‹ L'Intellectualisme de Saint ThomasChapitre 27 sur 100 · PREMIÈRE PARTIE. — L'INTELLECTION EN SOI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — L'INTELLECTION EN SOI

lation des deux qualités d'extension enrichissante intellectuelle, et d'immanence

En effet, si la puissance intellectuelle est essentiellement conciliatrice des contraires !, si sa nature est de pouvoir devenir tout, son idéal sera d'intégrer simultanément tout le perçu dans une idée commune. Si telle idée ne représente pas à tel esprit l’autre dans sa totalité, la convenance de sa nature exige qu'il nait pas la conscience à jamais obstruée par une représentation, mais qu'il trouve toujours dans son indétermination intrinsèque de quoi former, soit des unités nouvelles complémentaires, soit des unités plus larges qui réunissent la perception présente et celles même qui s’y opposeraient ?. L'unité représentative, (proportionnelle à l’immanence dont la perfection consiste, comme nous l'avons vu, en l’indistinction de l'essence et de l’idée), est d’ailleurs condition essentielle de l’idée : celle-ci étant le second moi, le moi pensé, doit être une comme le moi pensant, son susceptible propre, auquel elle est momentanément identique %. — Donc, la force d’une

1. Cela est vrai pour le sens, mais sans simultanéité : la pupille voit le blanc et le noir, mais non pas secundum idem. L'intelligence, elle, connaît les deux contraires ensemble, et l’un par l’autre, In Sens. et Sens. 1. 19. — In 9 Met. 1.2. — 3 C. G. 82. 3. Onreconnaît une idée d’Aristote.

2. C’est parce que l’homme désire connaître tout, et qu'il ne le peut faire que successivement, que le changement lui plait dans ses pensées (1a 2ae q.32 a. 2). Dans la pensée divine, au contraire, « immutabilitas consequitur quandam totalitatem... quia omnia simul in uno considerat ». (Mal. 16. 2. 6.)

3. Quodl. 7. a.2. « Quod intellectus simul intelligat plura intelligibilia primo et principaliter, estimpossibile. Cuius ratio est, quia intellectus secundum actum est omnino, id est perfecte, res intellecta, ut dicitur in 3° de Anima. Quod quidem intelligendum est, non quod essentia intellectus fiat res intellecta, vel species eius ; sed quia complete informatur per speciem rei intellectae, dum eam actu intelligit. Unde intellectus simul plura actu intelligere primo,

intelligence se mesurera à l'expansion, à la distension possible de son moi pensé, de son idée, d'autant plus puissante en son genre qu’elle concentrera en soi plus de l’autre, sans perdre son unité. Les plus bas d’entre les intellectuels sont donc ceux qui n’acquerraient leurs idées que par l'impression des objets matériels, puisque, chaque objet matériel n'étant que lui-même, une idée acquise dans ces êtres ne représenterait pas plusieurs objets. Rien n'empêche, au contraire, les esprits d’immanence plus profonde à qui leurs idées sont consubstantielles, de rassembler en une seule présence mentale toute une vaste catégorie d'objets. Nous avons déjà dit que c’est selon le nombre décroissant des idées qu'il faut se représenter les degrés de perfection naturelle chez les intuitifs purs. Et, ajoute S. Thomas, nous retrouvons cela chez les hommes, puisque celui dont l'intelligence est plus haute, peut, grâce à un petit nombre de principes qu’il possède en soi, descendre à de multiples conclusions, où ceux qui sont plus bornés n'arrivent que grâce à diverses inférences, à des exemples, à des propositions particulières immédiatement adaptées aux conclusions !.

Mais, ce qu'il est essentiel de remarquer ici, c’est que, loin d’être en raison inverse, l'extension et la compréhension, dans l’idée intuitive, croissent de pair. L’universalité plus grande des formes idéales, par où connaissent les Anges supérieurs, au lieu d'amener l'indistinction et le vague, est condition de pénétration plus subtile dans l'originalité des êtres. Elle est, disions-

idem est ac si res una simul esset plura ». — Et ib. ad 2 : «Cognoscibilia quae simul cognoseuntur oportet quod accipiantur ut cognoscibile unum numero ». — Cp. Ver 8. 14 et 1 q. 85 a. 4.

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