XVIII INTRODUCTION
qu’elle est capable d’étreindre Dieu en cette sorte; et, pour s’en faire une idée correcte, il faut comprendre que son rôle est de capter des êtres, non de fabriquer des concepts ou d'ajuster des énoncés.
Des idées exposées dans ce livre, c’est la plus importante, et celle que j'aurais voulu mettre dans une plus vive lumière. Tout le reste en découle.
La coïncidence de Réalité spirituelle et d’Idée fait voir que l'obtention de la réalité suprême s'opère formellement par l'intelligence, et que la fin même du monde, c’est l’acte le plus noble de l’esprit, la vision de Dieu. Or, toute la religion gravite autour de la vision béatifique. L'on voit donc disparaître, comme une simple tonoratio elenchi, l'illusion de ceux qui croient que la la philosophie religieuse, dans le système intellectualiste, n’est qu'une pièce rapportée.
Si c’est l'intelligence qui saisit Dieu tel qu’Il est, Dieu n'étant pas seulement volonté sainte, mais encore nature souveraine, et source essentielle de tout l'être, c’est aussi l'intelligence, par une conséquence nécessaire, qui saisira l'être créé tel qu'il est en soi. L'intelligence, disions-nous, est le sens du réel parce qu’elle est le sens du divin. Cette conception explique et justifie l'attitude de S. Thomas vis-à-vis de l'intelligence, telle qu'il la considère dans son exercice terrestre et dans son mode humain.
Car il la rabaisse, comme nous dirons ; mais il est forcé par ses principes de reconnaître à ses opérations d'ici-bas une valeur imprescriptible en tant précisément qu'elles participent de l’intellectualité. L’abstraction et l'affirmation humaines sont justifiées parce qu’elles sont, dans un monde inférieur, l’exercice naturel d’un être qui, malgré tout, est esprit ; parce qu’elles sont des