ZU4 L INSURGE
Vœil, un broc et un veau braisé, sur lequel nous nous sommes jetés à belles dents.
C'est qu'on ne s'est pas collé grand' cbose dans le fusil, depuis deux jours, et l'on a beaucoup crié : ca creuse !
— Est-ce qu'on est en révolution, papa? demandent les enfants du chand 'de vin, qui croient qu'il s'agit d'une fête pour laquelle on s'habille, ou d'une batterie pour laquelle on retrousse ses manches.
Ma foi! ça n'en a pas l'air... on ne dirait pas que quelque chose comme un empire s'est écroulé.
Maintenant, il s'agit de rassembler le peuple.
— Comment faire?
— J'ai mon idée! dit Oudet.
Il a vu un reste de régiment échoué au soleil d'une caserne. Il enfile la rue, va aux soldats épars, cherche un clairon dans le tas, le traîne vers une borne et lui dit :
— Monte là-dessus, et sonne pour la Révolution !
Et le clairon a sonné!
Taratatal Taratatal Tout le quartier accourt.
— Retiens le monde à la parade, pendant que nous allons chercher un cirque.
— Oùçà?
— Aux P< ville, propose quelqu'un; on peut y tenir trois mille.
— Le Directeur?
— C'est moi.
— Citoyen, nous avons besoin de votre salit-.
— Me la paierez-vous?
— Non. Le peuple demande crédit; mais on fera la quête. Si cela ne vous suffît p.is, tant pis ! Préfén E-VOU9 que l'on enfonce les portes et que l'on c
les banquettes?
Le proprio se gratte le crâne.
rnlataf Tarntntnl Le clairon se rapproche. La foule est en marche. Il a accepté — il fallait bien !
Ei séance.
On a constitué If bureau. Oudet, qui est du voisinage, préside.
Bu quatre mots, il remercie l'auditoire, et me donne la parole, pour expliquer pourquoi nous
sommes venu-, et au nom de qui nous parlons.
Entai die !
J'ai dit ce qu'il fallait dire, il parait. BSt l'assemblée acclame le programme de la Commune, ébauché dan> L'aJftche de la Cord
Un coup de feu.
— A l'assassin!
Des hommes se ruent à la tribune et crient qu'à leurs côtés, là, sur le trottoir même, on vient de tuer un des leurs.
— C'est un sergent de ville en bourgeois qui a tiré! Toute la brigade du quartier, qui se cachait depuis le 4, a repris l'offensive!... Nous allons être attaqués !
Une panique dans les coins ; mais l'immense majorité se lève :
— Vive la République 1
Et au-dessus des têtes luisent et s'agitent des armes de tout métal et de tout calibre.
Sous un rayon de gaz éclate un tranchant de hache prise on ne sait où. Dans une embrasure, un homme sort de sa poche des bombes qui ressemblent aux pommes de terre d'Orsini.
— Qu'ils y viennent 1
Personne n'est venu. Le meurtrier s'est enfui. Le retrouvera-t-on ? On ne sait.
Mais, séance tenante, il est voté que tous nous assisterons à l'enterrement.
On me pousse en avant du convoi, le jour des funérailles, et l'on réclame un discours du citoyen Vingtras.
Le fc r Tient n
p ane sur ' Je 'i an dernier salut ;\ celai
tu milieu de 11011-, et dont la tombe toin ni do ta République.
— Adieu, Bernard!
Des murmura... Je me sens tiré par les basqi
— Il ne s'appelle pas Romani, mai> Lambert, me disent les parents à toii l>
Pauvre Je reste déconcerté, nn peu ému,
notion môme me Baave du ridicule et élargit ma parole.
— Combien plus profond doit être notre devant ce ils d'inconnus tombés sans gloire, exposés a recevoir un hommage qui ne -
point ;\ leur personnalité, restée mod courage et la P''i:ie, mai mille du
peuple, flans laquelle ils ont vécu et pour laquelle ils sont morts !
Ça ne fait rien, j'ai tout de môme attristé la maison Lambertl
Le elub veut avoir ses délégués assis k la 1 municipalités. Il bous i donné l'ordre de nous installer illico à 1 1 mairie, et cinq un de moins — pour nous prêter main-1
On non ré promeo
Le- mines voulaient nous : Q nul
même sur l'escalier : se faire tuer au besoin ! Ils nous ont trouvé mous, je crois, parce que nous ne leur avons pas dit de charger.
— Pendant que nous les tiendrons en respect, nom de Dieu 1 l'un de vous ira chercher du renfort l criait le caporal en tordant ses moustaches.
Du renfort?... Trouverions-nous une compagnie tout entière pour nous suivre jusqu'au bout, nous qui sommes pourtant applaudis tous les soirs?
Trois ou quatre fois, il a été décidé qu'on descendrait en masse sur l'Hôtel de Ville.
La moitié de la salle avait levé les mains ; on avait proféré des menaces; nous avions déjà peur d'être entraînés trop loin.
Trop loin!... Jusqu'au coin de la rue seulement, où le faisceau s'éparpillait, nous laissant à trois ou quatre pour aller faire peur au Gouvernement.
Nous prenions l'omnibus — trois sous de fichus ! — et promenions mélancoliquement notre requête ou notre ultimatum à travers les corridors mal éclairés : trouvant visage de bois quand nous arrivions au cabinet d'Arago, visage de fer quand nous nous fâchions. Les sentinelles remuaient, dans l'obscurité, sur le signe de quelque civil à écharpe et à grandes bottes.
J'ai cru qu'être chef de bataillon, cela doublerait ma force de tribun, qu'il serait bon qu'à la fin de
met phrases on vit le point d'exelamation des baïonnettes.
Et j'ai posé ma candidature guerrière, moi qui n'ai jamais été soldat, <jue les galons font rire, et qui m'empêtrerai à chaque pas — j'en ai ane peur atroce — dans le fourreau de mon sahre.
Il y a eu entrevue avec quelques gros bonnets du quartier, cbei le fabricant M elzessard qui me croyait une mine de bandit et qui a trouvé que j'avais l'air bon enfant... ce qui a fait grincer des dents un maratiste dont le désir sérail que loua ceux qui auront à couper des têtes en eussent une qui lit peur, ce qui a rassuré les notables et m'a lait élire à la presque unanimité !
C'est cher, les bonneursl 11 m'a fallu un képi avec quatre Mets d'argenl : huit francs, pas un sou de moins, el encore pris ches Brunereau, l'ami de Pyat, qui me l'a laissé au prix coûtant.
Je voulais m'en tenir là pour mes frais d'uniforme, mais J'ai «1rs Bouliers tournés, el je m'aperçois, an bout de deux jours, que le bataillon en souffre dans
son amour- propre.
les talons à un comité qii tenu séance en dehors de moi, puis m'a fait so nnellemenl appeler.
— Citoyen, l'on vient «le VOUS ■' -r une paire
do bottes a doubles sem
ajouté le rapporteur, en quelle estime le peuple vous tient !
Il y a des jaloux partout ! Ces doubles semelles ont fait grogner.
Je ne pouvais pourtant pas les arracher. Puis elles me tiennent chaud, et mes pieds sont bien contents.
Malgré tout, l'on murmure, non dans le camp des avancés, braves gens qui savent que j'ai usé cuir et peau à leur service, mais une cabale organisée par le maire a payé des orteils qui montrent les ongles.
— Et qui vont même montrer les dents, dit, en un langage imagé, le secrétaire de la deuxième compagnie, qui m'avertit au rapport du matin.
— Ah ! c'est ainsi ! Attendez 1
Un roulement.
— Les hommes sans chaussures n'ont qu'à se présenter demain, pieds nus, à l'état-major, et le commandant les mènera lui-même à la mairie. Ils auront mis la baïonnette au canon et des cartouches dans la giberne.
On est venu au rendez-vous, petons au vent. La foule rit, s'étonne, et braille.
— En avant, marche !
La municipalité s'émeut.
Le maire, un opticien de son état, a pris une lorgnette marine et la braque de notre côté. Il voit la horde des pieds tannés se crisp. int pour
I/INSI-ROE I t
faisant, lei uns a peu près blancs d'< poii autres tout a
: ré en longueur !
il Boni non i sommi rangés sont ses feu
tout d'Un coup l'air a été obscurci par des sou! qui voltigeaient comme d< i de roses. 0
lit cru à Milan, quand les lem bouquets sur les shakos de nos troupiers — seul, le parfum était diûéi •■
le chausseur malgré lui a juré de se ti Il veut se déb de moi, à tout prix, en tant
itaillon.
Il a trouvé le nui'
Ce matin, par une a noyer une armée, :
hommes ont été i ovoyés au diable] hors des m sur un prétendu ordre du commandant, fjui devait prêt et qu'on trouverait sur le
lin.
Je i:e suis poui ri< n dans la pmmenadeet j'écoule tranquillement, ch \i moi, tomber la plu
••• l'émeute gronde ; dos i a bas '• • font entendre, ; t il y en
a qui tapent soi leur- fusils et p ti — Ne montes pas, je ds !
IK ont ■ ovahi la salle Pai inq ou six
cents, qui me montrent le poing quand je passe au milieu d'eux en me dirigeant vers la tribune.
Mais ce sont d'honnêtes gens et, malgré leurs imprécations et leur colère, ils ne m'ont pas sali, ni meurtri d'un geste. Ils ont même fini par m'écouter, quand j'ai mis le doigt sur la trahison ! La houle s'abat, la colère s'apaise...
Mais j'en ai assez ! Je rends mon képi et mon sabre, je donne ma démission.
Bonsoir, camarades l
l'ai vite arraché mes quatre galons qui faisaient pilié, les pauvres, tant ils étaient fanés, rouge&t pisseui... et me voilà libre!
C'est maintenant que je suis le vrai chef du bataillon. Ohl Une faut point accepter de commandement régulier dans l'armée révolutionna
..us que lu grade donnait du l'autorité — il en ôte.
c'est qu'un téro deyanl le numéro des compa- . On ae devienl réellement le preu que pendant le combat, si l'ou a sauté le premier dans le dan Alors, parce qu'on est on avant, les autres suivent. El pour cela le baptême du vote est mutile :yil u'y a que !<• baptême du feu '.
Oui» à présent que ma coiffure n'a pins ses petits asticots d'argent, tous ceux dont jetai- le captif et
qui se changeaient en ennemis viennent à moi la main ouverte, et je préside les délibérations de tous les groupes, sans être président de rien. Ah) mais non ! Simple soldat, mes trente sous, et le droit de beugler à mon tour : « A bas les chefs ! »
— Gare à vous, capitaine, qui me voulez dans votre compagnie !
Et le capitaine de rire, ou de faire semblant, car il sait bien que, désormais, c'est moi qui vais tenir en échec les officiers, et souffler tout bas le mot d'ordre insurrectionnel.
Mon grade m'a servi, pourtant, lorsque nous allions en corps, comme commandants, porter à l'Hôtel de Ville la volonté de Paris, demander qu'on ne fatiguât pas son désespoir, mais qu'on l'armât pour de bon contre l'ennemi.
J'ai vu, un matin, tout le Gouvernement de la Défense nationale patauger dans la niaiserie et le mensonge, sous l'œil clair de Blanqui.
D'une voix grêle, avec des gestes tranquilles, il leur montrait le périi, il leur indiquait le remède, leur faisait un cours de stratégie politique et militaire.
Et Garnier-Pagès, dans son faux-col, Ferry, entre ses côtelettes, Pelletan, au fond de sa barbe, avaient l'air d'écoliers pris en flagrant délit d'ignardise.
Il est vrai que Gambetta n'était pas là, et que Picard n'est arrivé qu'au milieu de l'entrevue.
e Blanqui s'est lu, Millière a pria la pai demandant, au qc révolutionnaires, que l'un
envoyai dea coma I rais « pour repré-
senter le Peuple aux armé.
— Uites donc, Vingtras, a tait le gros Picard en m'attirent dans une embrasure de fenêtre et en taquinant le bouton de mon habit, von moi, je ne m'oppose pas du tout, mais pas du tout, a ce que VOUS (liiez au diable avec votre diplôme de plénipotentiaire faubourien. Ça me ferait môme un sensible plaisir... Mais les autres, la,
donc! Soul-iK assez godieho», iiiu,> collègut il lomment, ils peuvent se débarrasser de vous; ut i. le font pas ! Je signerais plutôt des pieds, pour mon compte, alin de voir les eramuisi-> bélier le camp!
...Des cramoisis? des cramoisis? a-t-ii ajouté, bq
imitant les babitués de bastringue qui appellent m Un vis-a-vis? un vis-à-vis? »
de rire!
Puis se penchant à mon oreille, et me mettant le doigt sous le nez :
— M.ii> vous, malin, vous ne partiriez pas! Je parie un lapin que vous no partiriez pas!
Je ne parie pas de lapin» •• ils sont t b if
le temps qui court! Puis je perdrais. Pas plu-, qui lui, je ne . . m (ii t- n <ls ces candidatures soumises au II] gouvernement.
Il ne faut pas lâcher la ville par ce temps de disette, par ces trente degrés de froid — parce que cette disette et ce froid préparent la fièvre chaude de l'insurrection ! Il faut rester là où l'on crève.
Sans compter aussi que les provinces, qui ne sont pas venues à notre secours, ne bougeront pas davantage, parce que des gens de Paris seront arrivés du matin et auront clubaillé le soirl
Mais c'est pour faire « comme en 93 ».
Les convaincus le pensent, et les roublards se disent que lorsqu'on a mis le pied à l'étrier des fonctions, on n'est désarçonné ni par les coups de poing des émeutes, ni par les coups de fusil des restaurations.
— Mais, saperlipopette! crie Picard à ses collègues, commissionnez-les donc, qu'ils aillent se faire pendre ailleurs, ou qu'ils passent d'eux-mêmes leur tête dans le collier ! Une fois la nuque prise, ils ne pousseront plus votre caboche, à vous, sous la lunette delà guillotine... pas de danger! Ils vous demanderont de les conserver après l'orage, et de régulariser leur mandat d'irréguliers ! C'est toujours comme ça que ça se passe!
Seulement, cette philosophie ne fait pas le compte des autoritaires, qui ne veulent pas avoir l'air de céder à la populace et qui ont envie de jouer au Jupiter tonnant, lançant des Quos ego devant les-
quels si> retireraient, la crête bai ini
mootonnent.
ll> moutonnaient dur, un wir. N'>us éti"n > on
de faubourg qui é t i < • 1 1 ^ montés, i o
grand uniforme, pour demander si l'on se moquait
(]ll pt'llple.
Perry et Garabetta sont arrivés. Et patati, patata, au nom de la patrrrie, du devoirrr... Gambetta nous a apostrophés et morigénés.
Maison a riposté froidement et durement.
Lefrança a donné, d'autres aussi : on a crevé la peau d'âne de leurs déclamations.
Us ne savaient plus que répondre. ..ils ont menacé.
— Je vais vous faire arrêter, m'a dit Ferry.
— Oses donc!
Ils n'osent pas, et les voilà qui reculent piteusement Gambetta a lilé en sourdine, après un dernier moulinet d'éloquent'.
iry, qui jou«' les crânes, reste. On l'entoure, on le presse... Qui sait comment la soirée va Unir, il couchera dan- aon lit '
Quelque! commandants se sont parlé :\ l'oreille
dans un foin, et on ( \u leur m. un
de leur sabre.
— Vl! -VOUS?
— Nous sommes ici une centaine, représentant cent bataillons. Sur cette centaine, il y en a huit au plus pour Gambetta et Ferry. Si les quatre-vingtdouze autres disaient à ces huit et à ces deux : « Vous êtes nos prisonniers » ?
L'idée a mordu. Il va y avoir du nouveau dans une heure!
Mais on a deviné sur nos lèvres et dans nos yeux ce que nous complotons.
Vont-il prendre les devants, appeler les compagnies de garde et nous faire cerner et désarmer?
Non; ils ne sont môme pas sûrs de ceux qu'ils ont chargé de les défendre I
Il faut pourtant parer au danger.
Qui les sauvera?
Deux hommes : Germain Casse qui fait le farouche, mais a un pied dans leur camp, et Vabre qui a toujours été avec eux !
Ils se sont écartés un moment, pour reparaître une minute après, échevelés et haletants.
— Aux remparts ! aux remparts ! !
On accourt.
— Aux remparts 1 L'ennemi vient de percer les lignes ! Les bastions sont pris !
Personne ne pense plus à la conjuration, ou si quelques-uns y pensent encore, ils sentent bieû que cette manœuvre les tue 1
i;i voilà comment, an soir de la semaine dernière, l'Hôtel de Ville a échappé h quelques commandants résolus qui voulaient s'en emparer.
Mais, patience!... Ils n'auront rien perdu pour attendre 1
80 octobre.
Oudet et M ; 1 1 1 » * t sautent dans ma chambre. Ils m'apprennent le massacre, la défaite du Bourget.
— Oudet, repêche un clairon I... Mallet, procure-toi une hache!... Tambours, battez le rappel I...
La rue est en feu! Les sonneries et les balteries font rage ' Mallet a sa hache à la main.
\c\ des centaine* d'hommes qni, bous la fenêtre même au pied de laquelle on hurlait : « a h.i> le commandanl : • attendent que Vingtr : leur pourquoi il a proclamé le tumulte.
— ( , je reprends ma démission, et
mande de in tiamp, à
L'aide des cotres, qu'on lai • court,
là-bas, au Bourgtil
Frémissements ! exclamations !
— Au Bourget ! Au Bourget !
On serre les mains d'Oudet et de Mallet, mes grands camarades, qui sont toujours là pour me frayer la voie par leur courage.
— Et pourquoi la hache?
— Pour défoncer le tonneau de cartouches qu'il m'est défendu de livrer sans un ordre du maire, sans tous les sacrements de l'état-major, mais que j'ai l'ait rouler dans la rue pour que vous y puisiez le pain de vos gibernes. Fais sauter le couvercle !
— Vive la République!
Tous en ligne... pas un qui manque à l'appel !
Les officiers s'approchent de moi. Il se forme autour de mon képi découronné comme un conseil de guerre.
— On va partir, c'est dit ! Mais il faudrait auparavant s'entendre avec la Place pour combiner notre entrée en bataille, savoir quelles sont les mesures déjà prises...
Ce sont d'anciens soldats qui mettent cette barre en travers du chemin.
Chez Clément Thomas.
— Le général?
— Vous ne pouvez pas le voir.
— 11 le faut !
l'insuroÉ 223
— Malte- la !
Mais a l>a> la consigne! Les factionnaires marchent sur elle et l'écrasent sous le piétinement de leur colore, quand nous leur lançons dans l'oreille les nouvelles sinistres, et notre résolution.
Clément Thomas arrive au bruit.
Il se fâche, me reconnaît, m'interpelle.
— Que voulez-vous encore?
Ce que nous voulons, je le lui cric les autres le lui crient aussi.
— Je vous fais empoigner si vous gardez ce ton-là 1 Nous le gardons... les empoigneurs se font attendre. Mais il nous bouscule de son autorité et de sa prétendue expérience do stratégie — le général qui fut marchef pour tout potage, il y a trente ansl
11 nous jette à la tête un plan qui vient d'être élucidé par l'Hôtel-de- Ville avec les chefs de corp>, et que uotre expédition irrégulière ferail manquer.
— Des forces ont été échelonnées suivant les luis (\r la guerre, ai doivent intervenir à des moments
uivant (!«•.> signaux conni savantes sont mé iser L'enuen
er nos morts... *Consente»-vou :epter la
responsabilité de la déi iite, à vous expos* r aux reproches de folie OU même de trahison ?
J'ai baissé la tête, effrayé, et j'ai repris le chemin du boulevard Puebla où les hommes m'attendaient, drapeau au centre.
Un officier du secteur nous avait accompagnés. Il a promis que s'il y avait du renfort à diriger sur le Bourget, c'est le 191e qui serait lancé le premier.
Ah bien! oui! On s'est couché, les larmes aux yeux, et l'on a remisé le drapeau trempé par la pluie et puant la laine mouillée — alors qu'il aurait dû embaumer la poudre !
31 octobre.
Autres nouvelles plus affreuses encore! Bazaine a trahi !
Le gouvernement de la Défense le savait et le cachait.
— A l'Hôtel-de- Ville!
De quartier à quartier, on s'est entendu pour descendre ensemble.
On descend!
Mais devant la Corderie, des amis sont groupés, qui me confisquent, prétendant que les compagnies peuvent aller de l'avant sans moi, tandis qu'il y a à délibérer au- nom du peuple.
— Il s'agit de savoir comment on conduira le mouvement.
Seulement, nous ne sommes que sept. Les célèbres
manquent. Blanqni est venu, puis reparti; Vai de même. Lei plna populaires sont noyés d i bataillons qui ont toulu les aroir .t\<-,- eux, et ne ut pas. Jusqu'à moi. que l'on réclame, là! et qu'on rient reprendre.
— Vhigtras ! Vingtras l •
Ah ! reux qui croient que les chefs mènent les insurroction> sont de grands innocents !
Emielté, dispersé, déchiré, noyé, ce qu'on appelle l'état-major dans le tumulte des vagues humaines 1 Tout au plus, la ttHe d'un de ces chefs peut-elle :ger, à un moment, comme les bustes de Femmes peintes, sculptés à 1 1 poupe des navires, et qui paraissent et disparaissent à la grâce de la tempête, au hasard du rou!i> !
Nous avons décidé quand même, sur le bord du trottoir, h cinq OU six, que ce soir il fallait qu Commune lût proclamée'.
— La Commune... entendu l
— M, lis venez donc! crie l'homme chargé de me ramener. *
En route, j'ai été arraché au sergent et : par les arracheun comme je l'arai été par lui, paré du la foule, hissé sur uu<- <
marchand «le mi <ie pérorer, c r un
comité déji improrisé autour du billard de
une proclamation, et de discuter, entre deux mêléscasse, ceux qu'on va « porter au pouvoir ».
Une détonation !
Les enfants piaillent et se sauvent.
Le comité de chez le mastroquet, qui est composé de braves, dit que c'est le moment de se montrer, et nous essayons de refouler les fuyards en nous dirigeant vers l'Hôtel-de-Ville, qu'il s'agit de prendre.
— Il est à nous, me dit Oudet qui en revient. Tu ne veux rien être, n'est-ce pas ?
— Eh bien ! retournons au quartier, et restons avec les inconnus dans les faubourgs.
Je n'ai pas osé passer outre! J'aurais voulu pourtant aller à l'Hôtel-de-Ville, peut-être bien y avoir un poste de combat, être quelque chose dans l'insurrection!
Oudret m'a fait rougir de mes prétentions, ou plutôt j'ai manqué de courage. C'est à regret que j'ai rebroussé chemin.
Mais Oudet, que j'estime et qui m'aime, a dû voir clair. Laissons la place aux autres, et remontons là-haut.
Pas avant d'avoir grimpé l'escalier de la Corderie.
Ils sont là sept ou huit que je déconcerte en leur apprenant ce que je tiens d'Oudet : à savoir que le gouvernement nouveau est constitué.
lis étaient en train de faire leui i chez le in.iiii
— Mais notre devoir est d'en Être ! «lit, en se drapant dans un pet-eu-1'air bien, un j »mmuni-te, prêt à mourir au besoin - ivillon de l'émeute, mais prêt aussi à avoir Le SOU ambition comme il en a le toupet — un toupet soutenu par une tignasse noire, telle qu'en ont les tribuns dans les gravures, et qu'il secoue à la Mirabeau sur ses épaules de Gringalet 1
J'ai gâché là du temps, parce que, peu à peu, quelques-uns sont revenus, et qu'on s'est interrogé, chamaillé et insulté en Byzantins a propos de la conduite à tenir vis-à-vis du peuple — commetsi ce peuple nmi- regardait par le trou de la serrure, et nous attendaifsur le palier pour nous supplier d'être les malu
Décidément, je retourne chez mes Sarmates.
— Von- qu'à la mairie de La Villette sont restés de nationaui qui, ce matin, n'ont pas voulu participer au mouvement?
— AIUmi r la mairie de La V
Je suis en met bottej d'honneui
ai mal. J'ai | trou\' un coin.
Pai « ma vareuse, j'ai jeté un -ine
usé, râpé, qui fut bleu et qui a verdi... mais j'ai mon sabre au ceinturon.
Je le tire au clair. Et sous la pluie qui tombe d'un ciel brouillé et triste, pataugeant dans les mares de boue, je mène une trentaine d'bommes du côté de la rue de Flandre.
Nous faisons pitié avec nos cheveux ruisselants, nos culottes crottées. Mon coupe-chou a déjà des gales de rouille, et mon mac-farlane les ailes aplaties et veules. J'ai l'air d'une poule qui s'échappe d'un baquet.
— Halte-là!... l'éternel « halte-là I »qui m'attend à toutes les portes, depuis que je suis au monde.
Mais les trempés qui me suivent ont été rangés en bataille derrière le mac-farlane qui se secoue et se raidit.
— Place au Peuple, maître du pouvoir!
La grille s'ouvre, et nous laisse passer.
— Du moment que l'Hôtel-de-Ville est à vous!...
Grand bruit dans la cour bondée de soldats, hérissée de fusils.
— L'écharpe! l'écharpe!
Deux ou trois officiers se précipitent sur moi, m'étreignent et me ficèlent.
— Au nom de la Révolution, nous vous nommons
main- de l'arrondissement! disent-ils en serrant la ceinture... en la serrant trop fort.
On desserre un peu ; mais c'est le tour de la tôte, maintenant.
— Au nom de la Révolution, recevez l'accolade ! Et je reçois quelques baisera bruyants : des bai-
du bon coin, qui sentent l'oignon, voire l'ail I
Et maintenant, à l'œuvre 1
— A l'œuvre ! Mais qu'est-ce qu'il faut que je
Kl des harangus, donc! Est-ce qu'on va rester sans parler au peuple, sans lui dire qu'on mourra pour lui?
— Car enfin, vous mourrez pour lui, n'est-ce \
— Certainement!
— E'iliien! dites-le lui. Il aime à ce qu'on le lui
(îist .... Montes sur la table.... Attention !.... Là!
Vous pouvez y aller, maintenant.
Et j'y vais.
Quand je setiS que je n'ai plus de salive, je conc
— I !, le temps des discours est pai
J'ai à faire maintenant ce que doiwi hommes à sous-ventrii
— Que font-ils? V*0J onsl
— Dame ! je ne sais guère, murmure nu I lisia que
l'on a nommé adjoint du coup, et qui attend également qu'on lui apprenne son métier.
— Il faut signer des bons, c'est bien simple 1 dit un vieux qui paraît ahuri de mon ignorance.
— Signer des bons, je veux bien, mais des bons de quoi?
— Des bons pour les voitures, pour les lampes, pour de l'huile, du papier, pour toutes choses généralement quelconques, pardi 1 comme ça se fait toujours en révolution !
Diable ! Je croyais qu'on allait seulement me demander des cartouches, et, j'aurais paraphé des deux mains. Mais pour le reste...
— Et les nouvelles à aller chercher à l'Hôtel-de Ville, au secteur? Il faut des fiacres. Avec votre griffe, on en réquisitionnera de force. Ils viendront se faire payer demain.
Demain! je ne sais pas trop où nous serons, demain.
Or, je viens non seulement de signer des bons, mais de « voler la caisse » ! Car ils m'accuseront de l'avoir volée, s'ils reprennent l'offensive! Je les connais, les procès de lendemain d'émeute, et ce n'est pas ma vie seule que je joue. Elle ne m'a pas i'air bien en danger. C'est bel et bien mon honneur qui est sur le tapis où roulent ces quelques pièces de cent
I011S, r elui qui
mande en ce moment et qui ]
Ah! bah! le sort en est jeté! Ça tournera comme
oudral Mais je vais tâcher que ça tourn re, et ne
er mon temps à signer de- fourrage
et des papiers de factures.
Ça ne tourne pas au grave — au contraire !
ntendre dans l'escalier, un boucan de loua Les dial '
C'e:>t Richard^ l'ancien maire, qui vient de l'Hôtelde-V est allé chercher des ordres près de
ses pair- [ai traverse le bataillon des enva-
hisseurs.
11 se précipite ^ur l'écharpe dans laquelle on m'a saucis-onué.
— Rendez-moi çà I Vous violez la loi. Je vous ferai fusiller demain!
11 me tient au ventre et essaie de m'arracher la ceinture tricolore qui *'est enroul> luit. Ce oœud m'écrase le nombril... m "de-
vient ! loue.
— Un étOllffe nos frèresl crie un \ quoique je ne lui sois aucunement p irent.
Il on fait lâcher prise ,ui bonfa >m Qe qu'on -erre de trèl [»' 'iur. Il renverse di -uxl
Heureusement, j'ai retrouvé ma respiration :
— Citoyen, qu'on ne touche pas un cheveu de cette tête vide, qu'on respecte l'écorce de ce coco sans jus!
On rit. Le coco écume!
— Vous pouvez me torturer, je vous dis que demain vous serez châtié!
— Nul ne songe à vous torturer, mais pour que vous n'embêtiez plus le monde, on va vous coller dans une armoire.
Et je l'ai fait porter dans un placard... un placard énorme où il est très à l'aise, ma foi, s'il veut rester debout, et où il peut faire très bien un somme, s'il veut s'étendre sur la planche du milieu, en chien de fusil.
La révolution suit son cours.
Une heure du matin.
Un des gardiens demande à parler au Maire en exercice, au nom du Maire sous les scellés.
— Qu'arrive-t-il? S'est-il tué? A-t-il asphyxié làdedans?...
Non 1 Le parlementaire reste muet.
— Parlez! parlez!
Il n'ose pas, mais, se penchant à mon oreille :
— Pardon, excuse, mon officier... mais c'est qu'il se tortille depuis un bon moment... quoi, suffit!... Vous comprenez, faut-il le laisser aller, citoyen?
— Le laisser aller dans l'armoire, oui, a dit
Grôlier, l'adjoint, dam l'armoire, entende/.-^
— Vou9 êtes dur!
— BShl mon cher, s'il sort, la moitié de hommes
BSl tic hue de se ralliera lui et de venir nous enlever: il e>t rageur, le gas, et résolu!... laissez-le donc mouiller sa poudre I
Qu'il la mouille !
Moins d'une heure après, un sergent se présente, un intraitable, celui-là! On l'appelle le sapeur à cause du poil qui lui couvre la face. 11 9e ferait tuer de bon cœur à la place de « son » commandant.
— Môme que pour lui je couperais ma barbe ! dit-il, la flamme du dévouement aux yeux.
11 apporte des nouvelles de l'armoire.
— Elle est inondée, sauf rôti t, mon commandant ! M ai -ulement ça!
— Qu'y a-t-il.'
Il ne sait trop comment s'expliquer, lui aussi.
— Il v a que le particulier ne se gône plus... et il demande...
— Il demande quoi?
— Eh bien : mon commandant, il dem tn sortir une minute pour... quelque ch ise de rieux !
— La réaction relève la tête vou dit Gré
lier en branlant le chef... Tout à l'heure une chose, maintenant une autre!...
Se tournant vers le sapeur :
— Et que disent les hommes de garde? Que pensent-ils de sa prétention?
— Dame ! ils disent que ça ne sera pas drôle, si on le tient trop...
— Lâchez-le moi pour de bon ! Passez du chlore dans l'armoire, et donnez-lui la clef des champs avec la clef des lieux I
Il ne se l'est pas faire dire deux fois et est parti comme une fusée.
Il s'est égratigné contre la ferrure d'un des battants.
— Au Prussien! ont crié quelques rigoleurs, qui ont failli faire prendre les armes à tout le bataillon et les présenter au derrière écorché du maire.
Et dire que demain, si nous sommes vaincus, on hurlera que j'ai poussé au massacre et mené la tuerie! Jusqu'à présent, c'est pourtant tout le sang que j'ai fait répandre, le sang de ce Priissien-là.
Vaincus ! voilà que ça m'en a tout l'air !
Les nouvelles qui arrivent de l'Hôtel-de-Ville sont noires.
Il paraît que le gouvernement retrouve des forces, que l'on est venu le sauver; un bataillon de l'ordre est parti, Ferry en tête, et marche contre l'insurrection.
Est-ce vrai ?...
— En tout cas, debout, camarades! Il faut aller au-devant de ce bataillon-la.
— Noua avons faim ! nous avons soif!
— Voua mangerez et boirez dans Paris.
Mais ils prétendent, énergiqaement qu'ils auront plus de cœur au ventre s'ils mettent quelque cl dans ce ventre-là.
— Allons! défoncez lez tonneaux de ! Tonneaux de ha: aux de vin... un hareng et un verre par homme !
idre mon sabre et lâcher mon écharpe. Qui la veut?
— Non, non ! vous ne sortirez pas 1
s'oppose sournoisement et traîtreusement à mon dépai t.
icommai |ui, depuis deux mois, onl tenu
ouvertement ou secrètement pour l'ex-maire, et qui me baissent à cai i popularité dans le olub,
liant le retour ofl bour^oi-. Et leurs émissaires sèment la révolte i
m: ..ut eu le demi-can< >m et le gendarme,
— Maintenant qu'il a amené li
Ne le la:
qu'i
il voi 'i'ii \"ii> attend .'... u s'est em-
i i-i ie; qu'il en resto le prison
Et, quand j'ai insisté, les Bellevillois ont fait la sourde oreille ; seuls, quelques simples ,at braves gens sont partis en peloton, du côté du danger.
Notre étoile baisse !
On annonce que le 139e avance et va nous livrer assaut.
— On ébranle les grilles 1 vient me dire un capitaine.
— Par ces grilles-là, descendez leur avant-garde! Feu!
— Ce sera le carnage!
— Nous serons bien autrement massacrés, s'ils croient que nous avons peur. Allez leur dire que vous tirez, s'ils bougent!
Ils ont gardé leurs distances, point par crainte, je le veux bien, mais parce que, tout en n'étant pas de notre bord, ils ont de la douleur comme nous, et portent aussi au flanc la blessure des patriotes.
N'importe ! J'ai envoyé chercher des cartouches au poste des francs-tireurs, que commande un lieutenant qui a été mon compagnon dans la vie de misère, avec qui nous avons mangé de la vache enragée.
De celui-là au moins je suis sûr : il ne refusera pas les munitions.
Pardieu si 1 il les a refusées.
Depuis qu'il a l'épaulette, il est devenu un lier, ce réfractaire ! Il attend peut-être la croix ou le brevel d'officier pour de boa dans L'ai - il
li.iLu comme un lion, c'est comme un liou qui lu jeûne dans le désert, et veut ta pâtée de ta et les bravos de la foule !
Oh ! c'est à se casser la tête contre les mur> ! On a attendu en musulman la fin du drame, au milieu des parfums de harengs el des fumées de vin bien.
Oh! ce hareng! mon écharpe le sent. Un drap :e, que l'on a tiré de je ne sais où pour le planter devant mon pupitre, le sent aussi. Ce que nous a de poudre, ce qui nous reste d'argent, tout a pris l'odeur des barils défoncés dans la cour.
On se croirait dans la rue aux Poissons de Londres, et non pas dans la citadelle des insurgés de La Villette.
i" novembre.
Elle s'est desemplie peu à peu, cette cil tdelli qui sont partis aux nouvelles ne sont pas revenus, ent été faits prisonniers, soit qu'ils ne veuillent pas rentrer dans ce guêpier signalé a la colère des bataillons b
EU nous restons la quelques-uns, sa ; rien
de 1 e qui se passe dan P
Une dé] nt d'arriver.
« Au maire du XIXe ».
C'est moi, le maire — puisque j'ai l'écharpe ! Je décacheté et je lis : « Tout est rentré dans l'ordre, sans effusion de sang ».
C'est le moment de détaler. Je tombe de faim, je crève de soif.
J'entre, écrasé, las, sommeillant, dans le restaurant où nous allions casser une croûte avec les collègues, vers midi. Je retrouve ceux qui n'ont pas paru de la nuit — ayant peur de moi ou attendant la fin pour se décider.
La fin, c'est mon arrestation à bref délai, sans doute. Peut-être vais-je être cueilli avant d'avoir mangé mon omelette.
Oh! les pauvres gens! Ils plongent leur nez dans leur assiette , font mine de ne pas me voir, me ferment la table en serrant les chaises.
Je les aborde.
— On va venir m'empoigner comme insurgé, comme voleur. Je vous prendrai à témoin.
Ils ne me laissent pas terminer.
— Hé!... Hum!... Dame!... Quoi!... Enfin!... Après tout, vous n'étiez pas forcé de vous emparer de la mairie; Vous avez peut-être sauvé Richard en l'écartant de la foule, mais si vous n'aviez pas pris sa place elle n'aurait pas pensé à l'étrangler... On
dit que vous aviez ordonné de fusillei i. lui l'affirme !...
Ils me font lever le cœur. Je siffle un rerre de vin,
et je dégringole vers l'Hôtel-tio- Ville.
trace d'une nuit d'émeute, a peine des sentinelles ; pas- une cicatrice faite par Les balles sur la
peau îles murs! Maison muette ! place vide!
— Pour dix sous de savon noir, s'il vous plaît? Oui, pour dix sous!
Et j'ai couru chez moi, et j'ai transformé ma
chambre en baignoire, et j'ai emprunté à une cama-
i eau <ie Cologne pour en inonder
ma vareuse. J'ai mis mes pieds dans l'eau et ma
l mains I
Me voilà propre, et si une baïonnette m'égratigne en route, j'arriverai à l'hôpital avec une chemise blancbf el des ch i hes.
11 y a quelqui - • pour qu'on me picol
11. Je vais remonter vers la mairie. Après, j'aurai g Iroit de dis] ■ l de me dérober aux
m p ii d'eau de G -'il vous
plaît: Est-ce que ça sent toujours le hareng, ma \<>ioir !
— On v.i vous arrêter, M. Vlngtrasl
— Je crois que oui.
— Restez donc!
— On viendrait me prendre ici, voilà tout.
Elle rousfit un peu. Nous sommes bien ensemble.
— Je vous cacherai chez moi , dit-elle, en frottant son museau qui embaume contre rfia barbe qui empeste encore 1
— Impossible! Mais si je ne reviens pas, vous m'enverrez du linge. Et de l'eau de Cologne... beaucoup d'eau de Cologne ! Merci d'avance I
Mon concierge m'a prêté cinq francs.
Cinq francs! J'avais vidé mes poches et laissé tout ce que j'avais entre les mains du caissier de la nuit — même ce qui était à moi. Avec cent sous, je puis attendre les événements!
Me voici dans la cour, où je suis entré sans sabre, et comme dans une prison, cette fois.
La grille s'est refermée sur l'ordre d'un commandant, que je n'ai pas vu pendant la bagarre, et qui arrive maintenant que je suis perdu.
C'est vrai pourtant qu'il a cru que je voulais le faire fusiller, le malheureux !
Et c'est le frère de Victor Noir même, celui qui me reçut au lit de mort de son cadet, tiède encore, c'est celui-là qui prend contre moi la parole, m'interpelle et m'accuse, devant des hommes de garde que je reconnais pour appartenir à un bataillon qui a un bonapartiste pour chef.
Heuri us* ment, il n gens à nous,
loup ci les siens, qui faia lienl un somme, la tel -, ci qui se réveillent an bruit et disent :
— du n'arrêtera paa Jacques Vingu
Louis Noir ;i eu honte, n'a pas osé décidément appeler à son secours le badinguensard, un familier peut-être de la maison d'Auteuill —et m'a 1 ser.
A part cet ingrat enragé et les déjeuneurs û< matin . les autre- fonl leur devoir. Et quand je suis entré dans la salle où ils sonl réunis, comme en conseil de guerre, ils m'ont tous accueilli a bras oui
— Mais filez vite, partez! Il va être lancé un mandat d'amener contre vous, on nous l'a dit dans le cabinet
iiu Gouvernement.
Je suis sorti, escorté de camarades courageux sorti en singeant l'insouciance et la tranquillité. Au détour de la rue, un Sacre m'attendait, avec un cocher qui esl des oôti
ber-là a fouetté Sa rosse à faire venir le sang
et m'a emporté an galop loin de cette manie d'<>ù presqu'un miracle que je sois sorti. Huel Cocor
Quand QOU9 avODS été loin, bien loin, il a l'ait ela-
quei son fouet, a demandé pardon a son i
m'a dit :
— Sacré nom de Dieu! smbrasses-i
edouet, qui est maire du XIII*, m'a caché Irois jours.
Le troisième jour, j'ai pris son rasoir, travaillé ma barbe, coupé les favoris, £ardé les moustaches et la mouche, et je suis sorti pour me rendre un ami qui ne fait pas de politique, et m'offre une italité commode et sûre, dans un quartier paisible et clérical. La, je puis délier la police et échapper au conseil de guerre.
M. lis veulent-ils doua arrêter?
Au bout d'une semaine, enayanl le la vie
d'étadé qui reste caché dans son trou, je inij tourné à la Gorderie.
i-, tiennent à nooa prendre) ils n'ont q
Q bas...
IU en ont.
Ils savent alors que je reviens que d'aUtTM
viennent aussi, qui sont poursuivis pour le 31 octobre, et sur qui on aurait le droit de mettre le grappin, qu'on démasquerait d'un revers de main, tant ils sont mal déguisés par leur cache-nez à trois tours et leurs lunettes de carnaval.
Et, cependant, le Gouvernement fait le mort, et nous laisse grimper et dégringoler cinquante fois par jour l'escalier de la Corderie.
Elle est devenue un forum, cette Corderie!
Elle arme la Révolution, elle rédige les cahiers de l'insurrection future — elle serait capable de sauver la Patrie!... Elle m'a sauvé l'honneur, il n'y a pas longtemps!
C'était quand j'avais mon képi à quatre galons! J'étais de garde au bastion. Un officier m'aborde :
— Vous ne savez pas le bruit qui court ? On préfend que vous étiez d'accord avec l'Empire dans votre campagne électorale contre Jules Simon.
— On dit cela !
— Tout haut.
Je plante là le bataillon. Je saute dans un fiacre.
Oui, on dit cela tout haut dans les cafés; on l'a hurlé hier dans les réunions publiques.
C'est Germain Casse, le créole, qui a colporté la nouvelle.
Si j'allais lui casser la gueule, pour coni à celui-là
— i >nc calme, me dit Blanqai, chez lequel
j'ai eoara, et ae casse/, rien. Ces! votre popularité mmenct.
Mi popularité ! Est-ce qu'il se moque de m
me ! je ne puis l'ôtre. Et la tôte en feu, le cœur gonflé jusqu'à crever, la gorge sèche, les j troubles, je hondis d'un quartier à l'autre, lâchant ma voiture quand elle languit dans les carrefours, et courant comme un fuu jusqu'aux maisons amies où sont ceux de mon ancien Comité dont je suis sur et à qui je crie de ma voix éraillée : « Au secours] au recours ! ! »
Je les ttvin ramasse d'autres en
, qui ont connu ma misère et mon courage, et le soleil i tombé que déjà la Corderie
tisie de ma sommation d'enqu Quatre*
s sont convoqués pour demain, toutes Cham-
du peuple siégeant.
Oh nuit j'ai passée I
Enfin, 1»' jour i si venu!
illard, un an usés
coin mble, le
matin, vers la Préfecture de police, et nous i •ommé l< qui sont là d- nous m<
pièces qui nous calomnient, les armes qu'on a empoisonnées pour nous tuer.
Rien 1 on ne nous montre rien !
La salle est pleine; le grand jury est au complet. Le bureau vient d'être élu.
J'ai la parole.
J'ai conté tout, depuis A jusqu'à Z : comment un Comité est venu me prendre, le camarade Passedouet en tête — Passedouet que nul ne soupçonne, n'est-ce pas?...
J'étais en train de manger un ordinaire chez un marchand de vins. On m'a mis l'épée dans les reins. On m'a répété sur tous les tons que moi, l'historien futur des héros de Juin, je devais représenter ces vaincus contre les républicains qui les maudirent, et redresser devant eux le cadavre mutilé de la guerre sociale.
J'ai accepté, mais j'ai dit : « Voyez, je déjeune à trente sous. Je suis pauvre, je n'ai pas un centime à donner pour mon élection. »
« Un homme est venu qui a offert d'aider pour les affiches », m'a répondu le Comité.
« Vous êtes juges », ai-je conclu.
— S'il était payé par l'Empire, pourtant 1
Dans quel but?... Nous ne faisions pas la cam-
ne pour vaincre. Numériquement, non 61 d'une hontei Cinq i ilement, * inq
CCI il
Ou les a eues. Mail est-ce que c'était cette misère qui pouvait empocher Simon de passer?...
Et voilà pourquoi je suis devant vous, accusé de trahir! Mais regardez-moi donc! Est-ce que j'ai les yeux d'un vendu ?
Faut-il vous dire ce que j'ai terrassé de souffrances dans le cours de rua vie ? Vais-je conter combien de fois je me suis colleté avec, la faim pour rester libre ?
Et a; le cet héroïsme, dans un mo-
ment OÙ je n'avais qu'un peu de patience à avoir pour elre presqi -, et même heureux,
alors que Je m innihilé, enchaîné, vendu !
t pa> à moi i VOUS «lire que je vaux quelque
b, mais ne us pas que, dix fois i
j'aurais pu devenir riche, si j'avais voulu?
( ili ! je Bais bien que VOUS allez m 'acquitter !..
lement, pas moins dans le cœur la
honte de l'accusation.
Mon honneur?... il va sortir d'ici plus clair que jamais ! Mais urne orgueil ! qui poun • ; le pus que le d<
Ils ne m'ont pas laissé achever.
De tous les coins de la salle, des mains se sont tendues vers moi. Quelques-uns m'ont embrassé ; deux ou trois avaient les larmes aux yeux.
N'importe! 11 se trouvera bien, dans l'avenir, quelques misérables pour ramasser cette ordure dans la boue et la rejeter' contre moi, le jour où je serai désarmé par la défaite, la proscription — ou la mort.