INTRODUCTION XIX
eflorts de l'intelligence mêlée aux sens pour suppléer l'idée pure, pour simuler l'intuition directe du réel.
Le concept abstrait n’est donc pas la saisie immédiate d’une essence intelligible, mais c’en est limitation inconsciente ; C'est un artifice humain pour donner aux choses matérielles, par l’épuration des données sensibles, une certaine apparence d'être des Réalités spirituelles. Le Jugement certain n’est pas l’expérience d’une semblable réalité, mais c’est le mode humain d’affirmer intrépidement la valeur absolue de l'intelligence, et son aptitude à percevoir ces suprêmes entités. Le dogme, enfin, n’égale pas le fait divin qu'il traduit en termes d'homme, mais, si on ne lui reconnaissait qu'une valeur de symbole utile aux mœurs, on mentirait à la nature de l’intelligence : celle-ci, étant le sens du réel, se refuse à reconnaître un Cordre moral » étranger à l’ordre ontologique; elle ne peut distinguer, au fond, jugements de valeur et jugements d’être.
L’intellectualisme métaphysique garantit donc la valeur de ces abstractions et de ces assertions, idoles de l «intellectualisme » ordinaire. Il ne les adore pas : il les méprise et les protège, en attendant mieux: Comment S. Thomas, avec ses principes sur l’intellection idéale, exalterait-1il la raison humaine comme tout ce qu'il y a au monde de plus excellent ? « L'homme, dit-il, « ne possède pas l’intellectualité comme son bien propre « et sa nature ; il n’en a, comparativement à l’intellec- « tualité des anges, qu'une étincelle, une petite partici- « pation!». L’intellection, en nous, n’est jamais parfaite et
1.2 d.3 q.1 a.2et2 d.39 q.8 a.1.— Les abréviations employées pour citer S. Thomas sont expliquées à la fin du volume.