XX INTRODUCTION
pure, puisqu'elle ne peut s’exercer, comme souvent il le répète, « qu'à l'ombre de l’espace et du temps ». Et notre droit d'affirmer est nécessairement restreint à un nombre assez modeste de propositions sûres, géné qu'il est par notre mode de concevoir.
Aussi, loin que S. Thomas prétende faire rentrer tout l'être dans ce moule rigoureux qu’impose à notre intellection la substance étendue (qui est son objet proportionné ici-bas), son ontologie, au contraire, est caractérisée, entre tous les systèmes scolastiques, par l'affirmation des entités qui échappent à ce moule. Il affirme les formes pures, où la nature se multiplie avec l'individu, parce qu'elles sont supérieures à l’espace. Il affirme la « puissance pure », qui « est », et qui pourtant n'est pas son acte, — et c'est pour lui le premier pas dans la métaphysique, d'accorder la possibilité de ce y» & qui soit pourtant ë& rus. Il s'élève avec force contre ceux qui, transformant les accidents en masses matérielles, pervertissent la notion de qualité !. Mais il enseigne que la condition terrestre de notre entendement, telle qu'elle se reflète en notre langage, nous impose ces déformations animales, et que, si nous pouvons les condamner par la réflexion, jamais pourtant ici-bas nos conceptions ne s’en pourront défaire. « Solidifier », c’est donc pour lui la tare essentielle de notre raison, mais c’est la condition nécessaire de son exercice.
Et, de même, s’il affirme bravement ce qu'il croit percevoir avec certitude, il sait que nombre de problèmes nous sont insolubles, et qu’on s'expose à courir après des ombres quand on cède à l'amour de systéma-
1. Voyez V. i. C. 41, in 5 Met! 7, in Met. 1 ete chapitre 24 de notre 2me partie. Comparez encore la théorie thomiste de la priorité réciproque des causes. Ver. 28. 7. etc.