‹ L'Intellectualisme de Saint ThomasChapitre 24 sur 100 · PREMIÈRE PARTIE. — L'INTELLECTION EN SOI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — L'INTELLECTION EN SOI

« seule chose : son essence, par laquelle il connaît tout, «est participée, dans les intelligences créées, d’une « manière inférieure et moins simple !. » Aucun des esprits créés n’est la ressemblance universelle de tout l'être, cette ressemblance unique et parfaite étant nécessairement infinie : donc, chacun d'eux connaît par plusieurs idées. Mais « plus une substance séparée est « sublime, plus sa nature est semblable à la divine, et « par conséquent moins contrainte, et plus proche de « l'être universel, parfait et bon. : done les similitudes « intelligibles, dans une substance supérieure, sont « moins nombreuses et plus universelles » ?, non par généralisation, mais par condensation, comme nous dirons dans la suite. Moins l’être s’éparpille en pensées multiples, plus sa vie est intense.

Mais plus sa vie est intense, moins elle est restreinte en soi. En reprenant la série des êtres finis énumérés ci-dessus, nous pourrons nous convaincre que la seconde des perfections requises, la possession de l’autre, loin d'être opposée à l’immanence, croit, au contraire, et décroît avec elle ?.

Il suffit d’un peu de réflexion pour dépasser l’opposition vulgaire d'action et de pensée; il en faut davantage pour concevoir que la pensée est, en soi, la plus agissante et la plus puissante des actions. Cette manière de voir était naturelle à S. Thomas, pour qui l’action était

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perfection en tant qu’elle était, non pas mouvante, mais possédante, en tant que, émergeant du mouvement, qui est dissemblance et potentialité, elle fixait son sujet dans la constance extra-temporelle de l'acte. Cela posé, il concluait vite que la possession de l’autre s’opérait plus pleinement par l’idée que par n'importe quel contact matériel, et requérait l’immanence comme condition de sa perfection.

Sans doute, avoir, posséder, saisir, tenir, tous ces mots sont empruntés à l'exercice de nos pouvoirs corporels ; il semble à première vue que les appliquer à l’opération intellectuelle, ce soit les vider de leur sens vrai et plénier pour décrire une ombre d'action ou de possession s’exerçant sur une ombre d’être. — Mais, si l’action dit passage d’un être à un autre, elle est, en conséquence, d'autant plus parfaite qu’elle atteint plus pleinement l’autre comme tel, c’est-à-dire dans l'intimité, la totalité, l'unité de son être, d'autant plus imparfaite qu'elle en laisse davantage (Ens et unum convertuntur). Or, rien n’est plus abstractif qu'une action matérielle : rien donc n’est plus impuissant et plus borné. Un cantonnier casse des cailloux, un chien renverse une corbeille ou embrouille une pelote de fil, un bœuf écrase une fleur : ces actions ne font qu'altérer l’être, elles l’atteignent par un de ses modes, exclusivement, donc abstractivement, aucune ne l’envahit tout entier, ne le pénètre, ne le conquiert. Le sujet agissant visait, par son action, à se soumettre l'être, à s’en enrichir, à l'informer de soi : il ne réussit, par l’action matérielle, qu'à transformer par quelqu'une de ses puissances quelqu'une des qualités de l'autre, il ne l’atteint pas dans son fond dernier. La permanence de la matière oppose toujours une résistance passivement tranquille à la bête

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