XXII INTRODUCTION
Est-ce à dire que, dans sa pratique, il n’ait jamais sacrifié à ces illusions que condamnaient ses principes ? Ne pas le reconnaitre serait fermer les yeux à l’évidence. Il a donné, çà et là, trop d'importance aux formules ; il a trop substitué, dans ses explications de textes, la finalité consciente au mécanisme historique de la psychologie ; il tendait à concevoir toute perfection, même dans le monde des êtres corruptibles, comme une constance et comme un repos !. Tout cela, sans doute, a son principe dans une fascination inconsciente du mode de penser conceptuel. L'on pourrait, de ce point de vue, étudier son « intellectualisme », et déceler, dans ce que j'appellerais le matériel de sa doctrine, l'influence des préjugés quantitatifs qu'il critiqua. Un pareil travail, si l'auteur était soigneux, serait peut-être instructif et, s'il était spirituel, ne manquerait pas d’être amusant. Mais il nous semble que la portée historique en serait courte, parce qu'une doctrine déjà ferme arrétait ici S. Thomas sur la pente, et qu’il n’est pas, en cette matière, particulièrement représentatif.
Au contraire, en prenant comme principe la valeur suprême de l’acte intellectuel, nous avons conscience d’avoir mis au centre ce qui était central pour S. Tho-
1. Nous aurons occasion de revenir plus loin à deux des points mentionnés ici, et de montrer comment, dans sa théorie de la spéculation humaine, $S. Thomas, restreignant inconsciemment la largeur de ses principes, a semblé parfois vouloir réduire aux formes rationnelles tout l'exercice spéculatif de l'esprit humain (voir les chapitres 3e et 5e de la 2e partie). — Quant à l’identification trop hâtive d’une idée avec une formule définie, on en peut trouver un exemple dans les discussions de l’opuscule 18e, de Forma absolutionis.