LIN
■ du renfoi t... Ranvier est, rn effet, qu'on vous l'a 'lit. On as ure que limai e ndu
avec les - du V° éi du Mil' sur la P
i. on doit lui intimer l'ordre d mettre en marche .. Par exemple, il faut «jne la rue du Temple soil gardée sur le pied de toute la nuit. J'ai été suliiat, et je suis pour la ciplinedes émeutes contre celli rnes... Allez
donc trouver Ramier, VOUS qui ùtes son meilleur
ami, et transmettez-lui, tu camarade, ces observations. Moi, je ne puis guère, j'aurais l'air de vouluir Jouer .m commandanjt.
— Entendu!
l là, le pâle, faisant construire une barricade.
— Eh bien : ça y esl ! Regarde.
One ligne noire de baïonnettes, toute une Ue d'hommes mi • de Dm. il, silencii
comme l'armée d'Annlbal ou de Napoléon, après la
donnée de passer inaperçue le Saint thard ou les a;
Lepruple est sur se — la nuit est sûre.
is demain, au lever du soleil, il lui faudra un furieux coup de clairon.
iin.
— Là Cri du peuplé \.i reparattre!... Ailes avertir
pour le papier à l'imprimerie... Vite une plume, que je fasse mon premier articl
Et je me suis attablé.
Mais non ! je n'ai point écrit.
Le sang bouillonnait trop fort dans mes veines ; la pensée brûlait les mots dans ma cervelle; mes phrases me paraissaient ou trop déclamatoires ou indignes, dans leur simplicité, du grand drame sur lequel vient de se lever le rideau, qui a, comme un rideau de théâtre, deux trous — faits par les deux balles qui, paraît-il, ont frappé en plein front chacun des exécutés.
Quand mes artères ont été plus froides, quand, la croisée ouverte, je me suis accoudé et ai plongé mon regard dans la cité, son sommeil et son calme m'ont fait peur!
La Ville ne serait-elle pas d'accord avec la Révolte? La fusillade des généraux aurait-elle, en traversant les cibles humaines, atteint au cœur le Paris qui n'est pas sur la brèche? L'insurrection serait-elle seulement l'œuvre de quelques chefs et de quelques bataillons audacieux?
Pourquoi n'y a-t-il pas un tressaillement, un bruit de pas, un froissement d'armes?
Si je descendais et retournais du côté des rebelles, vers le troupeau noir de Duval, vers la barricade grise de Ranvier?...
Allons ! j'ai encore, moi, le défenseur des humbles,
l'inquiétude des redingotiers devant les noms obs»-
Btj'ai fermé ma Fenêtre sur la Ville Impéi» et qui semble morte, alors qu'on la dit ressuscita j'ai tei nié m.i fenêtre, et mon cerveau s'est muré ment — les idées ne venaient pins I J'ai passé sur uu canapé (jui montrait ses entrailles de crin, les heures que j'aurais dû passer debout, ou couché en chien de fusil, prêt à la détente, sur un lit de camp.
Au matin, j'ai couru chez les intimes.
Faix au-si, ils ont attendu — Stupéfiés par le,
coup de fosdre de Montmartre.
Ht cependant, parmi ces emnpagnons, il en est de braves comme des épécs. Cela me rassure, et me raccommode avec ma conscience inquiète.
h L^i pas devant le péril que mes amis et moi DOUS avons reculé toute une nuit, c'est devant nue moitié de victoire gagnée sans nous, et que nous pouvions perdre en entrant en ligne trop tard.
Je me dirige vers l'Ilôlel-de- Ville.
— ( m i. ni té central '
— Fn haut. Et à droite.
je marche en enjambant par-dessus les hommes endormis et affalés, comme d< ^ur
les marches '• icâlier. [Il m lient les
bœufs t. . pendant le
dont la lune éclairait les grandi
Plusieurs de ceux qui, depuis la veille, à l'aube, étant sur pied, ont fait leur devoir et la corvée : qui, après avoir harcelé de leur baïonnette le poitrail des chevaux montés par les gros épauletiers de Yinoy, ont," le soir, taillé le pain, distribué les vivres : plusieurs de ceux-là ont arrosé leur charcuterie et leur lassitude d'un peu de vin qui les a ragaillardis — et ils ont une pointe.
Mais pas un qui ne puisse sauter sur son fusil, viser, et faire feu, si Moreau, ou Durand, ou Lambert— voilà les noms de leurs généraux! — se mettait à crier que Ferry revient avec un Ibos et un 106e, comme au 31 octobre.
— Aux armes !
Tous laisseraient le gobelet d'étain pour prendre l'écuelle à cartouches, et piqueraient, non plus dans le petit-salé de faubourg avec leur couteau de treize sous, mais dans le gras-double des bourgeois, avec la fourchette à une dent qui est au bout du flingot.
Mais, pour l'instant, rien qui sente la colère, ni même qui embaume l'enthousiasme t
On dirait d'un régiment qui a reçu permission de pioncer sur le perron d'une préfecture, faute d'assez de billets de logement, et à qui on a dit de s'organiser, tant bien que mal, pour la soupe, le feu et la chandelle.
Où est lt- Comité Central?
Le Comité?... Il est égrené dans cette pièce. L'un ;, L'autre dorl ; celui-ci cause, assis a a une table; celui-là, tout en racontant une bisl qui l'ait rire les voisins, rafistole un revolver qui la gueule Fendue.
Je n'en connais aucun, On me i)it leurs noms : je n.' Les ai pas encore entendus. Ce lonl i
de bataillons, p - seulement <l m- leur
quartier. Ils onl eu leurs succès d'hon rôle el d'hommes d'action dans les assemblées, souvent tumultueuses, d'où est sortie L'organisation ■île Je n'ai point assisté a pes réunions, étant font'" i!e me cacber avant h après ma condamn itiôn.
ils sent ii| mi sept, pas plus, en ce m ment, dans cette grande l'Empire, en uni orme do
lilette 'le gala, dansait, H n'j a i si luug-
tempsl
Aujourd'hui, une demi-douzaine de garçons à gros souliers, avec un képi à filets de laine, vêtus de la capote ou de la vareuse, sans une épaulette ni une dragonne, sont, sous ce plafond à cartouches fleurdelisés, le Gouvernement.
A peine ils s'aperçoivent qu'un étranger est entré! Ce n'est qu'au bout de cinq minutes de rôderie que je me décide à approcher du récureur de pistolet qui, du reste, ne rit plus et dit, d'une voix ferme, à un nouvel arrivé :
— Ah! mais non! On veut encore escamoter la Révolution! J'aimerais mieux me faire sauter le caisson que de signer... je ne signe pas !
Il me voit, et m'interpellant brusquement :
— Est-ce que vous êtes aussi un délégué des mairies, vous?
— Je suis le rédacteur en chef du Cri du Peuple.
— Et vous ne disiez rien 1 Et vous restiez là comme le dernier venu!...
Je suis le dernier venu, en effet; je n'ai été ni avec les fusilleurs hier matin, ni avec les barricadiers hier soir
Je lui avoue mes hésitations, comment je suis resté sur la défensive.
— Je comprends, dit-il, notre obscurité nous rend suspects!... Mais il y a derrière nous un demi-
t.'t\-i i million i — armés! — et ceux-là n
v ro nt!
— En êtes roua sûr? reprend l'interlocuteur qui
a été lactié pour moi, Bonvafet, maire dn lir, nn petit huuîot qui parall trea animé et élève le Ion, comme nn parlementaire qui pose des conditions ou transmel an défi. Êtes-voua BÛr que la population roui suivra comme vous le dites?... Nous venons roua proposer, nous, Ligut det dro /' ■ r, de mettre le pouvoir en dépôt dans nos mains (rien ([n'en dépôt!) pour qu'on ait le temps de voir venir !
— Les copains feront ce qu'ils voudront Moi je retourne dans mon arrondissement, je me cantonne dans votre boite, etje vous défenda d'y entrer... Voila!
— Sana non-, roua ne serai rien !
— M vous-mêmes, qu'ètes-vous donc? Vous il que toute la municipaillerie et toute la dépu-
Brie pèsent une once aujourd'hui.'... Certea oui, si elles s'étaient misea a la tète du mouvement '. \ nons auraient même volés, fourréa dedans! Nous étions fichus I nous, lea socialistes. Si lea élus la Ville étaient entrés dans le branle... flambée, U Commune !
Puis, se mettant à rii
— Mon cher, ailes dire
nous sommes ici par la volonté des gens de rien, et nous n'en sortirons que par la force des mitrailleuses.
— Alors, c'est votre dernier mot?
— Vous pouvez consulter les autres, si ça vous plaît! Mais je ne vous répète là que ce que nous avons dit cette nuit... tous en bloc!
Au même moment, un peloton d'hommes sans armes est entré : quelques-uns bâillant, tout ébouriffés; d'autres agitant des paperasses l'œil allumé, tapant sur les feuillets, comparant les pages.
C'était le noyau du Comité qui venait de recevoir des nouvelles, et de décider la réponse aux députés.
— La paix ou la guerre?... a demandé Bonvalet.
— Cela dépend de vous. Ce sera la paix si vous n'êtes pas des entêtés et des orgueilleux, si les représentants du peuple acceptent qu'on en appelle au peuple. Nous consentons à rester dans les souliers de votre tradition, mais ne barguignez pas, ne biaisez pas et ne trahissez pas ! — vous avez l'air de ne faire que ça!... Et maintenant, mon gros, laissez-nous tranquilles; nous avons à fouiller nos poches II raut un million pour nos 300,000 fédérés... j'ai dix francs !
— Eh bien ! il n'y a qu'à défoncer les caisses!
l'insuri
— Pour qu'on nom accuse do pillage, do vol : . . . Et des exclamations de frayeur, an mouvement
d'hésitation, un offroi de pauvres, an tremblena de ces mains noires qui n'ont jusqu'ici touché que L'argent do travail, aux .soirs de paie, otquine veulent pas toucher a des billets de banque en tas, à monceaux d'or mis sous clef!
— Il faut pourtant bien fournir la solde aux gardes nationaux, leur conserver leurs trente sous! Que diraient les femmes? Si la bourgeoise se met contre nous le mouvement est enrayé, la Révolution est perdue.
— C'est vrai !
— Bt le pue, ce qui o->t plus à craindre eni c'est qu'il y aura des Indisciplinés qui iront en bandes
idre le pain qu'il leur faut, et plus de vin qu'il ne faudra. Ils forceront les portes, aa gré de ear appétit ou de leur iif, i 1 1 mfflsance de leur coir et il y aura trois cents canailles ou étourneaux qui feronl les communards pour an ramassis do
cent mille coquins !
— Mais il n\- a peut-être pas do qimi régler deux journées d m ces malheureux coffl
— Quand il n'y en aurait que pour vingt-qu
ce temps là qu'il faul root
nous retombera sur la tête... mais elles tiennei
peu aux épaules, nos têtes ! Pour mon compte, j'accepte de faire la première pesée. Qu'en dis-tu, Varan?
— Allons chercher les pinça ,'•
L'abîme est définitivement creusé comme avec une pioche de cimetière. Ce crochetage de serrures engage le Comité autant que la fusillade des généraux. Toute la race de ceux qui ont quatre sous, les « honnêtes gens » de toute classe et de tout pays, vont lancer sur ce foyer de pilleurs, malédictions, bombes et soldats.
Je rencontre Ferré.
— Tu sais ce qu'ils viennent de décider ?
— Oui! Et tu trouves qu'ils marchent!... Ils ont osé rédiger un procès-verbal pour renier l'exécution de Lecomte et de Thomas ! Déjà, le peuple est désavoué ; et c'est toi qui as imprimé le désaveu dans ton canard ! Tu es aussi un de ceux qui ont réclamé l'élargissement deChanzy !... Tu vas bien ! a-t-il ajouté avec amertume.
— Alors, tu cries à la trahison ?
— Non ! Mais les trahisons se châtient, tandis que les faiblesses s'excusent. Mieux vaudrait des'criminels, et'point des hésitants. Le jardin de l'Hôtel-de- Ville est bien aussi grand que celui des Rosiers... qu'ils prennent garde!
Le Cri du Peuplé a reparu.
— Demandez le Cri du Peuple par Jacques Ving-
II est deui heures de l'après-midi i quatre-
xiiiL't mille pages se S' ni mvolées de l'imprimerie ^ur cette place et sur ir- rauboui
— Demandai le ir Jacqnea Vinur- Iras '•
, ni n'entend que cela, et l<- marchand a'y peu! suffire.
— Voulez-vous mon dernier, citoyen?... Pour von-, ce sera deux sous, Fait-il en riant • i les vaut !
— Voyoni '
.. Quelle journ.
-nleil tiède et clair qui dore i > gueule <i
nons, cette odeur de bouquets, le frisson des drapeaux, le murmure de cette révolution qui passe, tranquille et belle comme une rivière bleue; ces tressaillements, ces lueurs, ces fanfares de cuivre, ces reflets de bronze, ces flambées d'espoirs, ce parfum d'honneur, il y a là de quoi griser d'orgueil et de joie l'armée victorieuse des républicains.
» 0 grand Paris 1
» Lâches que nous étions, nous parlions déjà de te quitter et de nous éloigner de tes faubourgs qu'on croyait morts !
» Pardon ! patrie de l'honneur, cité du salut, bivouac de la Révolution !
» Quoi qu'il arrive, dussions-nous être de nouveau vaincus et mourir demain, notre génération est consolée ! Nous sommes payés de vingt ans de défaites et d'angoisses.
» Clairons ! sonnez dans le vent ! Tambours ! battez aux champs !
» Embrasse-moi, camarade, qui a comme moi les cheveux gris ! Et toi, marmot, qui joues aux billes derrière la barricade , viens que je t'embrasse aussi 1
» Le 18 mars te l'a sauvé belle, gamin ! Tu pouvais, comme nous, grandir dans le brouillard, patauger dans la boue, rouler dans le sang, crever de honte, avoir l'indicible douleur des déshonorés I
» C'est fini !
né «'i pleuré pour I re héi itage.
un homme lil
J'ai «lu bonheur pour mon argent I • mon épaule, un ou deux fédérés essaient de lire, en disant d'un air entendu :
— Il a tout de môme le SI, ce sacré Vinglra9 ! Vous ne trouve/ pas, citoyen ?
Je ressens une ivresse profonde, perdu dans ci multitude qui me jette aux oreilles tout ce qu'elle : • de moi.
êserve, quand on ir.ippe sur le journal en di- : i Bst-ce tapé là, \oyons?... » me vaut même de la part uV-, enthousiastes qui me trouvent lii do moues de colore, el bourrades sour-
noises — qui me cassent les cotes, mais merapiecent le cœur.
Il me semble qu'il u'esl plus à moi, ce Êœur qu'ont écorché tanl de lai I is bl< Bt que c'esl L'âme
même de la foule qui maintenant emplit et gonfle ma poitrine.
Ohl il faudrait que la mort vînt me prendre, qu'une balle me Luftt dam cet épanouissement
mourrais aujourd'hui en plein
qui saitee qi : la lutte va raire de moi !
276 l'insubgé
Jadis, mon obscurité masquait de noir mes faiblesses d'inconnu ; maintenant, le peuple va me regarder à travers les lignes qui, comme les veines de ma pensée, courent sur la feuille de papier' gris. Si ma veine est pauvre, si j'ai le sang blanc, mieux valaient les coups de pied de vache de la misère, les portions à quatre sous, les faux-cols en carton, les humiliations innombrables!
On avait, au moins, une âpre jouissance à se sentir le plus fort dans le pajrs de la détresse, à être — pour pas trop cher de vaillance et parce qu'on avait appris du latin — le grand homme de la gueuserie sombre.
Et voilà qu'à cette heure d'évasion, je me trouve comme tout nu devant un Cemi-million de braves gens qui ont pris les armes pour être libres, et pour qu'on ne crevât plus de faim... malgré le travail ou faute de travail 1
Tu as crevé de faim, Vingtras, et tu as presque chômé pendant quinze ans. Tu as dû alors, pendant les moments durs, tu as dû songer au remède contre la famine, et ruminer les articles frais d'un code de justice humaine !
Qu'apportes-tu de nouveau, du fond de ta jeunesse affreuse?
Réponds, pauvre d'hier I
,I';ii ;\ répondre en montrant mea poignet le bleu, e! ma langue tuméfiée par te* coupi la censure impériale, lécnirl Etudier I Quand?...
tombé, le Prussien est ?enu : le Prussien, Trochu, Pavre, Chaudey, le "-I Octobre, le tnvier 1... On avail raire de ne pas mourir
de Iroid ou d'inanition, et de tenir en joue la Défense nationale, tout en tenanl tête à l'ennemi 1 Toujours sur la brèche, aux aguets, ou en avant!...
Allez dune peser lt^ Il îles, quand il
tomb'' de i es grêlons de fer dans le plateau de la
balance 1
Oîi sont les autres camarades ? Qui occupe les p< stes impoi t.mts ?
Pas un homme connu. — C'est celui-ci ou celai* la, pri> au h isai d dans le Comité central. On n'.i eu le temps de choisir, dans le branle-bas da i
bat. [1 ne l'agil qO€ dépiauter le drapeau prolétarien, là où Bottait le drapeau bourgeois... le premier issailloD venu peut 1 1 ire cette besogne tout aussi bien que le capitaine.
— Qui est a l'Intérieur? Savei*vous?
— Je n'i'ii s. lis Bchtre rien ! dit un des chefs. Aller donc voir par là, Vin ! n'y a per-
qo, ou aide» les camarades s'ils sonl dans le
pétrin.
I' iv. ni, l'Intérieur, n'e-i
Je n'en suis pas sûr. Il me semble pourtant que
c'est là qu'on est allé, au lendemain du -4 septembre voir Laurier, à propos de je ne sais qui, arrêté par la nouvelle République pour je ne sais quoi.
C'est un maître de lavoir qui a la « signature » à l'Intérieur; Grêlier, un brave garçon que j'ai connu sur les hauteurs de Belleville et qui s'improvisa mon adjoint, dans la nuit du 31 octobre, à la mairie de la Villette.
Il signe des ordres pavés de barbarismes, mais pavés aussi d'intentions révolutionnaires, et il a organisé, depuis qu'il est là, une insurrection terrible contre la grammaire.
Son style, ses redoublements de consonnes, son mépris des participes et de leur concubinage, ses coups de plume dans la queue des pluriels lui ont valu un régiment et une pièce de canon.
Tous les employés qui n'ont pas filé sur Versailles, depuis le chef de bureau en redingote râpée jusqu'au garçon en livrée cossue, ont peur de cet homme qui fusille ainsi l'orthographe, qui colle Noôl et Chapsal au mur. Il a peut-être — qui sait ! — le même mépris de la vie humaine !
Il m'embrasse quand j'arrive.
— Heureusement , mon vieux, que Vaillant va venir, me dit-il, j'en ai'mon sac! Que c'est embêtant d'être ministre !... Tu ne l'es nulle part?
— Ah ! mais non !
J'allais partir quand, entre les battants d'une porte qui vient <!•■ B'ouvrir, j'ai vu se glisser la I d'un type du Figaro, Elicheboorg, qui cré-
taire de l'administration quand j'étais chroniqueur, ni, une fois ses chiffres alignés, bâtissait des plai^ de romans qu'il comptait bien vendre, un jour,
-Ml|S 1,| |
[lest envoyé par Yillemessanl pourdi nmderque l'on veuille bien revenir sur l'arrêté de suspension donl est Frappé le journal.
Il invoque la liberté de la Presse, et fait appel ;\ ma clémence.
Je n'ai pas tant de pouvoir que ça. mon
La force anonyme qui s'est emparée de Pari
qui rédige les proclamations et les décrets n'obéit pa- à M. Vingtras, journaliste, et partisan du laisser
dite à outrance. | je suis d'avis que, môme
dans le brouhaha du - .mon et en plein
tente, on devrait permettre aux mouches d'imprimerie de courir à leur guise sur le papier, et je
Irais que le Figaro qui longtemps me laissa li le fût aussi.
le maître de lav. ré :
— - Libre, donc ' Il n'a fait que
blaguei el dir les socialistes el : républicains,
alors qu'ils ne pouvaient pas se défendre. Il a toujours été pour les mouchards et les sabreurs, pour l'arrestation et l'écrasement de ceux qui viennent de faire la révolution.
Le Bellevillois s'anime et s'emporte :
— Tenez ! je me rappelle un jour où Magnard écrivit que, pour avoir la tranquillité , il faudrait choisir cinquante ouvriers ou bohèmes parmi les agitateurs, et les envoyer à Cayenne en convoi de galériens... Mais aujourd'hui, si je pensais comme ça, si j'étais un gueux aussi, c'est Villemessant, lui, vous, toute la bande, que je ferais coller à Mazas! Vous^demandiez qu'on empoignât les nôtres, et qu'on assassinât nos journaux. On n'exécute que la moitié de votre programme... et vous réclamez! Fichez-moi le camp, et plus vite que ça! d'autres seraient peut-être moins généreux. Filez, c'estprudent!
Le figarotier a disparu. J'ai essayé de défendre ma thèse.
— Toi, Vingtras, motus là-dessus! Ces fédérés qui t'entendent vont te suspecter, et s'indigner. Le journal qui les a traités de viande à bagne aurait le droit de reparaître pour les injurier de nouveau ! Y pensestu?... Mais un sergent et une compagnie, sans nous demander d'ordres et bousculant nos résistances, iraient sauter sur les rédacteurs et les fusilleraient d'autor etd'achar... Aimes-tu mieux ça?
Il l'exaltait, et autour de laltaH a
La otinelle, dont on voyait par la fenêtre I la baïonnette, s'était an t<' • poor écouter ; et qii
I fini, je u> l'uni-
en unie snr le mur inonda I. L'homa
faisait le geste dé viser et d'abattre ceui qui parle raient de délier la langue aux insulteurs de paw
— Et à l'Instruction publique? Sais-tu qui est là.'
— Eh ! oui, le grand Rouiller.
i un fort gaillard do quarante ans, à charpente vigoureuse, et dont le \ :nme
barbouillé de lie. Il se balance en marchant, porte pantalons à la hussarde, son i sur l'o-
reille, et le pif on l'air. Il semble vouloir faire, avec ses moulinets de liras et -de jambe place au
peuple qui • riêre lui. On cherche dai
main la i non du Devoir OU relie du
tambour-major, qu'il fera voltiger au- d'un
bataillon d'im
Il est cordonnier, el révolutionnaire.
— ] -e les gens et je déchausse le
1 n'- ' en orthographe qui
le l'Intel iui . M ils il en sait plus
histoire momie soci il que
n'en savenl t"iis les diplé ivant
lui, pris le portefeuille — dont il a, avant-hier, tâté
le ventre, avec une moue d'homme qui se connaît plus en peau de vache qu'en maroquin.
Tandis qu'il cire son fil ou promène son tranchet dans le dos de chèvre, il suit aussi le fil des grandes idées, et découpe une république à lui dans les républiques des penseurs.
Et, à la tribune, il sait faire reluire et cambrer sa phrase comme l'empeigne d'un soulier, affilant sa blague en museau de bottine, ou enfonçant ses arguments, comme des clous à travers des talons de renfort ! Dans son sac d'orateur, il a de la fantaisie et du solide, de môme qu'il porte, dans sa «toilette » de serge, des mules de marquise et des socques de maçon.
Tribun de chand de vin, curieux avec sa gouaillerie et ses colères, maniaque de la contradiction, éloquent devant le zinc et au club, toujours prêt à s'arroser la dalle, défendant toutes les libertés... celle de la soûlaison comme les autres!
— G'nia qu'deux questions ! Primo : l'intérêt du Cap'tal !
Il ne fait que deux syllabes du mot. Il avale 1'* avec la joie d'un homme qui mange le nez à son adversaire.
— Segondo : l'autonomie ! Vous devez connaître ça,Vingtras, vous, qui avez fait vos classes? Ça vient du grec, à ce qu'ils disent, les bacheliers!... Ils sa-
vent d'où ça vient, mais ils nu savent paru.' nr :
Kt de rire en sifflant son verre '■
— ExpliquBf-moi un peu ce que c'est quo l'autonomie, pour ouar ! fait-il, après s'être essuyé la barbe.
I >us d'attendre la réponse.
Au milieu du silence, il répété :
— Moi, je siii- pour l'autonomie quelconque, des quartiers, des rues, des maisons...
— Kt des caves?
— Ah! cal...
Je suis curieux de le voir en fonctions, et prends le Chemin de la rue Saint-Dominique.
— Vous demandez M. le Qrand-Maltre? me dit un lm i- •> i*T a chaîne d'argenl qui me voit errant a Ira-
ouloirs.
Le Grand- Maître I Est-ce qu'il se moque de moi? éan moins, je min te des airs de person-
II me précède dans L'eseaher.
Une odeur rie tabtC, des eris.
— Quand je vous .lis que je n | de
partie ft quatre I Alors, je «frai le galérien d'un mon* lieor dont je deviendrais le i Non, non!.,.
Chacun pour soi : l'autonomie '
Bruit de carambolage.
— "Votre partenaire l'aurait fait, celui-là !
— Oui, et je lui aurais dû de la reconnaissance! Du sentiment, alors? J'aime mieux être autonome, mon bonhomme!
— Et puis, où serait l'intérêt?... l'intérêt du Cap'tal! ai-je fait en entrant.
On m'a tapé sur le ventre, et on a rempli de rhum les -petits verres.
— Vous devez l'aimer, celui-là, car il sent rudement la semelle!
— Vous préféreriez téter votre écritoire, hein? buveur d'encre!... Et qu'est-ce que vous venez faire? Nous fiche à la porte, peut-être?
Il a lampe une autre lichée, et a dit :
— Je m'en bats l'œil! Ça n'en aura pas moins été un gniaf qui sera entré ici le premier, comme un sorbonniot, et que toute la valetaille de bureau ou d'office aura salué ! Nous aurons introduit le cuir dans le Conservatoire de la langue française, et flanqué un coup de pied au derrière de la tradition !
— Dites-moi donc, Rouiller, qui vous a donné votre délégation? *
— Ah ça, mais ! vous croyez donc que je reçois des ordres et que je m'enrégimente!... J'avais des chaussures à rendre dans le quartier. C'est en voyant l'enseigne que l'idée m'a pris de monter. Le fauteuil
m'y loi — et j'y 9uis em
ii .' là-bas, l'homme à la i-haim-, <;a fDOI I trarierait-il d'aller nous ehereher de la charcuterie : un pied pour moi et de la bure pour Theu Noos mangerons ici. Allons, Vingtraa, tous allée bou£fer avec nous; mettez votre paît !
Il a tendu un képi pour faire la quête du déjeuner.
— Ceal qn< nous avons épuisé les qua' donnés par le Comité : ciiifj Iran* s par tète. Maintenant, faut y aller de sa monnaie.
(m a boulotte dans le cabinet du ministre, et là, comme on était cinq ou six. et qu'on avait ai le cochon, on a discuté chaudement les événement-.
Réussira t-on? Ne réussira-t-on pas?
— ËSt qu'importe! a grogné Rouiller. On est en iution, on y reste... jusquàce que cacha:
Il s'agit seulement d'avoir le temps de montrer ce qu'on voulait, si on ne peut pas faire ce qu'on veut !
Puis se tournant ters moi, presque gf l — Vo i ■ peut-être ajae nous ■'aveu
que eai tmh »ler st que toifler depuis que neeti séances ici? Non, Ben efeej I nom atone eeeayé de eleruo programme). Voilà de çjooi j'ai accouché...
l'en.
288 LINSURGÉ
11 a tiré de sa poche quelques papiers pleins de taches, sentant la colle, et me les a remis.
— Pourrez-vous lire ? C'est poissé de fautes, n'estce pas 1 Mais dites-moi tout de même ce que vous en pensez !
Ce que j 'en pense ! Je pense , en toute conscience, que cet « autonome » généralement quelconque à la trogne comique, que cet orateur de mastroquet, a l'intelligence plus nette, l'esprit plus haut que les savants au teint jaune, à l'allure vénérable, que j'ai vu pâlir sur les vieux livres, et chercher dans les bibliothèques, le secret des philosophies, les lois de la richesse, la raison de la misère.
Il en sait plus long qu'eux, plus long que moi ! Il y a, dans les feuillets froissés et sales qu'il m'a donnés, tout un plan d'éducation qui renverse par sa sagesse les catéchismes des Académies et des Grands Conseils.
Rouiller me suit des yeux.
— Avez-vous vu le passage où je demande que tous les enfants aient leur chopine dès quinze ans ? Eh! bien, mon cher, voulez-vous que je vous dise ?... Si j 'ai pu me faire quelques idées et les aligner en rang d'oignons, c'est que j'ai toujours gagné assez pour boire mon litre, et prendre mon café avec la consolation ! On dit que j'ai tort de me piquer le nez? Mais, sacré nom ! c'est quand ce nez-là me
L'iNSn;
chatouille que ma p<i gote, c'est quand
j'ai l'œil un peu alla m é que j'y vois le plus clair !...
pas pour la vertu, e-le bien, je
homme, qu'on recommande aui pauvres de ne licher ; c'esl parce qu'on a peur que c«l.i leur débrouille un peu la cervelle, el leur graisse les muscles, et leur chauffe le cœuri I content de ce que j'ai t'ait?... Oui... Kb bien I j'ai écrit cela avec la suée de mes cuites 1
La liste de la Commune est sortie, en vingt morceaux, de vingt quartiers de Paris.
Je suis un des trois élus de Grenelle.
Ci ii été jadis petit employé dans la l»i-
coque de la mairie ; < m m'y a vu, au bai
naissances, pâlir i r des larmes, quand le
nouvean-pié était apporté dans one blouse «[n'avait enlevée d< le père misérable, grelottant
sous 1«' li'iid de l'hiver. J'en avais connu qui en moururent, et j'étais allé à leur enterrement.
On se l'est rappelé, dû an- api par un de ces pères venus en br
t porté comme l'enfant dan-
Il bourgeron des oavri
— Té voilà c
— Oui, content que le peuple ait pensé à moi.
Mais cette nomination-là, tu entends bien, c'est la condamnation à mort!
— Sérieusement, tu crois qu'on y laissera sa peau?
— Guillotinés ou fusillés, au choix ! Si nous sommes fusillés, nous aurons de la veine.
— Brrr!., ça fait tout de même froid dans le dos, l'idée d'avoir le cou coupé !
11 n'a pas l'air enchanté de la perspective non plus, le camarade ; seulement, il garde au fond de lui-même l'espérance que je cabotine et que je 1a lui fais à l'hécatombe.
Allons, il faut me rendre à mon poste.
— Où siège la Commune, s'il vous plaît?
Je demande cela à tous les échos de l'Hôtel-de- Yille. Je traverse des salles vides, des salles pleines, sans qu'on puisse me renseigner.
Je rencontre des collègues qui ne sont pas plus avancés que moi, mais qui sont plus en colère. Ils se plaignent du Comité central, qui a l'air de se moquer d'eux et leur fait faire le pied de grue devant des portes closes.
Enfin, nous avons trouvé 1
C'est dans l'ancien local de la Commission départementale qu'on a allumé les lampes, et que nous allons délibérer.
On cherche sa place, on cherche ses amis, on cherche son attitude et son accent.
La \ < » i x ne sonnera point ici comme dans les salles «le bal, faites pour les coupa de irrosse caisse ou les coups de gueule — il n'y a pas l'acoustique des tempêtes oratoires.
Le parleur n'aura point le piédestal de la tribune, du haut de laquelle on laisse tomber son geste et son regard.
Diins cet amphithéâtre à gradins, chacun causera de son banc, debout, dans la demi-lune de sa tra- D'avance, la déclamation a du plomb (lui-, l'aile !
11 faudra des faits, non des phrases '■ — la meule de l'éloquence qui écrase du grain, et non le moulin que le vent des grands mots fait tourner I
Quand tous ont été casés, que la Commune a eu pris place, il s'esl lait un grand silence.
is, tout à coup, j'ai eu le tympan écorché. Un individu, placé derrière moi, rient de Be lever, >■[ agitant, comme un pianiste allemand, de lo \cii\ plate qui graissent le. collet de sa reding roulant des yeux mourants derrière les verres de son lorgnon, il proteste, d'un accent fébrile, contre ce que vienl de dire je ne ^us qui.
ûs « 1 1 1 î est peut-être moi, oui ai demandé
coi ut les élus de Paris qui étaient en même
temps déput - allaient in.ui leur
petite affaire. »
Il faut savoir à quoi s'en tenir, pourtant.
L'homme à la tignasse en saule a déclaré que, devant des sommations faites sur ce ton, il se retirait. Il a jeté son paletot sur son bras, et il est sorti en faisant claquer la porte !
C'est commode, cela!
Mais est-ce que j'ai songé à partir, en secouant la poussière de mes souliers, quand j'ai vu, clair comme le jour, que nous serions dévorés, nous autres, par la majorité des Jacobins?
Plus le danger est grand, plus le devoir de rester est sacré!
Pourquoi ne demeure-t-il pas à la disposition de ceux qui l'ont nommé, ce Tirard, afin de les représenter et de ies défendre?
— Je vais rejoindre le Gouvernement! Allez-vous m'arrêter? a-t-il crié avec des regards furibonds sous ses conserves.
Eh non! on ne t'arrêtera pas ! Tu le sais bien, lâcheur ! toi qui n'as pas même le courage de suivre des yeux Paris en fièvre. D'autres donneront peutêtre leur démission, mais continueront à vivre sur le pavé d'où a jailli la Révolution, au risque d'être dévorés par elle!... Bon voyage!
Que s'est-il passé encore ce jour-là? Rien. Séance d'installation!
l'in
Mais, en sortant, tjuélqu un - ippi moi.
— Vous aves vraiment fait éé la péin cluze, tout à l'heure, il se figure que tous l'a
endanl parliez de ceux
qui hésitaient entré Paris el Vei .dlles.
— Et il est furieux?
— Non, il est triste.
C'est vrai, son masque n'est plus creusé par le pli du dédain; il y a dans ses yeux de l'inquiétude, et sur ses lèvres détendues de la mélancolie 1
1 est dérouté dan- ce milieu de blousiers et de ré- • i République, à lui, avait sec ton! inx,
sa ca • combat, ses haltes réglées de mari
On a changé, tout cela.
11 s'y perd -ans autorité et sans |
dans ce monde qui n' ni un programme, ni
un plan — et qui ne veut pas de chef!
Et lui. I m de la révolution classique, le
héros de la légende du bagne qui, ayant été à la
ie voulait an i l'honneur, et se cn>'
dn.it à deux pouces de socle, voilà qu'il se Iroui ris du sol, et qu'on ne le regarde p qu'où l'écoute peut él ■]•■ rient, le i
turier, qui an doches dé \
Je me ce chagrin qu'il ne peut cacher. On 1 le voir
essayer de faire les enjambées doubles pour suivre le pas accéléré des fédérés : sa conviction s'essouffle et saigne, à rejoindre la Commune en marche.
Cet effort est toute une confession, une pénitence, an aveu muet et héroïque de trente ans d'injustice vis-à-vis de ceux qu'il accusait d'être des troublefête, voire des traîtres, parce qu'ils allaient plus vite que son comité de Vieux de la montagne.
De son cœur, jusqu'alors bronzé par la discipline, ont jailli de vraies larmes, qu'il a étouffées, mais qui sont allées tout de même mouiller le métal de son regard et rouiller sa voix, quand il m'a remercié de l'explication que je lui ai portée, avec les égards qu'un jeune doit à un ancien qu'on a, sans le vouloir, blessé... et fait pleurer.
Terribles, les sectaires! Conscrits ou grognards ïiarguilliers de la Convention ou démocsocs de l'Église.
Vermorel : un abbé qui s'est collé des moustaches; un ex-enfant de chœur qui a déchiré sa iupe écarlate en un jour de colère — il y a un pan de celte jupe dans son drapeau!
Son geste garde le ressouvenir des messes servies, et son air de jeunesse ajoute encore à la ressemblance.
On voit, en effet, derrière les processions de province, de ces grands garçons montés en graine, avec
l'd une tête mignonne, ronde et douce sous la calotte Coquelicot, qui effeuillent des roses ou secouent l'encensoir en avant du dais où le prélat donne la bénédiction.
Le crâne de Vermorel appelle le petit couvercle pourpre, quoiqu'il y ail mil le bonnet phrygien.
11 zézaie presque, ainsi que tous les benjamins de curé, et sourit éternellement, du rire de métier qu'ont les prêtres — rire blanc dans sa face blanche, couleur d'hostie! Il porte, sur tout lui, la marque et le pli du séminaire, cet athée et ce socialiste 1
Mais il a tué, de son éducation religieuse, ce qu; sent la bassesse et l'hypocrisie; il a arraché, en même temps que ses bas noirs, les vices de dessous des dévots, pour en garderies vertus féroces, l'énergie sourde, la tension vers le but, et aussi lo rêve inirnt (lu supplice.
Il est entré d ma la Révolution par la porte <le> sacristies, comme un missionnaire allant au-devant de la cangue en Chine; et il y apportera une ardeur cruelle, des besoins d'excommunier les mécréants, de flageller I ie lied is — quitte à ôtre, lui-môme, percé de il elies, etcrucilié avec les clous sales de la calomnie !
Lisant tous les jours son bréviaire rouge, commentant, page par page, sa nouvelle I N ms, préparant la béatification de l'Ami du peuple et de
298 l'insuro~
l'Incorruptible, dont il publie les sermons révolutionnaires et dont il envie tout bas la mort.
Ah! qu'il voudrait donc périr sous le coup de couteau de Charlotte ou le coup de pistolet de Thermidor I
Nous bataillons quelquefois là-dessus.
Je hais Robespierre le déiste, et trouve qu'il ne faut pas singer Marat, le galérien du soupçon, l'hystérique de la Terreur, le névrosé d'une époque sanguine !
Je joins mes malédictions à celles de Vermorel, quand elles visent les complices de Cavaignac dans le massacre de Juin, quand elles menacent la bedaine de Ledru, la face vile de Favre, la loupe de Garnier-Pagès, la barbe prophétique de Pelletan... mais, plus sacrilège que lui, je crache sur le gilet de Maximilien et fends, comme l'oreille d'un cheval de réforme, la boutonnière de l'habit bleu barbeau où fleurit le bouquet tricolore, le jour de la fête de l'Être^suprême.
Dire que c'est pour cela peut-être que, sans le dire ou sans le savoir, Vermorel défend le tueur d'Hébert et de Danton !... parce que les défroqués ne font que changer de culte et que, dans le cadre de l'hérésie même, ils logent toujours des souvenirs de religion ! Leur foi ou leur haine ne fait que se déplacer; ils marcheront, s'il est utile, comme les
ésuites — leurs premiers maîtres I — par (1rs min- de . au but qu'ifs ont JOI •
U aurait fallu qu &} naquit dans un Qua
f^ngt-tri ise. Il était cap ibl • d' tre le )uint
d'une papauté sociale. Au fond, il rôte la dictature, aaigre qui e-t venu trup tard ou trop tôt dans un monde trup lâche!
Parfois une rancœur lui prend.
pour ceux qui ont cru au ciel, souvent la terre est trop pelite ; et, ne pouvant frapper ou être frappés sur les marches de quelque Vatican <!•■ faubourg, en plein soleil, ils se dévorent les points dans l'ombre, rteurs de la chaire! Ayant ruminé la vie éternelle, ils agon douleur dan- la vie étroite
et misérable.
Le spleen i - • •■<• la „'!outonnerie d'un cane la pi ils croyaient avoir une âme, et fait
monter la nausée 'i;i dégoût jusqu'à leurs nnines, qui palpitèrent aux odeui 115. Faute de ce
parfum, il leur fallait le parfum de la . or,
l'air n'est chargé que de torpeur et de couardise ! Ils tent que! ncore; un beau soir,
il- avaient du poi • r connue les I
— qui n'ont pas d'âm
qu'il 1 rut, lui, jadis !
lieue, illa|, su. lent édi-
3C0 l'insurgé
teur, marchand de livraisons, romancier, courriériste du Quartier-Latin, lâchant un livre sur Bullier, fondant une gazette de semaine, puis écrivant un roman : Desperanza. Son activité a mordu à tout, et s'y est cassé les dents. Alors, il a acheté une drogue qui tue, a voulu mourir... puis s'est cramponné à l'existence, ayant rendu un peu de sa tristesse dans le vomissement de l'arsenic.
On dit que l'amour a été pour quelque chose dans celte tentative.
L'amour, non 1 — Une femme, peut-être.
Ce vouleur terrible, ce travailleur à outrance, se bat nuit et jour avec une créature qui est sa compagne de foyer et de lit!
Sa tête, faite pour les grandes blessures, — plaie de barricade ou saignée d'échafaud! — se montre quelquefois griffée et ridicule. Une mégère le tient sous ses ongles et l'escorte de ses injures, en pleine rue.
11 doit se passer chez lui des scènes affreuses : la gouvernante de cet abbé laïque l'assassine à coups d'épingle. Il aime peut-être cet envoûtement, ayant la nostalgie du cilice entrevu, la soif du vinaigre — offert au bout d'un balai de ménagère, faute de la lance du Golgotha !
Il n'a jamais entendu frissonner une source, jamais regardé babiller un oiseau — portant son ciel
en soi, jamais il n'a contemplé l'horizon pour y suhre une nuée folle, une étoile d'or, le soleil mourant.
N'aimant pas la terre, il s'irrite de m'y voir enfoncer mes pieds, comme si je transplantais un arbre, Chaque fois que je trouve une prairie qui ressemble à un lambeau de Farreyrolles.
Il n'admet le sol qu'à la façon d'un échiquier sur lequel il y a des fous à conduire, des cavaliers à désarçonner, des rois à faire mat. 11 ne voit les fleurs que b] elles sont dans la gueule des fusils, avant le tir; et il écoutera le bruit des feuilles quand il en poussera aux hampes des drapeaux !
Aussi me mépri^e-t-il. Il me tient pour un poète et m'appelle un rainéant, parce que j'écrivais mes articles, môme de combat, la-bas, à la campa, dans un bateau, au fond d'une crique sous les >aules, et que le soir je restais, les coudes à la fenêtre, devant un champ où il n'y avait, pour faire relief dans l'ombre, que le squelette d'une charrue — dont le soc jetait parfois, sous la lune, des éclair9 de hache.
Combien ils sont plus simples, ceux qui sont du peuple pour de bon I
Ranvier. Un long corps maigre au haut duquel
plantée, comme au bout d une pique, une tête livide, qu'on croirait coupée s'il baissait les paupières.
Cette tête-là semble avoir déjà perdu tout son sang, le long du mur aux fusillades ou dans le panier du bourreau; les cheveux même retombent comme la chevelure emmêlée d'un supplicié ; les lèvres sont blanches et gardent, au coin, la moue de détente des agonies.
Telle est, au repos, la physionomie de Ranvier — destiné par sa précoce pâleur au martyre, portant d'avance la marque d'une vie de douleur et d'une fin tragique !
Mais qu'il ouvre la bouche et qu'il parle, un sourire d'enfant éclaire son visage et la voix, éraillée par la phtisie, est sympathique, avec son reste d'accent berrichon et son arrière-goût de lutrin. Il a dû entonner les vêpres, dans son village, quand il était jeune, car il a conservé un peu de la mélopée du répons, au fond, de sa gorge brûlée par l'air vicié des villes.
Il a été petit patron ; la faillite lui a mangé ses quelques sous. Il n'en parle jamais, capable de croire qu'il a entaché le blason du parti — mais la blêmeur qui lui enfariné la face est peut-être venue le matin où le syndic a prononcé la déchéance.
Ceux qui le connaissent savent qu'il en souffre...
mais combien savent également qu'il a été et qu'il est homme de bien el d'honneur!
bre, lni\ rops — le grand, cadavre! —
pour trinquer avec les buveurs de vin; mangeant rit t ! pour laisser sa part aux autres; pouvant à peine, en passant les Doits, arriver a nourrir six enfants qui poussent autour de lui, sans mère.
Kilo est morte, après avoir été l'éducatrice de son mari — femme de cœur vaillant a qui les petits qui sont là doivent une éternelle reconnaissance pour son dévouement; et aussi, peut-être, l'éternelle déie, pour le levain de colère sociale qu'elle fit fermenter dans leur cœur, leur prêchant la solidarité avec les humbles el le droit de révolte des meurtris, même du haut de son grabat d'agonie!
Dimanche, 51 mal.
La dernière séance avait été chaude. Trois memi>. de la minorité s'étaient présentés pour déclarai qu'avant tout ils voulaient la lotte sans merci contre l'ennemi, et qu'ils revenaient BUr leur résolution de ne pas reparaître à l'Hôtel -de- Ville si le peuple pouvait croire Que leur colère contre le Comité de Balai Publie n'était qu'un prétexte à im; lei responsabilité- sanglant
Ab ! mieux vaut sombrer sous le pavillon lait les guenilles de 93, mieux vanl accepter une d ture renouvelée du déloge el qni nous a paru une insulte à la révolution nouvelle, mieux vaut tout ! — que paraître abandonner le coml
ri la paix s'eal Faite; on l'a signée verbalement, et sur un coup de canoç qui a, soudainement, fait trembler les vitres et rail sauter le- cœu daté
à l'improviste, et a retenti formidable et lugubre i La main dans la main, camarades!
Aujourd'hui, la séance est plus solennelle encore.
Pour sceller la réconciliation d'avant-hier, on vient de nommer président Vingtras, celui dont le journal a été l'organe des dissidents depuis le commencement de la lutte.
Et ceux de la minorité qui, comme Tridon, avaient mis leur courage à ne pas venir, restant fidèles quand même à la résolution votée, ceux-là ont, cette fois, regagné leur place, parce qu'il est écrit, dans la Déclaration blâmée par les faubourgs, que s'il y avait, un jour, à juger l'un des nôtres, on rendrait la justice tous guidons réunis, toutes haines éteintes, dans la salle de la Commune repeuplée et érigée en tribunal suprême.
Or, Cluseret, l'accusé, va être amené.
Le voici ! Son sort va se décider.
Qu'a-t-ondit?...
Les rancunes se sont apaisées, les défiances assoupies.
On devine que la liberté est au bout du débat, mais il se déroule imposant! Les orateurs sont réfléchis et l'auditoire muet.
A ce moment, une porte s'ouvre, celle par où en-
trent d'ordinaire lés membres du Comité de Saint public, ci I îi 1 i !■ tr.iy apparaît.
Il demande la parole.
— Qtiahd Termorél aura terminé, ai-je répondu.
— Il s'agit d'une communication à faire à l'Aslèinblée... d'une communication des plus graves !
— Parles!...
Il lit le papier qu'il tient à la main. Cééf une dépêche de Dombrowski :
« Les Versaillais viennent de forcer l'entrée... »
Comme une nappe de silence!
Cela a duré le temps pour chacun de faire adieux à la vie!
Il m'a semblé, à moi, que tout mon sang descendait vers la terre, tandis que me< yeux devenaient pins clairs et plus grands dans ma (ace pâlie.
Il m'a semblé entrevoir loin, bien loin, une silhouette grotesque et défigurée. Je me suis \u couvert de bonel
Oh! la peur de la torture n'y est pour rien! mais pour rien 11 — C'est mon orgueil qui râle. Vaincu I
tué! '«vaut d'avoir rien lait!...
une -et- ibré l'esprit.
Présid 'ni de l'agonie de la Commun , c imment
le -lis il,' j , mort ;
Laissant le silence planer — le temps de monl
à l'histoire que le calme n'avait pas déserté les âmes à la nouvelle de la défaite et devant les premières affres du supplice — j'ai repris d'une voix que j'avais armée de sérénif^, en m'adressant à Gluseret :
— Accusé, vous avez la parole pour vous défendre!
Il me semble que c'est bien de finir sur un mot de justice, de paraître oublier tout le danger pour ne pas retarder un verdict d'où dépendent l'honneur et l'existence d'un homme.
C'est fini. — Acquitté 1 La séance est levée!
Je vais à mon banc chercher des paperasses qui traînent, et sur lesquelles j'avais griffonné les premières lignes J'îin article pour demain.
Demain!
Je m'imagine que nous n'avons plus que quelques heures devant nous pour embrasser ceux que nous aimons, bâcler notre testament, si c'est la peine, et nous préparer à faire bonne figure devant le peloton d'exécution.
Corrompu que je suis! Je voudrais dîner royalement avant de partir! Il m'est bien [tennis de me gargariser la gorge et le cœur avec un peu de vin vieux, avant qu'on me lave la tête ou qu'on me rince lea entrailles avec do plomb !
La Commune ne ser.i p:is perdue pour si peu !... Et j'aur.ii eu la veine de Unir comme an viveur,
après avuii' vécu COI 6 un meurt tle l.iiiu!
— Madame Lavenrl une bouteille de rtoits, du
boudin aux pommes, une frangipane de quarante sous —j'en emporterai! — et des confitures de la grand'mère, de celles-là, en haut, sur l'armoire, vous savez!... Messieurs, à votre santé!
J'ai bien traîné là une heure. J'ai trouvé le Bourgogne si chaud, le boudin si gras, et la frangipane si sucrée !
— Encore un verre de fine?...
— Ah! mais non! Pas la caboche lourde! Je jette la serviette et prends mon chapeau. Avec Langevin, nous filons du côté où l'on nous
dit qu'est Lisbonne.
Porte de Versailles.
— Présent, colonel 1
— Tant mieux ! Les trente sous seront contents de voir d^s gouvernants à côté d'eux. Tout est en ordre, mes mesures sont prises, et comme je tombe de fatigue, je vais piquer un somme dans ce coin. Faites-en autant, croyez-moi ; mieux vaut ne pas s'esquinter d'avance.
Nous suivons le conseil, et nous noss é^ndont chacun sur une vareuse, avec une giberne pour oreiller, pas bien loin d'un lit où est allongé, hideux dans son costume bleu de ciel, un turco, l'ordonnance de Lisbonne, qui hier à été mis en capi-