 « - nu de terroriste méthodique. Aussi, quand il i

plante SOU petit corps devant la tribune et ouvert

cette chemise de cuir lentement, lentement, pour y prendre quelque note qu'il lit comme on prêtre nasille le de l'Evangile sur lequel il va gloser,

l'assistance fait •< Cbutl ». <»n se mouche comme à l'église avant que le sermon commence, et les

durs à-euire, ceui qui Ont pOUT opinion H qu'il tant

qui , ée. . nient religieusement,

tout en regardant de travers les voisins bus de modérantisme.

o. — i pas lui qui hésiterait a fur.- ! miln

tet,

;it pour moi, c< 1 moi qui hé>ite-

rais, paraît-il. J'ai, à la salle Desnoyers, la réputation d'un homme qui ne ferait pas « comme nos pères », qui reculerait devant les grands moyens, qui, au troisième tombereau, dirait à l'exécuteur d'aller casser une croûte et boire une chopine.

Mais Ducasse ferait « comme nos pères », lui, et apporterait en personne le déjeuner sur l'échafaud, pour qu'il n'y eût pas de temps perdu.

— Oui, citoyens, je n'aurai vraiment rempli mes devoirs civiques, je ne me croirai digne de mon titre auguste de révolutionnaire que le jour où j'aurai, de ma propre main, fait faire couic à un aristocrate.

Et il fait couic, d'abord avec un geste de polichinelle rigoleur — le peuple aime la grimace* burlesque et hardie — puis avec la majesté d'un tueur de Stuart ou de Capet, qui tire son épée au clair, l'abat sur un cou royal, et fait sauter une tête jusqu'alors inviolable et sacrée.

Il lichotte le couteau de la guillotine avec sa langue ; il en repasse le fil contre l'eustache d'une éloquence sanguinaire et farceuse ; il se pend, en riant, à la ficelle, comme un singe s'accrochant par la queue au cordon de sonnette du bourreau.

âl heures du soir.

Oui, certes, tout ce qu'il fallait dire a été dit ! Je viens de sentir qu'il était un parti inconnu qui mi-

n;tit le -"I -"us lei

prochain* parubles "ut il un ts 1»' plafond,

éclairs de chaleur courent dans un ciel qui v i fendi

Et les députés de P mt quitté la salir, diminuéfl et meurtris, blâmée devant l'agonie de leni popularité.

M janvier 70.

Nous sommes ;\ la Bibliothèque Richelieu.

— Mince de rigolade I <>n dit que Pierre Bonaparte vii-tit d'ass i siner bod tailleur I

loi qui parle a des lunettes, le nez long, une barbe épaisse, la bouche moqueuse, la voix éraillée : il s'appelle EUgaalt.

— Chouette 1 chouettel un Bonaparte an blo 1rs tailleurs n'osant plus réclamer leur

.M.ii> pas de blague ! il faut savoir si c'est sur, et faire du boucan '

— Qui t'a donné la oouvelle ?

— Un ancien mouchard dégommé qui fourni doI -. Machin, tu sais, celui qui a la rnmm d'un livre contre la Préfecture. Viens tu à la '

— Au galop 1

r.n route, des c im ir idei nous accostent.

— Ce n'est pas un fournisseur qui a été tué... C'est un de chez vous...

— Un du journal?

— Oui, tué raide ! Allons ensemble rue d'Aboukir.

— Dis donc, Vingtras, c'est malheureux pour le copain, mais, nom de Dieu I comme c'est bon pour la Sociale !

Ce sera bon. C'est bien un copain qui a étrenné. C'est Victor Noir.

— Oui, il paraît que l'autre gredin lui a flanqué une balle dans la poitrine ; mais on dit qu'il n'est pas mort. ~~

— Pas mort!... Qui est-ce qui m'accompagne?

— Où donc?

— Chez le Bonaparle !... A Auteuil, à Passy, je ne sais trop... enfin, où est allé Noir ce matin... Habeneck, donnez-nous cent francs.

— Ce n'est pas seulement des sous' qu'il faut, mais des armes! crient Humbert et Maroteau.

Habeneck, le secrétaire de rédaction, n'est que médiocrement rassuré.

— Tenez? voilà cinquante francs. Prenez uniîacre, courez là-bas... mais pourquoi des armes? C'est bien assez d'une victime. Vous pouvez tout perdre, compromettre la situation... Laissez l'assassinat sur les bras de l'assassin !

— Faut-il aussi lui laisser l'assassiné?

— 1. pour Auteuil, en wo[\ No i m mes riches : cinquante bail»

dii en plomb.

Le lapin roule cahin-caha. Le soir descend ; il lait inr le- qv

— Uù m'avez-vous dit d'arrêter ? demande le

< 1 ui ne se souvient plus et fouille d'un œil inquiet la tristesse du chemin.

• ii> avions donné une adresse banale, désigné un but quelconque.

— On vous indiquera quand vous entrerez dans le pays.

Nous y sommes.

Nulle trace de drame! Noos abordons les rares , un à un. Ils ne savent rien.

— Où est la maison du prince Pierrot..

— Ici !... Non !... Plus loin !...

Mai- voilà une lanterne rou^e : un commissariat.

Ni une, ni deux, allmis-y !

— Monsieur, nous Bommes rédacteurs de la Mar-

, On dit I. "Victor Noir...

— Est blessé... "ni, monsieur.

ail.

> lans

une rue de Neoilly, calm

arbres dressent leurs branches noires et nues, audessus de maisons neuves qui respirent la tranquillité et sentent le plâtre.

— Passage Masséna : c'est ici !

L'aîné vient à nous. Nos yeux l'interrogent, son silence nous répond.

Sans mot dire, il nous conduit dans une chambre qu'envahit l'ombre, et nous met en présence du mort.

Il est étendu sur le lit non défait, le visage presque souriant. Il a l'aspect d'un énorme poupon qui dort; l'air aussi, avec ses mains encore gantées de chevreau noir, d'un garçon d'honneur monté pour faire la sieste, tandis que la noce s'amuse au jardin.

La taille est prise dans un pantalon de Casimir qu'il avait acheté à la Belle Jardinière — le faraud ! — pour les grandes cérémonies ; et le plastron de sa chemise colle sur son large torse, sans une cassure, mais moucheté dans un coin d'une tache bleue. C'est la balle qui a fait cette tache-là en entrant dans le cœur.

— Il n'a pas eu l'agonie terrible?

— Non, mais il faut lui faire de terribles funérailles. Et les mots de sortir, pressés et brûlants, de nos

lèvres sèches d'angoisse.

l'in t US

— Si nous l'emportions ?... (Je sera le pendant de février!... On l'assoira sur un tombereau comme les fusilléa du boulevard des Capucines et on criera aux armes le long des rues !...

— Ça y est !

Lei voix sont étranglées, m.iis l'accent résolu.

— Le cocher voudra-t-il recevoir le cadavre?...

— Il n'y verra que du feu ; remettons-lui sa redingote sur le dos, descendons-le comme un malade; on lui plantera, au bas de l'escalier, son chapeau sur la tête et on le tassera dans le Bacre...

Louis même n'hésite pas, il nous livrera son vadet.

Mais un effroi nous prend.

— Nous ne pouvons pourtant pas, à nous quatre, engager le peuple!

Et, pour le malheur delà Révolution, nous avons été modestes — on lâches I Nous ayons abandonné notre atout; nous n'avons pas osé risquer le coup sur cet enjeu sanglant.

On a repris le chemin de la \il|e.

Il ne faisait plus clair, et quand nous nous retour names pour regarder encore, à travers la porti le pavillon où -is.ni notre .uni, il bous sembla le foir, accoudé à la fenêtre et nous fixant yeui

agnndis.

C'était son frère qui exposait au vent du soir son front moite et ses paupières rougies.

Nous avions la gorge serrée. Ils se ressemblaient comme deux gouttes de sang.

A la Marseillaise.

Paris connaît le crime I

Au journal, les rédacteurs sont en permanence et, de tous côtés, accourent les républicans.

Fonvielle arrive, le pardessus troué — une balle lui a fait une boutonnière neuve. Il dit ce qu'il a vu : le pistolet tiré de la poche, Noir visé, atteint et fuyant, son chapeau rivé à ses doigts crispés, la mort dans la poitrine 1

— Et vous ? nous demande-t-on.

Nous contons notre voyage, l'idée qui nous es* venue.

— Mais où l'aurait-on mis ?

— Ici !... — Dans un faubourg !... — Chez Rochefort ! Son domicile est inviolable !

Cette thèse est défendue avec passion.

— En tant que député, il a le droit de faire repousser, à coups d'épée et à coups de fusil, ceux qui franchiraient son seuil. Et qui sait ? La rue de Provence n'est pas si loin des Tuileries !...

Je voudrais, moi, que ce fût sur notre table de travail même que l'on étendît Victor Noir, cette nuit, comme sur une dalle de la Morgue, et que

I qui sont les favoris '; Je, eu [

en I d, montassent la itour de

— Il faudrait l'avoir, pour ça !

— Allons le chercher !

Mais le mot des révolutions est jeté : Il est trop lard!

La maison de là-bas doit être sunei!

maintenant.

Journalistes que nous avons été !

cependant la partie se pi [ue, < 1 1 ii ~^ la guerre civile, il tant ' l'audace ! Qui est prêt à jouer carrément sa vio n'a-t-il pas le droit de construire sa barrir

q, et de la faire commander par on cadavre — si un lu6 fait plus peur qu'un viva:

Il avait justement une i ùll B qu'il aurait fallu vil qu'elle fût émiettée sur ses épaules d'herc

En attendant, Paris s'agite. Il y a un q à

Belletille. Dans la grand ut.

An du bureau, un voile fa

l'ombre de cetti , les < sp

contre li autour du cercueil

— Il faut en finir!

Encore une phrase qui fut lancée, jadis, aux heures tragiques, une parole ramassée dans le lointain de l'histoire, qui sort du cimetière des insurgés d'autrefois, pour devenir la devise des insurgés de demain.

Des femmes partout — Grand signe 1

Quand les femmes s'en mêlent, quand la ménagère pousse son homme, quand elle arrache le drapeau noir qui flotte sur la marmite pour le planter entre deux pavés, c'est que le soleil se lèvera sur une ville en révolte.

12 janvier.

On doit se retrouver à l'enterrement.

Mais il aurait fallu que le convoi partît de la Marseillaise; que le ralliement eût lieu dans la rue du journal; que le quartier en émoi fût envahi par les manifestants irrités , et qu'on attendît d'être des milliers pour se mettre en route 1

Qui sait si cette trombe humaine n'aurait pas entraîné les régiments et l'artillerie, noyé la soute aux poudres de l'Empire et emporté, comme charognes, les Napoléon?

Peut-être bien 1

ROÉ

Sous 10'!

C'est EUgault qui commande la manœuvre; comme un sergent qui gourmande des recrues, comme un chien de berger qui harcèle un troupeau, il aligne

le-> un- et aboie après les autres.

— Quatre par quatre, en serre-flle. A votre rang, nom de Dieu !...

Des mots

— Ceux qui ont des pistolets, en tête 1 Des mots drôles :

— Les taffeurs au centre !

A la queue ceux qui n'ont que des bistouris, des compas, des eustaches à virole qui, d'ailta feraient d'épouvantables blessures — tronçons d'acier ou de fei cachés bous d d'ouvriers... car il y a des ouvriers plein cette colonne du quartier Latin.

1U onl élé voisins et son! devenus camarades dles étudiants dans le complût de la Renùiuanct ou autre conspiration avortée et poursuivie, il onl rail partie

ocialistes avec les partisans des didatures l! tagrel oo .i bu d

en semble, les jours d'élection, on .i man§ •• moment, la boule de son de M i

Bigault est plut sûr <i. i

garçons des Écoles; voilà pourquoi il les a mis à l'arrière-garde. Us piqueront le centre aux reins pour le faire avancer ; ils le larderont s'il essaie de fuir.

Il me conte cela en prisant, prisant toujours, le menton souillé, le gilet sali, les narines grillées, mais avec quelque chose de fier dans le front et le regard.

Il fait grincer sa tabatière, à la Robert-Macaire ; il me fait aussi — le mâtin — songer à Napoléon, pinçant son tabac dans son gousset, tout en dictant le plan de bataille.

Il n'y a pas à barguigner, il a du chien l

Quand il dit à son revolver en le caressant, comme on tapote la joue d'un môme : « Do, do, l'enfant do ! » pour ajouter ensuite, en le menaçant gaiement du doigt : « Faudra voir à te réveiller, moucheron ! et à péter sur les cipaux », cela rassure le centre, qui ne croit pas qu'on blague ainsi quand on doit y aller pour tout de bon.

Et cela ne déplaît point aux résolus qui sentent que ce gavroche à lunettes et à barbe crachera des balles aussi bien que des ordures au nez des soldats, et qu'il leur offrira sa poitrine comme il leur montrerait son derrière — héroïque ou ignoble suivant que la situation sera tragique ou bouffonne.

En route.

— En avant !

Ce sont cinq ou six porte-lorgnons qui se sont

au premier r i gens h r

Eligaul iit-il la n ion poi . >'il n'avait p

adopté, pour traduire son opinion sur le l'a ri :

du toutou qui, la patte en l'air, <!>'--l)onore les monuments.

Breuillé, Oranger, Dacosta, eux, ressemblent à professeurs de sciences dont les yeux se sont bi ( sur les livres.

Les traditionnels de la colonne se demandent pourquoi ces biimclanls a ? »

Ils ne rappellent ni Saint-Just, ni Desmoulins, ni

n les od qui traitent de ->ots et de tr.ii députas-

siez de La G

qui relèvent- ils?... Ce sont les hommes de [ui.

De tous cotés, par petits groupes, ou en bataillon me nous, Paria m uilly. On

au pa i se donne le

qu'un est qua

sont des morceaux

lublique qui

ippe

liées au tronc d'une même idée, avec des braises de colère luisant au fond des orbites.

Les langues ne sifflent pas; le chiffon rouge ne remue guère. On n'a rien à se dire, car on sait ce qu'on veut.

Les cœurs sont gonflés d'un espoir de lutte — les poches sont gonflées aussi.

Si l'on fouillait cette cohue, on trouverait sur elle tout l'attirail des établis, toute la ferraille des cuisines : le couteau, le foret, le tranchet, la lime, coiffés d'un bouchon, mais prêts à sortir du liège pour piquer la chair des mouchards. Que l'on en découvre un... on le saigne !

Et gare aux sergots ! S'ils dégainent, on ébrèchera les outils de travail contre les outils de tuerie !

Les oisifs aussi ont leur affaire; des crosses de pistolets riches suent sous des mains fiévreuses et gantées.

Parfois, un de ces museaux affilés en dague, la gueule d'un de ces revolvers sort d'un paletot ou d'une redingote mal fermée. Mais personne n'y prend garde. Au contraire, on indique, avec un sourire orgueilleux, que soi aussi l'on est en mesure, et en goût, de répondre à la police — même à la troupe.

Muette la police ! invisible la troupe !

C'est bien là ce qui me fait réfléchir ! Qui sait si,

L'iNSUlî

tout à l'heure, nous ne Berona pas pria bd j);ir une fusillade partie d'une maison aux po closes, aux volets fermés, des le premier crj contre l'Empire que jettera un ardent ou un vendu !

— Mais tant mieux ! tue dit un voisin il masque carhonaro.La bourgeoisie est sortie de ses boutiques, s'est jointe au peuple. La voilà notre prisonnière, et nous la retiendrons devant la bouche des canons jusqu'à ce qu'elle soit élripée comme nous. C'est elle, alors, qui hurlera de douleur et donnera, la première, le signal de L'insurrection. A nou> d'escamoter le mouvement et de mitrailler toute la band hourgeois et bonapartistes mêlés!

Une figure grave s'est tournée vers nous, une main ridée s'est posée sur mon bras. C'est Manille, qui vient d'arriver juste à temps pour entendre la théorie de L'algébriste du massacre et qui, de sa face grise, approuva.

Je lui demande s'il est armé.

— Non. 11 vaut bien mieux qu'on m'assassine i que j'aie de quoi me défendre. Lea sentimental

feront des phrases sur le vieillard sans arme-, tué

par des soldats ivres I Ce sera bon, croyez-moi !..• Ah ! -i le sang pouvait couler ! a-t-il conclu, avec de la douceur plein Bea yeux bleus.

— Nous n'avona qu'à tirer les premi

— Non ! non! Il faut que ce soient les cha kepota qui commencent.

Passage Masséna.

Rigault, moi, quelques autres, nous avons fait trou dans la multitude, qui s'est ouverte devant nous.

Elle n'y met pas d'orgueil et ne se plaint pas d'être dépassée. Aux heures de décision suprême, elle aime à voir marcher en avant d'elle, écriteaux vivants, les personnalités connues qui portent un programme attaché, comme une enseigne, entre les syllabes de leur nom.

Que se passe-t-il?

Un colosse, debout sur une chaise de paille, défend, de sa parole et de ses poings, la grille du passage contre l'avant-garde du cortège.

C'est l'aîné, celui qui, l'autre soir, consentait à livrer son frère tout chaud pour chauffer l'insurrection.

Il s'est refroidi en même temps que le cadavre.

Et aujourd'hui il refuse le cercueil à Flourens qui, pâle et la flamme aux yeux, le réquisitionne pour le service de la Révolution et veut que le convoi traverse tout Paris — parce qu'avec le timon du corbillard on pourra battre en brèche, comme avec un bélier à tête de mort, les murailles des Tuileries.

Elles peuvent s'écrouler avant la nuit si l'on empoigne l'occasion, si l'on retourne du côté du Père- Lachaise, la bride des chevaux tournée du côté du cimetière de Neuilly.

— Monsieur Vingtras, croyez-vous qoe l'on ■ batti

ae connais pas celui qui m'interpelle.

il se Domme.

— Charles IIn^o... Vous êtes mal avec mon père (question d'école!) mais vous me semblez bien avec les énergiques d'ici. Pourriez-vous me rendre; un service de confrère et me placer aux premières loges? Gela ne vous sera pas dillicile, vous

t mandez un peu tout ce monde...

— Personne ne commande, détrompez-vous! Pas môme Rochefortet Delescluze, qui seront peut-être débordés tout à l'heure, si dans un discours d'orateur de borne passe DD éclair qui éblouisse, ou seulement, si dans ce ciel nuageux luit, à l'improviste, une reflambée de soleil!... Enfin, je vais voir.

Voir qui, voir quoi?

— Ètes-vous pour Paris ou pour Neuilly? me demande, la lièvre dans li et dans la voix, Briosne, qui méprend au collet.

— Je suis pour ce que le peuple voudra.

Avenue de Neuilly.

peuple n'a pas voulu la bataille, m supplication de Plourens, m dgi é l'en-

quelqui le prend .ilrailles et saisirent i )| aux

aux.

— La rédaction de la Rue en tête ! ont crié, deux eu trois fois, des pelotons révolutionnaires.

— Ne conduisez pas ces gens à la tuerie, Vingtras!

Croyez-vous donc que Ton conduise personne à la tuerie, pas plus qu'on n'impose à des foules la sagesse ou la lâcheté?

Elles portent en elles leur volonté sourde, et toutes les harangues du monde n'y font rien !

On dit que lorsque les chefs prêchent l'insurrection, elle éclate.

Ce n'est pas vrai !

Deux cent mille hommes qui ont au ventre la fringale de la bataille n'ont pas d'oreilles pour les capitaines qui leur disent : « Ne vous battez pas ! » Ils passent par-dessus le corps des officiers, si les officiers se mettent en travers, et sur leur carcasse brisée montent à l'assaut!

Mabille, seul, avait raison. Si les chassepots faisaient merveille sans provocation, si un ordre insensé amenait un régiment et une fusillade autour de cette maison, ah ! les tribuns populaires n'auraient qu'un mot à dire, un geste à faire, et le drapeau de la République surgirait d'entre les pavés, quitte à être effiloché par les boulets sur des milliers de cadavres !

Mais ni chez le peuple, ni chez ceux de l'Empire

lY 157

il n'y ;i L'envie sincère do se rencontrer I enir

auv mains sur la tombe d'un petit journali >

sine — terrain mauvais pour la victoire des soldats,

trop étroit pour la mise en ligne de l'idée sociale.

A un moment, on est venu me prendre dam mon groupe.

— Hochefort est en train de s'évanouir. Allez \<>ir ce qu'il devient... lui arracher le dernier mot d'ordre

Je l'ai trouvé, pâle comme un mort, assis dans l'arrière-boutique d'un épicier.

— Pas a Paria ! a-t-il dit en frissonnant.

Au dehors, on attendait sa réponse. Je me suis juché sur un tabouret et je l'ai donnée, telle quelle.

— Mais vous! m'a crié Flourens, vous, Vingtras, ; i-voua paa avec aoua .'

Il nous rattrape à L'instant, débraillé, l'œil en feu, beau de douleur, ma foi, et s'est pour ainsi dire jeté sur moi.

— • vous? Je suis avec vous si la foule y est.

— nie s'est décidée!... voyes le corbillard, il marche vera nous.

— Eh bien : marchons vers lui.

— A la bonne heure ' merci, et en avant !

Flou rens me serre la main et nous dépasse. Il a la loi et la fort s d'un saint, il écai te la < ohue de

maigres épaules et la fend, comme un nageur qui court à un sauvetage fend l'Océan.

Mais en arrière, tout d'un coup, une rumeur, des cris...

C'est Rochefort qui nous rejoint en voiture. Qu'y a-t-il?

Une idée vient d'être jetée dans l'air.

— Au Corps législatif!

Je saute là-dessus, Rochefort aussi.

— Au Corps législatif! C'est dit.

Et le fiacre, qui allait vers le cimetière, fait volteface et roule vers Paris.

J'ai pris place aux côtés de Rochefort, Grousset également; et nous voilà muets et songeurs, traînés Dieu sait où !

Pour mon compte, je me dis tout bas que si l'on nous laisse arriver jusqu'à la Chambre, elle sera envahie, que nous allons assister à un 15 Mai accompli par deux cent mille hommes — dont un quart de bourgeois.

Car ils sont deux cent mille!

Quand nous mettons la tête à la portière, nous apercevons la chaussée débordante et houleuse, comme le lit d'une rivière envahi par un torrent.

On cache encore les pistolets et les couteaux, mais on a tiré des poitrines l'arme delà Marseillaise.

ible sous les pieds de cette multitude qui a l'air de marcher au pas», et le i-

riivnii.'' \ i battre le ciel de son aile.

— Halte-là I

La troupe nous liarre la route.

ad :

— Je suis député et j'ai le droit de

— Vous ne p ! pal 1

Je regarde en arrière. Sur toute la longueur de

, le cortège s'est égrené, cassé. 11 se Taisait

tard, un était las, on avait chaulé...

• minée est Unie.

Un petit vieux trottine près de moi, seul, tout seul, mais suivi, je le vois, par le regard d'une bande au milieu de laquelle je reconnais des ami- Blanqui.

il lui, l'homme qui longe cette muraille, après avoir rôdé tout le jour sur les flancs du Tolcan, gardant ai, an-dessus de la foule, nejailliss une Dam me qui serait le premier flamboiement du

, ce petit aat Blanqui '

— Que faites -toui donc là?

j'étais ii até cloué soi place, stup< I rit >; •

dain ce ealmi de.

— Vous allez vous faire empoigner 1 m'a dit le peintre Lançon en m'entraînant.

Dans les flaques d'eau qu'avait faites la pluie sur la place, nous avons retrouvé des camarades éreintés et crottés.

On a dîné ensemble chez le mastroquet.

Quelques-uns ont reçu le conseil de ne pas coucher à domicile.

L'artiste m'a pris et emmené chez lui.

Mais ils n'ont osé arrêter personne, trop heureux qu'hier il n'y ait pas eu de grabuge.

Mauvais signe pour l'Empire! A défaut de soldats, il n'a pas lancé de mouchards. 11 hésite, il attend — ses jours sont comptés 1 II a sa balle au cœur comme Victor Noirl

,\Yl

15 juillet.

Gare au bouillon i

Ils en uni besoin, ils la veulent ! La misère les déborde, le socialisme les envahit.

Sur les bords de la Sprée aussi bien que sur les

rives de la Seine, le peuple souffre. Mais, cette fois,

tuffrance a des avocats en blouse, e1 il n'est que

temps de faire une saignée, pour que la sève de la

force nouvelle s'échappe par L'entaille, pour que

ince Mes foules se perde au bruit du canon,

comme le fluide qui lue va mourir dans la ter: bruit de la foudre.

Od sera vainqueur ou vaincu, mais le courant pulaire aura été déchiqueté par les baïonnette ligne, brisé par li des défait

Ainsi pensent les pasteurs de la ! Iran*

• n allemande, qui voient de haut et de loin*

D'ailleurs, les pantalons garance et les culottes courtes de Compiègne ne doutent pas de la marche triomphale des régiments français à travers l'Allemagne conquise.

A Berlin ! A Berlin !

J'ai failli être assassiné, au coin d*une rue, par une poignée de belliqueux devant lesquels j'avais hurlé mon horreur de la guerre. Ils m'appelaient Prussien et m'auraient probablement écharpé si je ne leur avais jeté mon nom.

Alors ils m'ont lâché... en grognant.

— Ça n'en est pas un, mais il' n'en vaut guère mieux 1 Ça ne croit pas à la Patrie, les frères et amis, et ils s'en fichent bien que les cabinets de l'Europe nous insultent !

Je crois que je m'en fiche, en effet.

Tous les soirs, ce sont des disputes qui finiraient par des duels, si ceux-là mêmes qui s'acharnent contre moi ne disaient pas qu'on doit garder sa peau pour l'ennemi.

Et les plus chauvins dans la querelle sont souvent des avancés, des barbes de 48, d'anciens combattants, qui me jettent à la tête l'épopée des quatorze armées, de la garnison de Mayence, des volontaires de Sambre-et-Meuse et de la 32e demi-brigade ! Ils me lapident avec les sabots du bataillon de la

Moselle ; il- ne fourrent dlns l'œil le dojgl • ••t le panache de Kléber !

Non* avons pris dos bandes de toile, sur lesquelles on a écrit avec une chevillo de bois trempée dans une écuellée d'encre : « Vive la paix! » et i avons promené cela à travers Paris.

■ lésants se sont rués sur nous.

Il y avait des gens do police parmi les agresseur*, niais ils n'avaient pas en ;\ donner le signal. Il leur suffisait de suivre la fureur publique et de choi-ir , dans le tas, ceux qu'ils reconnaissaient pour les avoir vus dans les complots, aux réunion jour de la manifestation Baudin ou de l'enterrement de Victor Noir. Sitôt l'homme désigné, la canne plombée et le easse-tôte s'en payaient! Dauer a failli (Mie assommé, un autro jeté au canal !

Il me prend parfois des repentirs lâches, des remords crimio Oui, il m'arriveau e<Biir des bouffées de regret — Me me jeunesse sacrifiée, de ma vie liv;

la lamine, de mon Orgueil livré au\ Chiens, de mon

avenir gâché pour une foule qui me semblait avoir

une ftme, Bl à qui je voulais faire, un jour, honneur

de toute ma force douloureusement am

voilà que ir les talons des -biais qu'elle

lu- à présent, cette foule 1 Bile i mboîte le

aux régiments, elle acclame des colonels dont les

épaulettes sont encore grasses du sang de Décembre —

et elle crie « A mort ! » contre nous qui voulons

boucher avec de la charpie le pavillon des clairons !

Oh! c'est la plus grande désillusion de ma vie !

A travers mes hontes et mes déceptions, j'avais gardé l'espoir que la place publique me vengerait un matin... Sur cette place publique, on vient de me rosser comme plâtre; j'ai les reins moulus et le cœur las!

Si demain un bâtiment voulait me prendre et m'emporter au bout du monde, je partirais — déserteur par dégoût, réfractaire pour tout de bon !

— Mais vous n'entendez donc pas la Marseillaise*?

Elle me fait horreur, votre Marseillaise de maintenant ! Elle est devenue un cantique d'État. Elle n'entraîne point des volontaires, elle mène des troupeaux. Ce n'est pas le tocsin sonné par le véritable enthousiasme, c'est le tintement de la cloche au cou des bestiaux.

Quel est le coq qui précède de son cocorico clair les régiments qui s'ébranlent? Quelle pensée frissonne dans les plis des drapeaux? En 93, les baïonnettes sortirent de terre avec une idée au bout — comme an gros pain 1

Le jour de gloire est arrivé! Il Oui, vous verrez ça!

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