INTRODUCTION XXIII
mas. Quelle puissance est plus noble, l'intelligence ou la volonté ? Par quelle puissance l'être créé possède-t-il l'Infini, par l'intelligence ou par la volonté ? C’étaient là des problèmes que se posaient explicitement les Scolastiques, et, en même temps que leurs réponses à ces questions les classaient en intellectualistes et volontaristes, elle étaient éminemment caractéristiques de leurs systèmes, parce qu’elles décidaient, pour eux, de la nature de Dieu, dont tout dépend !. Il y a en Scolastique une question principale, on pourrait presque dire une question unique, c’est celle de la conquête de l’être. C'est en abordant les penseurs du moyen âge par ce côté, qu’on arrivera à les comprendre tels qu'ils furent ?.
C’est donc la doctrine de S. Thomas sur la valeur de l'intelligence pour la conquête de l’être qui fait le propre objet de cette étude. Ne me proposant point d’atténuer le thomisme pour le rendre acceptable à la pensée contemporaine, mais de le faire comprendre tel que son auteur l’avait conçu, je le critiquerai exclusivement en partant de ses propres principes. Pour la même raison,
1. Scot pense, contre S. Thomas, que la possession de Dieu s'opère formellement par la volonté (voir plus bas, p. 44, n. 1). Ilest, dès lors, conséquent avec lui-même en niant la parfaite coïncidence de l’ordre intelligible et de l’ordre réel : c’est le sens de sa fameuse distinction formelle ex natura rei. Parce que la notion thomiste d’intellection possédante et d’immanence intellectuelle lui manque, il tend à se représenter toute connaissance sur le modèle de notre conception : c'est ce qui explique ses théories sur l’univocité de l'être, et sur la connaissance humaine des attributs divins. Si nous définissions l’intellectualisme par la tendance à égaler tout le con-
naître au connaître humain, nous devrions dire que Scot est plus intellectualiste que S. Thomas.
2. Les « volontaristes » médiévaux attribuent à la volonté cette acquisition de l'être par transformation en lui qui est, pour S. Thomas, le partage de l'intelligence. Voir, outre les textes de Scot cités plus bas, Henri de Gand, Quodlibeta. I. 14. (Venise, 1613), et Mathieu d'Aquasparta : Quaestiones disputatae de cognitione, q.9, ad 9. (Quaracchi, 1903, pp. 407-408).