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Place du Palais-Bourbon.
us sommes devant le Corps législatif, tous les trois, Theisz, Àvrial et moi, le joui- de la déd lion,
11 l'ait grand soleil, de jolies femmes apparaissent en fraîches toilettes, avec des fleurs au corsage.
ministre de la Guerre, ou quelque .mire, vient d'arriver tout fringant, dans une voiture ;\ cai neuve traînée par des chevaux au mon d'argent.
On dirait une fèie de ta Haute, une cérémonie de gala, an Te Deum ;\ Notre-Dame; il flotte dans l'air un parfum «le veloutine et de gardénia.
lin n ne dénote l'émotion et la crainte qui doivent tordre les C03UM quand on annonce que la patrie va tirer l'épée.
Des vivats! des cris!...
Le sort en est jeté — ils ont passé le Rubicon!
o be
[fous avons traversé les Tuileries, silencieux, dé» érés.
Le sang m'était sauté à la face el menaçait de m'envahir le cerveau. Mais non! ce sang que je «1< >î^ à. la France est sorti bêtement par leur/. Hélas I je
mon pays, je lui fais tort de tout ce qui COIlle, COUle et COUle encore!
J'ai le museau et les doigts tout rouges, mon mouchoir a l'air d'avoir servi à une amputation, et les passants, qui reviennent enthousiastes du Palais- Bourbon, s'écartent avec un mouvement de dégoût. Ce sont les mêmes, pourtant, qui ont applaudi le vote par lequel la nation est condamnée à saigner par tous les pores.
Mon pif en tomate les gêne!... Bande de fous! Viande à mitraille!
— Il devrait cacher ses mains! fait, avec une moue de répugnance, un barbu qui tout à l'heure criait à tue-tête.
Je me suis débarbouillé dans le bassin. Mais les mères s'en sont mêlées.
— Est-ce qu'il a le droit de faire peur aux cygnes et aux enfants? ont-elles dit, en rappelant leurs bébés dont trois ou quatre étaient harnachés en zouaves.
Croix de Genève.
Tous les journalistes sont en l'air. C'est à qui ira à l'armée.
On a organisé un bataillon d'ambulanciers. Ceux qui ont été, rien qu'un quart d'heure, étudiants en médecine, qui ont quelque vieille inscription dans leur poche de bohème, s'adressent à une espèce de docteur philanthrope qui met la chirurgie à la sauce genevoise. Il a inventé un costume de chasseur noir, de touriste en deuil, sous lequel les enrôlés prennent des airs religieux ou funèbres.
Je viens de les voir sortir du Palais de llndusl I.' ut, marchant bo tête, est le secrétaire de
rédaction de la V - celui-là môme qui.
ut bien nous accorder quelques bous, mais nous refusait des pistolets, le jour de l'assassinat de Victor Noir — un brave garçon, belliqueux comme un paon, qui fait la roue avec un harnachement de
les diables en éventail sur le dos. D.ins ces équipes d'infirmiers qui viennent de partir du pied gauche pour les champs de bataille, bien des dévoués, mais aussi que de romantiques et de cabotins 1
- jardins et les squares sont couverts de pelotons d'hommes vêtus moitié en civils, moitié en militaires, qu'on fait courir, piétiner, former le carré, former le cere
— Contre la cavalerie, croisez! En garde contre l'infanterie! A cinq pas, prei; ttervalleat...
Ilentrez-donc les coudesl... Le 9, vous Ml ^s!... Gauche, droite 1 Gauche, droit
Bt tes coudes rentrent, et le 9 renfonce sa bedaine! Gauche, droite! Gauche droite l
t après?
Croyez-vous que l'on garde ainsi qu'on manœuvre la baïonnette r.
tronome, quand on se trouve au fort dea inek ,
dans le pré, le champ ou le cimetière, où l'on rencontre l'ennemi tout d'un coup? '
Chaque jour, des détachements prennent le chemin des gares, mais c'est plutôt une cohue qui se débande que des régiments qui défilent! Ils roulent en flots grossiers, avec des bouteilles en travers de leur sac.
Et moi je sens, à l'hésitation de mon cœur, que la défaite est en croupe sur les chevaux des cavaliers, et je n'augure rien de bon de tous ces bidons et de ces marmites que j'ai vus sur le dos des fantassins.
Ils s'en vont là comme à la soupe... J'ai idée qu'il y pleuvra des obus, dans cette soupe, pendant qu'on pèlera les pommes de terre et qu'on épluchera les oignons.
Ils feront pleurer, ces oignons-là I
Personne ne m'écoute.
C'est la même chose qu'en Décembre, lorsque je prédisais la dégringolade. On me répondait alors que je n'avais pas le droit de décourager ceux qui auraient pu vouloir se battre.
On me crie à présent : « Vous êtes criminel et vous calomniez la Patrie ! »
Un peu plus, on me conduirait à la Place comme traître !
P] i v me.
on \irnt de m'y conduire I
On m'a empoigné, à la tête d'un groupe désespéré
des i ; lit. 's, Furieux de la fausse victoire, et
qui hurlait : a a bas OUivier : ■■
Reconnu et signalé, j'avais été porté en avant. ut beaucoup d'honneur, mais quelle dége Rien n'y a manqué : coups de bottes dans les rein-, coups de pommeau de sabre dans les côtes... et allez donc, l'insurgé 1
Ils se sont mis a dis pour me traîner jusqu'à l'étatmajor delà garde nationale.
— C'est un espionl beuglait-on sur mon passage.
ESI parce que je répondais : • imbéciles I » quelques baïonnettes bourgeoises se disputaient la joie de me larder, quand un lieutenant, qui commandait le poste, m'a arraché ;\ l'appétit des compagnies.
(I me connaît, il a vu ma caricature en chien, avec ii ii « c isserole a la queue.
— Quoil c'est tous!... mais vous otes un gaillard que je gobe, nn gaillard qui me va! ou a failli tous écharper?... Affai I mais ils sont fichus de tous i i Cayennel Ah ! mais oui!
11 a raison ! Du ministère de l.i Justice vient d'arri-
\er L'ordre de me H\i er au\ agents.
Us m'ont encadré de leur quatre silhouettes mures
et nous sommes partis avec des allures d'ombres chinoises. *
On entend nos pas dans le silence de la nuit ; les noctambules s'approchent et regardent.
Station au commissariat. — Interrogatoire, fouille, mise au violon !
Une estafette apporte, à galop de cheval, une dépêche qui me concerne.
Transfert au Dépôt.
Je viens de m'abattre sur une planche de lit de camp, entre un mendiant à moignons qui renouvelle ses ulcères avec des herbes, et un garçon à mine distinguée, mais éperdue, qui mejoyant à peu près bien mis, se blottit contre moi et me dit tout bas, les dents serrées, la respiration haletante :
- Je suis sculpteur... Je n'ai pas mouillé ma terre... Je n'ai pas donné à manger à mon chat.., J'allais lui acheter du mou... on m'a pris avec les républicains...
Le souffle lui manque.
— Et vous? achève-t-il péniblement.
— Je n'allais pas acheter du mou... Je n'ai pas de chat, j'ai des opinions.
— Vous vous appelez ?
— Vingtras.
— Ah 1 mon Dieu 1
.'re >a ne autrui
Il la ressort pourtant, au bout d'un moment, et, un trémolo dans la que l'oreille :
— Quand les gardiens viendront, vous ferei semblant de ne pas me connaître, n'est-ce p
— Non, non; bonne nuit! Eh! l'estropié, reni donc vos ailerons!
C'est le lever : l'artiste fait peine à voir. On Tint- premier.
— Je n'ai rien l'ait... J'allais acheter do mou pour mon chat... Je suis sculpteur... Je n'ai pas mouillé ma terre... On va me mettre en liberté?... je suis pour l'ordre.
— Pour ou contre, on s'en fiehe ! Enlevez-le I
Moi, je suis un cheval de retour.
fs le de\ine, et D< ns, en allant
Unie.
— VOU nu?... ob ! j'ai COmpril e i tout
lanqui ? I j'.ii
tus... Eu osez-vous?
Et i!
< »n m'a d r — entre quatre
mun toujours, mail à ciel ouvert.
Le tumulte du moment retient les geôliers ailleurs, les prisonniers sont abandonnés à mi-chemin du promenoir.
Un homme s'approche de moi et me touche l'épaule... point un homme, un spectre! un revenant!
— Vous ne me reconnaissez pas?
Il me semble bien avoir vu cette redingote flétrie, qui a pris des airs de sac vide.
— Je suis sculpteur.
— Oui, bien... la terre... le chat... le mou...
— Que croyez-vous qu'ils vont faire de nous?
— Ils vont nous fusiller.
— Nous fusiller !... J'avais pourtant quelque chost là!
— Où ça?
— Je ne vous ai donc pas dit mon nom?
— Je m'appelle Francia.
Francia ! Ah bien ! elle est forte, celle-là ! C'est lui qu'on a chargé de faire la statue de la République guerrière — ûamberge au ventl
J'attends toujours qu'on m'interroge; j'attends, plein d'angoisse !
Un gardien m'a fait des confidences, et j'apprends que devant ia Chambre il y a eu une manifestation orageuse, l'autre jour. Cette après-midi, prétend-
il, il y en aura une autre, Rochefort en tôte ; on doit aller le prendre à Pélagie.
A l'instruction.
— Monsieur, vous ôtes accusé d'excitation à la guerre civile.
eux m'expliquer.
Le magistrat m'arrête d'un regard et d'un geste.
— Depuis que vous ôtea ici, monsieur, de grands malheurs ont frappé la France, elle a besoin de tous ses entants. L'officier môme quia ordonna votre arrestation m'a demandé qoe les portes delà prison
fussent ouvertes : vus ôtes libre.
11 avait dit cela simplement, et sa voix avait tremblé en parlant des « grands malheurs ».
Je suis sorti du Dépôt plu- iri-teque je n'y étais entré.
.l'ai couru ver- les affiches. Ces grands placarda lil.iii Mir les mura, m'ont lait peur, comme
le \i- de la patrie.
Qu'est-ce donc?...
Tll avais été au fond, avoue-le, plus malheir
quecontenl quand on t'avait appris que l'Empereur ,t\ ût un triomphe à ion actif. Tn ai li quand lu croyais la victoire vraie, — presque autant que Naquet, le bossu, qui en pleur. ni d
Et voilà qu'un nuage glisse sur tes paupières et qu'il y vient des larmes!
Je suis resté deux jours les yeux et le cœur dans les nouvelles de là-bas, écoutant l'écho du canon lointain et les bruits de la rue.
Rien ne bouge 1
XYII
Dix heures du matin. On frappe.
— Entrez.
Devant moi, un grand gaillard, à figure toute blême mie tlms une grosse barbe noire, des luni d'étudiant allemand, un chapeau de bandit calabrais.
— Vous ne me reconnaisse! pas ?
— Ma toi, mm!
— Brideao?... un de vos élèves de Caen.
Kli ! oui, | ppellel j'avais un garçon qui
s'appelait ainsi dans la division à qui je conseillais
ire, lors de mon avènement provi à la c toriqae,
— 1 ii< devenu?
— t on alu faire d qq droit. Mon père i pu me
un petit nol i[im: je ■
riche et qui m'a avoué en pleurant qu'il était pauvre, bien pauvre... Confiant dans ma réputation de fort en thème, j'ai couru les bahuts... Ah! bien, oui! Ceux qui ont fait leurs classes à Paris ont encore des relations, sont protégés par leurs anciens maîtres; mais le fort en thème de province, qui rêve d'exercer entre Montrouge et Montmartre, celui-là ferait mieux de se flanquer à l'eau, sans hésiter !... J'ai eu plus de courage... Je me suis fait ouvrier, ouvrier graveur. Je n'ai jamais été bien habile, mais je suis parvenu, avec mon burin-maladroit, à gagner à peu près ma vie... Que de fois j'ai songé à vous, à ce que vous nous disiez de l'éducation universitaire 1 Je croyais que vous plaisantiez, dans ce temps-là! Oh! si je vous avais écouté!.. Mais ce n'est pas tout ça ! Je ne suis pas venu pour larmoyer mon histoire. Depuis trois ans, j'appartiens à une section blanquiste. Les sections vont marcher!
Je lui ai empoigné les mains.
— Les sections vont marcher, dites-vous?... Eh bien! ne me le racontez pas; gardez votre secret! Je ne veux pas avoir ma part de responsabilité dans une tentative qui avortera, et dont le seul résultat sera d'envoyer de braves gens à Mazas et aux Centrales.
— C'est une mission que je remplis. Hier, on a parlé de ceux qui sont hommes à dresser l'oreille, si un coup de pistolet part dans un coin. Votre nom