XX
rior.
Allons, je me trompais, quand je croy.ii» que ceux de l'Hôtel-de-Yille n'oseraient point nous poursuivre !
Us l'ont osé.
i m dorant un tribunal de sol-
dât - ' 'une armée prisonnière ju
ront des hommes libres!
[la arriveront I uçais, Tibaldi, Vermorel.
inier, Jaclard, Ranvier, e1 d'autrea |ieut-être i reprendra ; il^ arrireront entre deux bai< fusils chargés, balonm tte su oanon, ront inr l( - poitrines, vi quelqu'un voulait fuir on se réi
Us al inr un banc, m • un
b inc d'école ; et un \ i
i, ou ur verra même \> ss I téta
que visent le
Il n'est pas, cette fois, question de leur tête, je le sais, et pas même de leur liberté. Qui donc oserait, s'il a du cœur, les condamner?
Les condamner!... parce que voyant le navire courir à recueil, ils ont sauté vers le capitaine et lui ont crié :
— La France sombre ! Tirez le canon d'alarme !
Les condamner!!... Pourquoi pas les souffleter avec le chapeau à barbe de Trochu, ou les larder avec l'épée de Bazaine?
Ce n'est pas tout. Le sergent de service aura de l'ouvrage cette semaine, et le commissaire de la République n'a qu'a préparer des réquisitoires.
Ils vont juger encore un morceau de papier. Cela s'appelait Y Affiche rouge — collée sur les murs au moment où le pain manquait et où pleuvaient les bombes.
Quelles transes elle nous a donné, cette affiche... à Vaillant, à Leverdays, à Tridon et à moi!
La Corderie, dans sa séance du 5 janvier, nous avait désignés pour servir d'interprètes à la pensée commune.
11 fut convenu que nous apporterions le lendemain, avant dix heures, une proclamation qui, si elle était admise par l'assemblée, devait avoir l'honneur d?être placardée, la nuit suivante, dans tous les faubourgs de Paris,
L*DW i
Maia il i <i»; la rai
Il fallait prêter an peuple do langage a la I simple el large. Devant l'histoire, il prenait la padans le plus terrible des i -.us le feu de
oger. On devait songer a la Patrie, en même temps qu'à la Révolution.
dans le pclil logis de la rue Saint-Jacques où ils s'étaient enfermés, ces quatre hommes de lettres s'arrachaient les cheveux à chaque ligne qu'ils allongeaient sur les feuilles hlanches, craignant de v< dans la platitude ou la déclamation.
Nous avions honte de nous, et chaque sonnerie de la pe/vdule non- tintait douloureusement dans *.e crâne.
La besogne fut enfin aux trois quarts achevée. '1 était cinq heures du matin.
Tridon, malade, et quidevait mourir du mal qui le rongeait, proposa de faire un somme — quitte à donner ensuite un coup de collier.
Nous nous étendîmes tous deux sur un lit impro- .. que je quittai pour lui laisser plus de pi à lui, le pauvre! qui avait le cou en charpie, la en lambeaux, et qui se recroquevillait dan- l'uni. pie drap qu'on nous avait abandonné, les camai ayant pria l'autre.
S.i chair était déjà à l'agonie, sa ponséo restait robuste et saine.
Quand on se leva, on entendit le canon tonner d'une voix qu'on ne connaissait pas. C'était le bombardement qui commençait.
Et notre manifeste était là... transi comme nous!
Je ne saurais dire notre douleur : nous avions peur d'avoir été indignes des nôtres, et les obus nouveaux nous sifflaient aux oreilles comme, au théâtre, la colère d'un public déçu.
Il fallait une phrase, rien qu'une, mais il en fallait une où palpitât l'âme de Paris ; il fallait un mot à Paris aussi pour prendre position dans l'avenir.
On se traîna vers la Corderie sans avoir conclu, ne se souciant pas du péril, ayant plutôt le secret désir d'être tué avant d'arriver.
A une détonation plus forte, cependant, Tridon se secoua, et regardant le ciel, fronçant le sourcil, il essaya dans l'air gelé une phrase, un moU(»
Il avait trouvé !
La proclamation, lue dans un silence solennel, fut couverte d'applaudissements.
Elle se terminait ainsi :
« Place au Peuple I Place à la Commune!
C'est cette proclamation-ïà qu'ils vont poursuivre. Ce n'était pas un appel à la rébellion, pourtant, c'était un cri échappé à des cœurs en fièvre, et
I, ISSUROK WS
moins un cri d'indignation qu'un cri de désespoir.
On arrêta des signataires — la foule alla leur
«•uvrir, tambour en tôte, Les portes d€ Ma/as. Kt
voilà que rhuiaaier du Cherche-Midi les convoque!
Ils se souviennent de ce placard, à l'Hotel-de-Ville! Il a pourtant passé sous les ponts, depuis ce temp>, la lange de la capitulation et le sang du ±2 Janvier.
Mais le 22 Janvier est cité, lui aussi! Ils veulent en faire un jour criminel.
Et qui donc fut criminel?...
Pauvre Sapia! Il avait un jonc de treize sous à la main, quand il tomba. Il criait: « En avant! » ni us ..ms épée et sans fusil.
L'enfant de neuf ans qu'on releva mort n'avait pas tiré, D'est-ce pas? Kt le vieillard, dont la cervelle sauta sur le candélabre, avait dans sa poche, non pas une bombe, mais un paroissien.
Le 19 janvier, combien d'innocents massacrés! Ceux qui n'avaient pu fuir assez vite s'étaient affaissés derrière les tas de sable, ou allongés derlei réverbères abattus, et restaient là, accroupis
dans la DOtte jusqu'aux lèvres.
Quelquefois, un de ces accroupis se détachait de
: roulait sur le vnti B VOIS un
coin plus iûr.« il s'arrêtait tout à coup et dg
roulait plus. Mais on lui VOyail au liane nue taCAS
écarlaL-, comme a la bonde d'un tonneau.
Parmi ceux qu'amèneront demain les gendarmes, il y en a qui étaient venus seulement relever les blessés, ou couvrir de leur mouchoir le visage horrible des morts.
Et les féroces maladroits qui sont au pouvoir n'ont pas compris qu'il valait mieux faire comme ces derniers, et jeter sur ces journées sombres le voile de l'oubli.
8 Mars.
Le 31 octobre est jugé.
Un tribunal de soldats a acquitté la plupart de ceux qui, au nom du traité conclu dans cette nuit au dénouement sinistre, n'auraient jamais dus être arrêtés, ni poursuivis.
I/épée des juges du Conseil de guerre a cloué les parjures de l'Hôtel-de-Ville au pilori de l'Histoire.
Il ne reste plus sur la sellette que Goupil, moi, et quelques autres, cités à la barre pour des faits jue ne pouvait couvrir la convention.
Car Y Affiche rouge, elle aussi, est sortie victorieuse des débats.
Il y a eu deux séances au Cherche-Midi, deux fournées d'accusés, deux verdicts semblables d'absolution. Les gens de la Défense en sont, jusqu'à présent, pour leur courte honte.
Le Ferry s'était montré enragé pourtant : crossant
l'diiub MRS
Bl forant sur l'honneur qu'il m'avait .nmi --- oui, moi, VI nuit <lii M octobre, à l'Hôtel-de-Ville; que j'< parmi ceuj qui braillaient le plus fort, et qui parlaient de l'exnédier I Haxai.
Pour lui mettre le trompe dans son mensonge, il a fallu que j'aille déclarer :
i° Que moi qui ai lâté de M • préférer.iu
faire guillotiner un camarade que d'y envoyer un ennemi ; /
2° Que je le crois lui, Ferry, plus digne de la fi que do martyre;
Qu'il m'e «'-té impossible, à mon grand reg
ut sur s;i chaise curule, puisque je suis poursuivi pour avoir, à la Vil 1 tieslré le père Richard, m time, et rendu toute une population malad la nourrissant de harengs s destinés aux bl
Il a bien fallu se rendre à l'évidence, mai! dû me recommander au prône; et pour peu qc
il de guerre ait des ail ici le G tuvernement, mon affaire est claii
— Toi, Vingtras, ta en aurai bienpoui six mol :i .un h peut être pour iU do»-
sible; seulement je vous fiche mon billet que je m'arrangerai pour ne pas les faire!
Être pris en ce moment et coffré, ce serait peut-être la transportation à bref délai, l'enlèvement un soir de révolte au faubourg, et le départ en catimini pour Cayenne — si ce n'était pas tout simplement la mort, sous le coup de pistolet d'un municipal las d'une journée d'émeute, ou même l'exécution en règle contre un mur du chemin de ronde.
Le vent est aux fusillades, et dans la soûlaison du triomphe, pendant la fureur d'une lutte indécise, gare aux prisonniers 1...
Il serait dur de disparaître ainsi.
La porte n'est encore qu'entre-bâillée pour ces abattages sommaires — mais, en dehors du néant, la claustration serait déjà trop pesante 1
Qui sait si les bruits de la ville parviendraient jusqu'à moi; si, à travers les barreaux de ma cellule, glisseraient les éclairs de la tempête? Je ne saurais donc rien? je n'entendrais rien?... pendant que se déciderait le sort des nôtres, qu'ils joueraient leur vie et qu'on les décimerait 1
Aussi, fera qui voudra son Silvio Pellico : moi, je vais tâcher de leur filer entre les doigts !
Ça ne sera pas difficile.
Nous sommes accusés libres. C'est de nous-mêmes
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que nous sommes venus nous offrira la condamna-
. Aussi nous garde-t-on mollement.
Il y a, ;\ maganohe, une vieille brisqne de sergent, droit comme un chêne, avec des monstachea terribles qui, à deux ou trois reprises, ont failli m'éborgner; il a la tôto de plus que moi.
M lis il me regarde — d'en haut — sans colère, et presque avec bonhomie, quoiqu'en mâchant rageusement des bouts de phrases comme s'il chiquait des cailloux.
Le Conseil s'. >s1 retiré pour délibérer.
Dans l.s coins, on jase, on discute. Je n'ai plus que quelques minutes de liberté, peut-être; j'en vais profiter pt.ur jaser et discuter comme les autres... pour regarder surtout si la porte est ouverte ou formée.
tnld tus l'œil ! C'est la moustache du voisin qui
m'aveugle pour la quatrième fois. Seulement, ce coup-ci, j'ai compris ce qu'il me grognonne ans oreilles depuis an bon quart d'heure.
— Mais, DomdeDieul mon garçon, fontea-donc
le camp!
— Merci, l'ancien ! On va tacher.
Le franchi, me roilà dans la rue. Tout
comme il la Villette, je m'éloigne avec nonchalai
je fais celui qui se promène, puis prends ma course au tournant du premier carrefour.
Et j'ai trouvé asile à deux pas de là, non loin de la prison où je devrais être.
Le lendemain, un camarade que j'ai fait avertir m'apporte le verdict. J'en ai pour six mois, bel et bien — et de cela je me soucie comme d'une guigne!
Mais les soudards de l'état de siège Ont, d'un trait de plume, biffé six feuilles socialistes, dont le Cri du peuple qui en était à son dix-huitième numéro, et qui marchait rudement, le gas!
Le Ferry s'est vengé. Je suis libre, mais mon journal est mort.
Il ne s'est pas vengé que de moi, par malheur ! La clémence du conseil de guerre élait une feinte, le 31 octobre vient d'être frappé de la peine capitale : — Blanqui et Flourens sont condamnés à mort.
Tant mieux!... puisqu'ils sont hors d'atteinte.
Dans ma retraite, je ne vois personne et je ne sais rien. Mais je n'en sens pas moins couver l'orage, et je vois l'horizon qui s'obscurcit. Qu'ils lui fassent donc perdre patience, à ce peuple, — et que jaillisse le premier coup de tonnerre !
— Pan, pan I
— niii
it un des trois amis qui savent ma ; il
,.Mé ci pâle.
— Qu'y a-l-il .'
— I '1(3 ligne a passe au peuple !
— Alors, on b6 bat?
— Non, mais P m Comité Central. Deux généraux ont. eu, ce matin, la tel p irlei ohat-
<ts.
— Où?... CTomment?...
— L'un .iv. ut commandé le bu île, soldats se Boni mêlés ans fédérés, l'onl i
et in . I en uni fan-
in qui a lire le premii I lient
Thomas qui venait espionner, el qu'un ancien ilo
Juin a reconnu. Au mur aussi!... Leurs cadavres sont maintenant étendus, troués comme ,des écumoires, dans un jardin de la rue des Rosiers,"~là-haut, à Montmartre.
Il s'est tu.
Allons ! C'est la Révolution !
La voilà donc, la minute espérée et attendue depuis la première cruauté du père, depuis lapremière gifle du cuistre, depuis le premier jour passé sans pain, depuis la première nuit passée sans logis — voilà la revanche du collège, de la misère, et de Décembre!
J'ai eu un frisson tout de même. Je n'aurais pas voulu ces taches de sang sur nos mains, dès l'aube de notre victoire.
Peut-être aussi est-ce la perspective de la retraite coupée, de l'inévitable tuerie, du noir péril, qui m'a refroidi les moelles... moins par peur d'être compris dans l'hécatombe, que parce que me glace l'idée que je pourrai, un jour, avoir à la commander.
— Vos dernières nouvelles sont de quand?
— D'il y a une heure.
— Et vous êtes sûr qu'on ne s'est point battu, qu'il n'a surgi rien de nouveau, ni de tragique, depuis la fusillade de tantôt?
— Rien.
L'iNsr R
Comme 1rs rues sonl tranqailli
Nul vestige n'indique qu'il y ail quelque cno i changé bous le ciel, que di - Brutus à trente bous par lête aient passé le Robicon contre un r.ésar nabot!
Qu'est-il devenu, ;\ propos, le Foutriquet? Où est ThiersT...
Personne ne peut répondre.
Les uns pensent qu'il se cache et s'apprête à fuir; d'autres, qu'il se trémousse dans quelque coin et donne des ordres, pour que les forces bourgeoises Mmblent et viennent écraser l'émeute.
La place de l'Hôtel-de-Yille est déserte; je croyais
que nous la trouverions bondée de foule et frémissante, ou toute héritée de canons la gueule tournée vers nous.
Elle est, .m contraire, muette et vide ; il n'y a pas encore du gai d'attaque là-dedans — pas même le téméraire qui, avec l'audace de sa conviction, t'ait prendre feu à tout le Forum, comme l'allumeur à tout mi lu-tre I
La cobuo se tient sur les bords, en cord mi de curiosité '■! poinl en cercle de bataille.
i:i les propos d'aller leur train !
— La cour est pleine d'artillerie, les canonnl attendent,mèche allumée... Souvenea rousduSiJan* vieri si l'on laii un pas en avant, portes el feu
s'ouvrent, et nous sommes foudroyés à bout portant ! Voilà ce qui se dit autour de la place que la nuit envahit déjà, et où je crois voir se dresser, sanglantes, les silhouettes des deux généraux.
Mais un citoyen accourt :
— La rue du Temple est occupée par Ranvier... Brunel a massé son bataillon rue de Rivoli...
Ranvier et Brunel sont là ! J'y vais !
— Longez donc les murs 1 En cas de décharge, il y a moins de danger.
— . Ma foi non ! s'il y a des mitrailleuses dans le préau et des mobiles bretons derrière les vitres, on le verra bien!
Et nous brisons, à quelques-uns, le cordon ; nous enlevons trois grains au chapelet des hésitants, d'autres grains nous suivent, quittent le filet roulent avec nous.
Voici, en effet, Brunel en grande tenue, mais il est déjà sous la porte, avec ses hommes.
Je cours à lui.
Il m'explique la situation.
— Nous sommes maîtres du terrain. Même s'ils se reforment sur quelque point que nous ne connaissons pas et s'ils nous attaquent, nous pourrons tenir assez longtemps pour que le Comité Central arrive