‹ L'Intellectualisme de Saint ThomasChapitre 2 sur 100 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

d'un mot en l’approfondissant, et, réduisant à l’unité les notions disparates qu’il recouvre, de montrer, dans un sens auquel tout le monde ne pense pas, la raison secrète de ce que tout le monde dit? Ce n’est plus vouloir réformer l'usage, c’est travailler pour la clarté.

Il arrive, en effet, que le langage usuel, trompé par une ressemblance de surface, entasse sous un même mot des éléments incompatibles, et en vienne ainsi à installer, dans la notion que ce mot représente, la contradiction même. Or, plus la doctrine d’un penseur est haute, subtile et complexe, plus elle est riche -en conséquences variées qui ne s’harmonisent qu’en paraissant se contredire, plus facilement on s’accordera à lui choisir pour son étiquette un de ces termes commodes, souples et changeants. Il en résulte une étrange confusion dans la dispute. Mais la cause même du mal en contient le remède. Car en pareil cas, l’on a bien des chances d’arriver, en précisant opiniätrément cette notion vague, à dévoiler ce que la pensée de l’auteur a de plus pur, de plus intime, de plus original et de plus délicat, parce qu’on dévoilera justement l’idée dont tous avaient pressenti la valeur suprême, mais qu'une analyse exacte n'avait pas encore déterminée.

On parle souvent de l’intellectualisme de S. Thomas. J'hésite à transformer en reproches définis ce qui n’est souvent que l’indistincte expression de profondes antipathies instinctives. Je crois pourtant qu’on vise, en général, comme le trait dominant — et le vice radical — de sa philosophie, cette double habitude : l’idolâtrie de l’abstraction et l’intempérance de l'affirmation. Parfois cependant l’on mentionne, mais sans paraître y attacher grande importance, sa théorie de la primauté de la contemplation.

Page 1