‹ L'insurgé, 1871Chapitre 3 sur 21 · I.'INM ROÉ · texte numérisé non relu

I.'INM ROÉ

Panthéon, où tu iras dormir un jour si tu deviens un ad homme, m'a dit, en ricanant, Arnould, qui est vnui me voir.

Je ne crois pas au Panthéon, je ne rêve pas le titre de grand homme, je ne liens pas à être immortel après ma mort — je tiendrais seulement à vivre de mon vivant!

Je commence à y arriver, mais il fait encore bien sale et bien triste sur le chemin.

La femelle d'a-côté b'est enhardie; elle se soûle, maintenant, et amène des hommes qui boivent avec Bile.

Un jour, un de ce pochards a refusé de cracher au bassinet et a voulu la battre; elle a appelé au secours.

C'est moi qui ai tordu le poignet de l'ivrogne — il avait ramassé un couteau sur une assiette à fromage, et allait frapper le ventre de la femme. Je L'ai poussé jusqu'à la porle de l'allée, que j'ai refermée sur lui, et contre laquelle il a cogné plus d'un quart d'heure, en criant : « Viens-y donc, le mangeur de blancl »

Du coup, on a chassé L'institutrice « qui pavait bien, tout de même, depuis deui semaines ■ a dit la

lise avec une niianee de regret. Et il n'y a (dus

que les ramiers qui s'aiment et font leur

Tant nia fenêtre, ne lr.uiv.uit plus de pain sur l'autre.

Mon travail n'avance guère, puni Luit. C'est

qu'aussi il gèle dans cette chambre, et qu'il est long à faire flamber, mon tas de houille I Je grelotte, en brûlant des allumettes, et si j'ai le courage de m'asseoir devant ma table, sans feu dans la cheminée, peu à peu le frisson vient et la pensée s'en va.

J'ai longtemps réfléchi. Je suis allé à Sainte-Geneviève chercher, dans les livres, des procédés d'allumage qui puissent me sauver des longues stations en chemise, devant le foyer plein de fumée et non de flammes, avec la fraîcheur du matin sur mes jambes nues.

Mais j'ai échoué, et le vent est au nord. Je ne fais rien depuis huit jours — que prendre des notes au crayon,, en sortant à peine mes bras du lit.

J'ai essayé d'aller écrire à la Bibliothèque. Mais, si j'ai trop froid ici, là-bas j'ai trop chaud. Mes idées s'amollissent et se décolorent, comme la viande rouge au fond de la marmite, dans cette atmosphère d'une moiteur pesante, et je roupille sur mon papier blanc. Un invalide vient me réveiller insolemment.

N'arriverai-je donc pas à attaquer mon livre avant le printemps ?

Eh bien! si! Je ferais plutôt faillite! Je sors de la maison Dulamon et Cle, à laquelle j'ai été présenté par un ancien collègue de mon père, qui vend du latin aux enfants.

Nous avons fait marché pour une robe de chambre puchon, '"i delière et traîne, en draj VL-iil. On doil un- la livrer dam une semaine, contre moitié — prii convenu, l'autre moitié payable à la

lin du mois prochain. En tout : soixante Ira:.

Je flâne jusqu'au jour de la réception.

La voici!

— Prenez vos trente francs !

L'homme les a empochés, et a filé. Moi, je me carre- dam mon froc de lai

Ah ! bourgeois qui l'avez taillé, mercier qui l'ave/ rendu, vous ne savez ;> i- ce que vous venez de faire! Vous venez do donner une guérite à la sentinelle d'une armée qui vous en fera voir de dures !

Si celle houppelande n'avait point élé bâtie, je

lAchais pied, peut-être, en race de l'aire ooirje lu

icée,je jetais le manche après la cognée — je n'écrivais pas mon livre 1

Le moment de l'échéance approche! Nous sommes au 11, c'est pour le 30!

l'ti profité de ce que c'était dimanc • ce

que je n'alUil pas au bureau, pour mettre la ilermain à mon ouvrage, et acherer de recopier.

Vite,, reli ni\, dei ipii

Il faut retrancher ceci, ajoul

l'ai jeté de L'enci s de tous loi côt eut ers sont comme de» bandeaux de taffetas noirs

sur l'œil, ou comme des bleus sur le nombril! Je me suis coupé avec les ciseaux, piqué avec les épingles ; des gouttelettes de sang ont giclé sur les pages — on dirait les mémoires d'un chiffonnier assassin !

C'est que le mercier n'attendra pas ! Il ira me relancer à la mairie, montrera mon billet, criera, et je serai destitué. Car je suis un fonctionnaire, maintenant, et je dois faire honneur à ma signature, sous peine de compromettre le gouvernement, qui ne me donne pas quinze cents francs par an pour que je vive en bohème.

Il est trois heures J'entends carillonner les vêpres. Pas un bruit dans la maison — que la toux d'un poitrinaire qui finit de cracher son dernier poumon.

Ohl que c'est affreux d'être obscur, pauvre, isolé!

Le quart, la demie !

J'étais resté la main sur mes yeux pour les empêcher de pleurer. Mais il ne s'agit pas de rêvasser. Et ma dette !

Il s'agit de me rendre chez le rédacteur en chef du Figaro, de pénétrer dans son foyer. On ne le trouve pas au journal, à la sortie du bureau, pendant la semaine ; et, d'ailleurs, on n'écoute guère les inconnus, dans ces endroits-là.

Me recevra-t-il ? n'est-ce point son jour de repos ? On dit qu'il aime ses enfants, et qu'il veut les embras-

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