INTRODUCTION XXI
tiser. Il ne renonce pourtant pas à appliquer à toute matière ses syllogismes ; il trouve un biais, et nous aurons à étudier ces systèmes de raisonnements probables, dont les points d'attache sont, comme il le dit luimême, « en dehors de la nature de l'être », dont le canevas est fourni par l’activité ordonnatrice de l’esprit, et dont le philosophe médiéval ne craint pas de se servir pour combler les lacunes de sa science certaine. Comme le même appareil syllogistique sert de cadre aux deux sortes de raisonnements, les certains et les probables, on s'expose à d’étranges méprises quand on veut mettre sur la même ligne tout ce que S. Thomas avance là où il néglige de qualifier expressément son aflirmation. Ici, il écrit que la pensée de l’ange n’est pas identique à son être : c’est une assertion métaphysique capitale, d'une certitude absolue ; à la page suivante, il déclare que les anges ont été créés « dans le ciel empyrée » : et c'est à peine s’il accorde à cette proposition plus de consistance rationnelle que ne ferait un écrivain moderne s’il nous contait que les Séraphins planent dans «l’azur » ou dans « le bleu ». Que cette manière de procéder nous étonne, au premier abord, et nous déroute, c’est possible. Mais voici du moins un résultat qui demeure s’il faut, en cette matière, reprocher quelque chose à S. Thomas, c’est moins d’avoir affirmé sans être sûr, que d’avoir systématisé pour le plaisir, avec la conscience bien nette de ne pouvoir affirmer.
Aïnsi, ni la griserie de l’abstraction ni l’intempérance de l'affirmation ne caractérisent ce philosophe; et c’est précisément son idéal très haut de l'opération intellectuelle qui l’a fait dédaigneux du concept et réservé dans ses jugements.