XXIV INTRODUCTION
je suivrai un ordre d’exposition analogue à celui des Scolastiques, c'est-à-dire & priori, et inverse de leur ordre d'invention. Une première partie expliquera donc la notion de l’éntellection en soi, et comment elle est, pour $S. Thomas, essentiellement captatrice d’être, et non fabricatrice d’énoncés. Une seconde partie jugera, sur cette règle, la valeur de la spéculation humaine, c’est-à-dire des multiples opérations par lesquelles notre esprit, privé presque entièrement d’intuitions, mais aidé des facultés sensibles, s'efforce 1ci-bas de feindre et de suppléer la perfection qui lui manquê, suivant le principe pris d’Aristote : Quod non potest fieri per unum, aliqualiter saltem fiat per plura. Les succédanés naturels de l’intellection pure sont le concept, l’appréhension du singulier, la science, le système, le symbole {. La vie contemplative, telle que leur exercice nous la procure, serait tout ce qu'il y a de meilleur sur terre, si Dieu, par un excès d'amour, n'avait promis à l’homme une vision plus sublime que toutes celles où son désir naturel pouvait aspirer. Il en résulte un renversement des valeurs accidentel et transitoire ; car, en attendant le Ciel, c’est la foi qui nous fait vivre, et cette foi, qui nous prépare à une vie d’intellectualité plus exquise, courbe notre raison sous le joug pénible de l’autorité. Donc, sur terre, les valeurs humaines ne sont pas directement intellectuelles, mais morales. C’est ce qui oblige, dans une troisième partie, — l’Intelligence et l'action humaine, — d'examiner, en peu de pages et par manière de complément, quelle est la valeur de l'élément intellectuel dans ce dyna-
1. I n'y a pas lieu de consacrer au jugement une étude spéciale, parce que le résidu qui lui appartient en propre, c'est-à-dire la simple affirmation d’une existence, n’a aucune valeur de spéculation pure.