LOS
est venu l'un des premiers sur les lèvres il" Blanqjil ; il voua connaît par les camarades, el a d< qu'oo i rlirait... Maintenant, vous ferez ce
qui vous plaira. Je sais qu'on ne vous entraîne
i où vous ne voulez pas aller, maia cette a] midi, à deux heures, soyez devant la C de La
Villette, et vous verrez coruincncer l'insurrection.
1 heure 1/t.
rais.
ont aussi, ventrebleul Quatre pelés : Bri- ., Budes, <|ui me fait un ligne de tète, auquel je réponds par un clignement d'yeux, un gai brun en casquette, le lorgnon sur le nez, et un vieux à tête longue et douce, un peu voûté — plus un tondu.
Hlanqui est là-bas, près du bateleur.
Rnpa(o})lani plan, plan!...
— Mesdames et messieurs, je vends du poil à gratter!... Voust't la femme d'un ministre,
vous mouchez la chandelle. Alors, voua ma
pond;
El le paillasse de dévider ><>n boniment en allant,
de t-'iup- à autre, à t imbour tanné pour en tirer
un rra ou un /la, dans un jonglé de bs a
i. i . sur cette c tisse de foire qu'on va battre la charge, dis-moi, Brideau t
— Ah ! il y a assez longtemps que nous avons un compte à régler, citoyen Vingtras ! Je vous tiens... et ne vous lâche plus.
Le hasard m'a jeté dans les jambes un mécanicien du quartier avec lequel nous nous sommes pris aux cheveux quelquefois. Il est communiste ; je ne le suis pas.
Oh ! non, il ne me lâche plus ! Et il me force à lui faire un bout de conduite.
Il m'entreprend ; je lui réponds. Mais j'ai l'esprit ailleurs. Malgré moi, j'écoute si dans la brise chaude qui court sur nos têtes, ne résonne pas l'écho des fusillades, et au moment où l'autre me demande carrément quelles sont mes objections contre la propriété collective je songe à Brideau, à Eudes et à Blanqui.
Pourquoi donc s'est-il tu, le tambour du pitre?
— Vous êtes collé, avouez-le donc ! fait le mécanicien, en choquant gaiement son verre contre le mien. Ah ! si nous tenions jamais le pouvoir !
Le pouvoir? Ils sont six là-bas, près du saltimbanque, qui sont en train de s'en emparer !
Mais je ne préviens point le camarade ; je ne me reconnais pas ce droit-là.
Je me contente de lui demander s'il pense qu'un mouvement commandé par des hommes d'attaque entraînerait le peuple contre l'Empire."
Il prend une lUamette et la frotte Lenten conti e • a culotte.
— Il h :t qu'à faire ça, tenez, et tout fl
que ça !
— iye«, l'ami .
B1 pourtant, s'il y avait un quelque chose, nous le •aurions ici... mais rien I
Hl ont dû être enlevés dans la foule, laQI avoir le temps de due ouf, au moment où le bateleur i imitait i,i muscade, et tes monchardi sont en train de dévisager le» suspects.
4 heures.
! un bruit, pas une rumeur I
rriers, qui ont mis leurs frasque* neui
promènent la bourgeoise, qui s'est attifée aussi, et
ot leurs petits frères devant les bolitiqn rerie^. 1!
Qeurs dans des mains calleuses, et l'envie du repos sur tous les fronts de ces gens de labeur.
ite que le dimanche pour les insurrection
On ne veut pas salir SOS beaux babil-, un amis pour un
lier roir le ti< 11 ne faut pa» a] i les
pauvres font de la toilette, alors qu'ils ont, durant la semaine et du fond des logis sombres, rêvé une partie dans une guinguette cravatée de verdure.
C'est Gustave Mathieu, le poète, et Regnard, le chevelu, qui, m'abordant à une table de Bouillon Duval où je viens de m'asseoir, m'apprennent qu'une trentaine d'individus se sont jetés sur la caserne des pompiers de la Villette, et ont fait feu sur les sergents de ville.
Ils ont bien dû en descendre un ou deux.
— Les criminels! dit Mathieu.
— Les imbéciles! dit Regnard, qui est blanquiste et qui devait en être.
Imbéciles [Criminels! ces honnêtes etcesbravesl... Faudra voir à discuter ça un de ces matins.
Une imprudence a fait arrêter Eudes et Brideau.
Conseil de guerre. Verdict : la mort.
Comment les tirer de là ?
Peut-être une lettre écrite par un homme populaire et glorieux pèserait-elle sur l'opinion publique.
Et l'on cherche quel est celui qui doit rédiger et signer cette lettre suprême.
Elle est difficile à faire..
Les condamnés ont proclamé qu'ils repousseraient tout recours en grâce présenté à l'Empire, et nous ne tenons pas, non plus, à commettre une faiblesse en leur nom — même pour les sauver.
l'insuh convaincus sont terri b Mais l'on pente que si qd grand, tel qne Miohelet, parle, sa vuix sera entendue... et (>«•'! t-ôtre écoutée.
On s'est rendu chez lui : Rogeard, Humbert, Ri
gnard, moi, et quelques autres.
Il s'est bien montré a nous tel qu'il est : solennel et féminin, éloquent et bizarre.
Il a accueilli d'emblée la proposition, et il ne plus agi que de savoir a qui serait envoyée cette mism\'\ qui ne doit point ressembler à une supplique, et qui a pour but, cependant, de tuer l'arrêt de moi t.
— Aux chefs 'le In /h:ft"><e/ ai-je proposé.
— Bien, 1res bien !
Mais, en môme temps, il se lève, passe dans la pièce voisine et nous lai-se seuls un moment.
Puis il revient, et reprend place à la table autour de laquelle nous QOU8 tenons, silencieux et émus.
— Monsieur, fait-il en s.' tournanl vers moi, et du ton d'un homme qui rapporte un oracle, madame Michelet esl «le rotre avis.
SI l'on • rédaction.
Il n'aira inqui, et a la premier |o*îl
brouillonne, rejette sur lui la respon 'le r.it-
taqui •'! de 1 1 ci adamnation.
— Nos eamaradi un de noua ne
sentiraient pas à renier leur chef, fût-ce pour échapper à la mort.
Il pince les lèvres, fait : « Hum ! » et de nouveau disparaît ; mais il ne reste pas longtemps, et quand il rentre, c'est pour dire encore :
— Vous avez les femmes pour vous, messieurs, décidément; madame Michelet comprend votre scrupule et l'approuve. Biffons la phrase.
Enfin, quand tout est terminé, il veut consulter encore une fois son Égérie, et nous en sourions, mais avec une larme d'émotion aux yeux.
Il a interrogé le cœur de celle qui est la compagne de sa vie et le compagnon de ses idées. Ce cœur a parlé, comme parle le nôtre, pour le salut et l'honneur de nos amis.
Michelet se promène de long en large.
— Ils n'oseront pas les tuer, je ne crois pas, il fait si beau!... Par ce soleil, du sang éclabousserait le gazon d'une tache trop laide... le bourgeois ne mange pas sur l'herbe là où cela sent le cadavre. Il sera de notre avis, vous verrez. Je les défie, en tous cas, de fusiller un dimanche 1
L'appel se termine par ces mots, ou d'autres du même sens :
Dieu qui regarde les nations.
Dion !.. . wla ne va pa> à notre quarteron d il y .1 t un née.
Mi le les physionomies et, haussant
les épaules, il «lit :
— San- doutel... Mais ça fait bien.
Nous sommes allés porter la lettre dans les journaux, OD s'est même disputé cet honneur!
Ah! lac que j'ai donc bien fait de n'être
d'au rie, d'aucune Église, d'aucun clan
d'aucun c- >:m plot !
11 parait qu'il y a deux courants de blanquisme, et chaque s »cte, de son côté, refuse à l'autre le â uver la tôte des condamnés.
Us y passeraient, BJ OD laissait l'aire tel groupe qin
Merde désarmer le peloton d'exécution
que I il ssl ^eul à avoir la gloire de mettre la sen-
'épond ants de mon acabit ont fini par ôtre cernent, et nous avons fait le tour
Aux- Débats i un homm
me Do Camp a hoché la face d'un air : nou lur pour le^ vain -la !
tout, on a pris ça pour
>n l'a publié, m os iana un lym-
pathie ou <!-• p
On a couru chez les députés do 1' n a re-
joints à grand'peine, et qui ont fait des promesses vagues ; quelques-uns ajoutant des mots lâches qu'on a dû arrêter sur leurs lèvres.
Gambetta s'acharne sur les condamnés, et a demandé à la tribune qu'on les frappât comme complices de l'ennemi !
Ah! bandit I il saitv mieux que personne que ce sont des gens de cœur qui ont fait le coup! Mais les gens de cœur l'inquiètent ; c'est une menace pour l'avenir. Qui sait s'il n'y aura pas à pêcher une dictature dans le sang trouble de la défaite? Il serait bon d'être débarrassé de ces insoumis par les trou-' piers de l'Empire.
Et les collègues de Gambetta hésitent, tant il est leur maître. Pourtant, ils ne nous ont pas fermé la porte au nez, parce que l'horizon devient sombre et qu'ils ne veulent pas, pendant la tourmente qui peut éclater demain, traîner leur refus cousu à leur écharpe, comme la lanterne collée, dans les ténèbres de la nuit, sur la poitrine du duc d'Engbien, pour qu'on vît clair à le fusiller.
8 septembre. Nouvelles de Sedan.
nu s'est réuni quelques-uns et l'on a monté le>
lliers des journaux d'oppo-ition bourgeois.
déjà ont eu lien, ces jours-ci, des conciliabules aux-
quels n'assistaient point des irréguliers comme moi.
Je ne suis bien qu'avec les révolutionnaires bons
fons. Je suis m. il avec les pontiflards, dont j'ai
blagué les catéchismes, et qui ne me pardonnent
pas l'article sur les Cinq.
Mais, aujourd'hui, les délégations- prennent le droit de forcer toutes les portes à écriteaux libérait <
D'ailleurs, les dissidences l'effacenl devanl li vite des événements, et ceux mêmes qu'oc .1 ti de gueulards sont recherchés, I 1 1 leure, pai doctrinaires en quête d'hommes d'act on.
C'est bon, les gueulards, devant les régiments muets et hésitants. Ce sont les indisciplinés qui font plier la discipline.
Donc on se servira d'eux, quitte à les acculer, demain, dans le coin des gens à tenir en joue, lorsqu'ils auront arraché les fusils aux soldats ou leur auront fait lever la crosse en l'air.
Ah ! je sais bien ce qui nous attend !
On continue à se raccommoder avec une poignée de main, avec un coup de chapeau, dans le tohubohu général, sur la nouvelle d'une manifestation en germe ou d'une protestation en marche.
Le mot d'ordre est donné.
« A onze heures, rendez-vous au ■café Garin, côté des femmes — chut ! c'est pour dépister la police ! » On recevra communication d'une proclamation républicaine. A minuit, elle sera imprimée, et chacun en emportera des exemplaires... pour les coller.
Voilà ce que chuchotent les initiés des feuilles jacobines, et voilà aussi ce qui me fait prendre mes jambes à mon cou.
Allez vous faire lanlaire 1
Je file, moi, en pleine foule ; je plonge dans le tas. Où y a-t-il du grabuge, la cohue sans nom, le courage sans chef?
Du côté du Gymnase, une bande a attaqué un
Ils n'attendent pas minuit, cenx-1 Bnt
il y aura une circulaire à plaqu >raui murs. Ils
smiL L'affiche vivante qui va se coller, d'elle-même, en
du danger, qne les agents ont déjà tenté de
lacérer avec leur sabre et qui vient d'être timbrée
par les balles.
On a fait (Vu !
C'est Pilhes qui a $té 'est loi qui a répondu.
Coup pour coup. On a tué un des nôtres. Il a tué un
st bien !
conrs de ce côté, mais un fl<>i de pèupiè me
■ • et m'empoi I vers le
Bourbon.
Y i-t-il quel m !
on ne : pas grand'chose dans
•tlu\; la poussée des incidents bri C h u mai 'i la marée
rOllIr r
Plusieurs m'onl reconnu.
— Vb'l donc pas à la C
pillés, Vingt
— Vous voyez bien que non ! Pas besoin de leur avis, ni de leur permission pour crier : « Vive la République, à bas Napoléon ! »
— Chut! chuilll ne soyez pas séditieux I
— Pas séditieux!... moi qui aime tant ça!
— C'est que les représentants doivent nous recevoir sur les marches du Corps législatif, nous donner la consigne. D'ici là, motus !
Toujours des consignes à attendre — comme le diamant du nègre — sous le derrière des états-majors.
Mais croient-ils donc, ceux qui m'entourent, que parce qu'ils ne diront rien, les troupes ou la police les ménageront? Ils peuvent mettre leur langue dans leur poche, on leur cassera la gueule tout de même, si le pouvoir se sent encore assez solide pour se payer ça.
Hurler «Vive la République ! », camarades, mais c'est plutôt sauvegarder sa peau ! Quand une émeute a un cri de ralliement, un drapeau qui a vu le feu, elle est à mi-chemin du triomphe. Chaque fois que les fusils se trouvent en face d'une idée, ils tremblent dans la main des soldats, qui voient bien que les officiers hésitent, avant de lever leur épée pour commander le massacre.
C'est qu'ils sentent, les.porte-épaulettes, que l'Histoire a les yeux sur eux.
Une heure du matin.
Je me suis arrêté place de la Concorde dans on groupe qui prêchait l'insurrection toul h ut.
Qu'ont-Ql fait, 1rs autre-.' Ont-ilfl C< ntinué jusqu'à la Chambre, ont-ils vu les députés ? Je n'en sais rien.
Toujours^est-il que la l'ouïe se morcelle et s'émiette.
Le serpent se tord dans la nuit. La fatigue le hache en tronçons qui frémissent encore. Deux ou trois Baignent ; il y a parla quelques blessés, gens de courage qui ont attaqué isolément, au début d soirée, alors que la rousse osait encore sortir et tirer.
La nuit est fraîche, le calme descend d'un ciel tranquille et bleu.
t '.nil.iv. N'.i.f heures du soir.
Nous sommes en République depuis six heu « en République de pais et de concorde ». J'ai voulu
la qualifier de Sociale, je levais mon chape an
me l'a renfoncé sur les yeux et on m'a c bec.
— Pas encore !... Laisses pleurer le m iton République tout court, pour commenc r... Petite petit l'oiseau fait >ou nul ! Ckt va \ mo.«,
Songez doue i|uo l'ennemi est là ; que '-us
nous regardent I
Je laisse pleurer le mouton ! mais il me semble que depuis que je suis au monde il ne fait que sangloter devant moi, ce mouton, et je suis toujours condamné à attendre qu'il ait fini.
Vas-y, mon gros ! Pourvu qu'on me laisse y aller de ma larme aussi !... C'est moins sûr, ça.
Alors, nous sommes en République? Tiens ! tiens ! !
Pourtant, quand j'ai voulu entrer à l'Hôtel-de- Ville, on m'a écrasé les pieds à coups de crosse, et comme je me faisais reconnaître:
— Ne laissez pas passer ce bougre-là, surtout, a crié le chef de poste. Savez-vous ce qu'il disait tout à l'heure? « Qu'il faudrait fiche par les fenêtres ce gouvernement de carton et proclamer la Révolution ! »
Ai-je dit cela ?... c'est bien possible. Mais pas dans ces termes-là, toujours !
Ce n'est pas moi qui grimperai sur une chaise pour faire pst! pst 1 à la Sociale. Par exemple, si elle avait montré son nez, je ne lui aurais certes pas refusé un coup de main pour faire passer toute celte députasserie par les croisées — sans défendre pourtant d'étendre des matelas dessous, pour qu'ils ne se fissent pas trop bobo.
Dans plusieurs endroits, on avait attrapé les policiers et on les houspillait. Quelques bourgeois, à
mine très honnête, a ! et
(l'un ton 1:0-
Seine. Mais h ieo fort,
et il n'y mv.ul (ju à parler de la femme ci des petits du roussin pour leur faire lâcher pri
i aidé — sans suer — à la délivrance de deux de paix, en uniforme tout flambant neuf, qui m'ont a-suré, en s'époussetant et en refaisant leur raie, qu'ils avaient toujours été républicain avqncét en diable.
— Plu> avancés que vous, peut-être, monsieur.
avancé '... Je ne le suis pas trop, pour le moment. .l'ai perdu mou chapeau dans la bousculade, et la voix au-si à force de beugler : « A bas l'Empire ! »
J'ai usé mes poumon-, épuisé m ne
puis1 plus parler, à peine marcher, s ce
■ le triomphe que le soir de défaite, il y a dixmut B
Toujours enroué et éreinté, toujours menacé et se — les joui otl ia République ressuscite, comme les jours où on l'égorgé !
Mais de quoi vais-je me plaindre? Les députés de is ne sont-il- pas a PHôtel-de-Ville... api bien entendu, foi ii fa le mouvement !
kbetta. Il a fallu que Jules I pas tenu tout de suite, le Dautuu de pacotille 1
A la fin, pourtant, il s'est décidé, et ils se sont empilés dans des fiacres et se sont partagé les rôles, sur la banquette. Celui qui était en lapin, près du cocher, a été volé : on ne lui a laissé que des résidus.
En route, un homme a voulu attaquer un des sapins. On s'est jeté sur lui.
— A bas le bonaparteux !
— Je suis garçon de café, a-t-il dit. Il y en a deux, dans cette voiture, qui me doivent des cigares et des roues de derrière.
On a ri. Pourtant, dans le cortège, deux ou trois types à mine de pion voulaient lui faire un mauvais parti, disant que Baptiste insultait le gouvernement.
Baptiste a riposté.
— S'ils ne me paient pas mes soutados, au moins qu'ils me donnent une place !
Tu l'auras, mais cours plus vite ! Tous les trous vont être bouchés ; la curée, commencée au trot du cheval, monte au galop des cupidités et des ambitions.
Le bon pf uplefaitla courte échelle à tout ce monde de politiqveurs qui attendaient, depuis Décembre 51, l'occasion de revenir au râtelier et de reprendre des appointements et du galon.
Ils font la parade sur les tréteaux des grandes tables, dans la salle Saint-Jean, se penchent à la fenêtre et tapent, à tour de bras et à tour de phrases,
i i\ -umÉ sur l'Empire qui n'en peut mais, comme r celle sur le comm - ommé:
Et le brave chien d'aboyer en leur honneur, ne se
doutant pas, le malheureux, que iléjà l'on s'arme contm lui, que ces harangues ce sonl que gâteaux <i«' miel où se cache le sale poison, qu'on ne songe qu'à lui couper les pattes et à lui casser les crocs. Aujourd'hui, l'on se fait défendre et garder par lui : demain, on l'accusera de rage pour avoir prétexi l'abattre.
— Pas de proscrit^ avec nous! a hurlé Gambetta, qui a entendu lancer le nom de Pyat.
Mais il a proposé lui-môme Roeheforl, qui n'a île passé social, dont le nom signifie guerre à Badinguet seulement, et point encore guerre àPiudliumme.
Ils ont leur plan. Us l'annihileront entre eux, le rmnpromettront, s'ils le peuvent, puis le rejetteront, dépouillé de sa popularité, entre les bras de la foule 1
En attendant, cette popularité sera leur manteau.
— Kochefortl Rocbefoi tl !
Parolenl il pourrait entrer en ennemi I
Ou a ouvcit aux détenui les portes de Pi et
prisonniers d'hiei lent les boulevards, la
boutonnière Beurie -le rouge, l'écrivain eu U
Ils passent au milieu des vivats, entrent sous la voûte.
C'est fini, Rochefort est leur ôlagel Les Gambetta et les Ferry vont l'étouffer dans le drapeau tricolore I
5 septembre.
J'ai vingt sous pour toute fortune, aujourd'hui, 5 septembre 1870, IIe jour de la République I
Ranvier, Oudet, Mallet en ont trente, à eux trois.
Nous sommes devant l'Hôtel de Ville, où chacun est venu d'instinct, sans qu'on se soit rien dit.
Sous la pluie, quelques réfractaires comme moi et quelques artisans comme les camarades rôdent, se cherchent, et causent de la patrie sociale, qui seule peut sauver la patrie classique.
Nous avons le dos trempé. Ranvier surtout a froid, parce que ses souliers sont percés et que ses pieds gèlent dans la boue.
Et il tousse !
Avec cela, un sabre d'agent a fait, le 3 au soir, un accroc à sa culotte trop mûre. On l'a inutilement rapiécée : le vent passe quand même par ce trou-là. Il rit... mais il frissonne, pas moins I
La République ne l'habille pas plus qu'elle ne le nourrit. La victoire du peuple, c'est le chômage ; et
,'e chômage, c'est la faim — après comme avant, tout pareil !
imicnt avons-nous dîné?... Je ne sais plus!
du pain, du fromage, un litre a leize, une sau-
>ur le pouce, debout, an <
i contrôles en journalisme, H»'- copains de métier passent devant le mastroquet, nantis déjà d'une place, et courant an café commander on gueule qu'on mettra sur l'ardoise de la Mairie, ou, chez les tailleurs militaires, un frac à collet toul galonné.
Ils me jettent un regard de pitié, m'adressent un salut de riche à pauvre, de chien repu à chien p Et je vois luire dans leurs yeux toute leur joie de nie retrouver affamé, et en compagnie de mal fêtas.
Sommes-nous encore perdus, bafoués, invisiblement garrottés, dès le lendemain de la République, proclamée, nous qui, par nos audaces de plume et de parole, an péril de la dèche et de la prison, avons mâché le triomphe aux bourgeois qui siègent derrière Duraillea et qui vont, viennent, jouent les mou- «lii coche BUT le char que nous avons tiré de l'ornière et dé>embourbé .'
On m'a déjà traité de troubli leur de
: lire, parce que j'ai arrêté par les !' [0 I un de
du régime nouveau, lui demandant ce qu'on faisait dans la boutique.
Je le secouais... C'est moi qu'on a secoué à la fin!
— Parce que nous sommes en République, ce n'est pas une raison pour que chacun veuille gouverner!
Je n'en ai pas envie.
e septembre. — Blam|ui.
Réunion à dix heures du matin, rue des Halles.
Un petit vit' 11 x, haut comme une hotte, perdu dans une lévite au collet trop montant, aux manches trop longues, au jupon trop large, est eu traii ranger quelques papiers sur la table.
Tête mobile, masque gris ; grand nez en bec, cassé jetementau milieu; bouche démeublée <>ù trottine, entre les gencives, un bout de langue rose et frétillante comme celle d'un enfant; teiut de vitelotle. l|s, ■ ni dessus de tout eela, un grand front et des prunelles qui luisent comme des éclats de houille. Blanqui.
Je me nomme, il me tend la main.
— 11 y a longtemps quejfl voulais vous connaître. On m'a beaucoup parlé de vous. J< serais désireux
de vous tenir dans un coin, et de causer... en camarades. Tout à l'heure, quand ce sera fini ici, venez chez moi. C'est entendu, n'est-ce pas?
Il me glisse son adresse, me congédie d'un signe amical, et demande si les hommes de la Villette sont là.
Sitôt la séance levée, j'ai couru chez lui.
Il loge chez un ancien transporté du Coup d'État, près duquel il s'est caché après l'échauffourée de la Villette.
Au moment où j'arrive, il tient un crayon à la main et s'occupe à rédiger une proclamation qu'il me lit.
C'est une trêve signée, au nom de la Patrie, entre lui et le Gouvernement de la Défense.
Je relève le nez.
— Vous trouvez que j'ai tort?
— Dans un mois, vous serez à couteaux tirés !
— Alors, c'est qu'ils l'auront voulu!
— Au moins, soulignez d'une phrase à accent votre déclaration tranquille.
— Peut-être bien... Que mettre, voyons?
J'ai pris une plume, et ajouté : « Il faut dès aujourd'hui sonner le tocsin! »
— Oui, c'est une fin.
Mais il s'est ravisé, et se grattant la tête :
— Ce n'est pas assez simple.
Voilà fionp le faniomc de l'insurrection, l'oi iteur inl noir, relui qui ameuta cent mille? homi au Champ-de-Mars, et que le document I voulut faire passer pour un traître.
On disait que ce gant noir cachait une lèpre; qne - étaient brouillés de bile
il a, au contraire, la main nette el le regard clair. Il ressemble à un éduqueur de mômes, ce fouettrur d'océans humains.
Et c'est là sa force.
ti ihuns à allure sauvage, à mine de lion, à coude taure, m B'adressent à la bestialité héroïque
ou barbare des mnltita
Blanqui, lui, mathématicien froid de la révolte et des représailles, semble tenir entre ses a grès doigts le de\ douleurs et des droits du
peuple.
Ses paroles ne s'envolent pas comme de grands oiseaux, avec de larges bruits d'ailes, au-dessus «les places publiques qui, souvent, ne songenl p peu veulent dire endormies par la mu-
sique que !"nt, sans profit pour l. is les
vastes tumull
il comme de- !ans
la terre, q\ i frémisi vinrent sur leni
d'acier. G'esl lui qui i Qui a du fer » du
[tain. •
Il laisse, d'une voix sereine, tomber des mots qui tranchent, et qui font sillon de lumière dans le cerveau des faubouriens, et sillon rouge dans la chair bourgeoise.
Et c'est parce qu'il est petit et paraît faible, c'est parce qu'il semble n'avoir qu'un souffle de vie, c'est pour cela que ce chétif embrase de son haleine courte les foules, et qu'elles le portent sur le pavois de leurs épaules.
La puissance révolutionnaire est dans les mains des frêles et des simples... le peuple les aime comme des femmes.
Il y a de la femme chez ce Blanqui qui, accusé de félonie par les classiques de la Révolution, amena sur la scène, pour sa défense, les souvenirs de son foyer lâché pour la bataille et la prison, et le fantôme de l'épouse adorée, morte de douleur — et pourtant assise toujours en face de lui, dans la solitude de son cachot contre lequel pleurait le vent de la mer.
Cinq heures. — La Corderie.
Cette après-midi, le peuple a tenu ses assises.
La vieille politique doit crever au pied du lit où la France en gésine agonise — elle ne peut nous donner ni le soulagement, ni le salut.
Il s'agit de De | (utrer dans ce rumier hu«
m. tin, et, pour ne pas y laisser pourrir lu : de li troisième République, de revenir au berceau de la premii re Névolution.
Retournons au Jeu-de-Paume.
Le Jeu-de-Paume il est, en 1871, situé au cœur
e de Paris vaincu.
Connaissez-vous, entre le Temple et le Châteaud'Eau, pas loin de l'Hôti'l de Ville, une place en-
iée, tout humide, entre quelques rangées maisons. Elles sont habitées au rez-de-chaus-ée pal de petits commerçants, dont les enfants jouent sur les trottoirs. Il ne passe pas de voitures. Les mansardes sont pleines de pauvres!
Un appelle ce triangle vide la Place delà Cordcrie.
C'est désert et triste, comme la rue de Versailles où le Tiers-Etat trottai! sous la pluie; mais de cette
pi. ire, comme jadis de la rue qu'enfila Mirabeau, peut partir le signal, s'élancer le mot d'ordre que vont écouter les Foules.
Regardes bien cette maison qui tourne le dos à la Caserne et jette un mil sur le March Kl. calme entre toutes tes autres. — Mon!
Au troisième étage , une porte qu'un coup
d'épaule ferait sauter, el par laquelll On eutre
202 L'iNSUrtGÉ
dans une salle grande et nue comme une classe de liège.
Saluez I Voici le nouveau parlement!
collège.
C'est la Révolution qui est assise sur ces bancs, debout contre ces murs, accoudée à cette tribune : la Révolution en habit d'ouvrier! C'est ici que l'Association internationale des travailleurs tient ses séances, et que la Fédération des corporations ouvrières donne ses rendez-vous.
Cela vaut tous les forums antiques, et par les fenêtres peuvent passer des mots qui feront écumer la multitude, tout comme ceux que Danton, débraillé et tonnant, jetait par les croisées du Palais de Justice au peuple qu'affolait Robespierre !
Les gestes ne sont pas terribles comme ceux qu'on faisait alors, et l'on n'entend pas vibrer dans un coin le tambour de Santerre. Il n'y a pas non plus le mystère des conspirations, où l'on jure avec le bandeau sur les yeux et sous la pointe d'un poignard.
C'est le Travail en manches de chemise, simple et fort, avec des bras de forgeron, le Travail qui fait reluire ses outils dans l'ombre et crie : -
— On ne me tue pas, moi! On ne me tue pas, et je vais parler!
Et il a parlé!
Des hommes de VJnten listes qui ont un nom — Tolaia dans le i it - Boni réunis. Et d'un débat qui a duré quatri vient di une force neuve : le Comité des
Vingt arrondissements.
C'est la section, le district, comme aux grands jours de 03, l'association libre de citoyens qn sont triés et groupés en faisceau.
Chaque arrondissement est représenté par quatre délégués que vienl de nommer L'assemblée, i i je suis un des élus qui auront à défendre, contre l'Hôtel de Ville, les droit- d'un Faubourg de là-haut.
nmi- d'étendre sur toute la cité le ré d'une fédération qui en fera bien d'autres que la fédération du Champ-de-Mars... si grand tapage que celle-là ait soulevé dan- i histoire.
•ont quatre-vingts pauvres descendus de quatrevingts taudis, qui ronl pai jir — frapper, s'il le faut — au nom de toutes les rues de Paris, solidaires dans la misère et pour la lutte.
Sept heures. — Bcllevillo.
Nous sommes montés à Belleville an i nge.
Non- allons organiser le club.
Mais, d'abord, il a fallu qu'un de non lit à
un camarade qui tient un cabaret, pour