‹ L'Intellectualisme de Saint ThomasChapitre 29 sur 100 · PREMIÈRE PARTIE. — L'INTELLECTION EN SOI Al · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — L'INTELLECTION EN SOI Al

le concept, lequel suppose, selon la théorie scolastique, une certaine élongation de l'être tel qu’il est, conséquence nécessaire de notre existence dans un corps !, mais dans la prise réelle d’un être, qui nous le fasse présent pourtant à la façon des idées et des principes ?. Autant que nous pouvons juger en induisant de notre intellectualité déficiente, cette possession spirituelle de l'être doit présenter deux caractères : la vivante intimité, telle que nous l’expérimentons dans la perception concrète des actes du moi ; — la clarté, telle qu'elle brille dans l'affirmation des axiomes. Si nous appréhendions l’essence de l’autre aussi immédiatement que notre cogito, aussi clairement que le principe de contradiction, nous participerions à l’intellection type.

Ou, en d’autres termes : Pintelligence ne doit pas être définie faculté de discerner, d’enchaîner, d’ordonner, de déduire, d’assigner les « causes » ou les « raisons » des êtres. Son ouvrage n'est pas de les isoler de leurs entours, mais directement de capter leur en-soi, de s’assimiler l’intime des choses, qui est naturellement supposé diaphane et translucide à l’esprit.

Et si Le vrai, c’est « l'être rapporté à l'intelligence », ce n’est pas dans la liaison immobile de deux concepts que consiste la parfaite vérité; sa notion profonde et dernière est moins « l'adéquation des choses à l'esprit » que la conformité, l'assimilation, l’union de Pesprit avec les choses. C’est infirmité d'intelligence, si l’on ne peut

IN. 2me partie, ch.1 et 2

2. Il s’agit d’un étre au sens plénier du mot, c'est-à-dire d’une substance. S. Thomas dit souvent que l’objet propre de l’intelligence; ce ne sont pas les accidents, mais l'essence ou quiddité, et donc la substance (In 12 Met. 1.5. 208 a. — 3 C. G.56.4—3 q.75a.5 ad 2). Les accidents conçus comme des « quiddités » et considérés

à part, ne sont pas l’objet naturel de l'esprit, pas plus qu'ils ne sont étres à part d’un sujet.

l'atteindre consciemment sans mettre en connexion plusieurs termes, sans « composer et diviser ». La vérité d'un intelligible n’est pas unique et fixe : comme l'union du pensant et du pensé comporte d’infinis degrés d’immanence, selon les puissances spirituelles, différenciées indéfiniment, ainsi la vérité peut toujours croître selon la « limpidité », la « clarté », la pénétration. La connaissance vraie est si peu indivisible, qu’elle est chose essentiellement variable avec la nature du sujet. On peut connaître out un objet simple sans le connaitre totalement, etil faut étre Dieu, c’est-à-dire vérité subsistante, pour pénétrer pleinement, en la posant, l'intelligibilité de l’univers créé. Pour S. Thomas, si un être est progressif, il n’y a pas en lui de notion définitive; s'il est fini, il n’y a pas en lui de notion épuisante. L'indivisible égalité des idées vraies entre elles et avec les choses est une conception qui lui est aussi étrangère que celle du primat du discours !.

1. Sur l’infériorité de la connaissance par « composition et division », c'est-à-dire par jugements, voir les passages où elle est niée de Dieu et des Anges, p. ex. 1 C. G. 58, 1 q. 58 a. 4, ete. — Sur les infinies différences de pénétration, de « limpidité » qui peuvent distinguer les connaissances vraies (et intuitives) d’un même objet, voir tous les passages sur l'inégalité de la vision béatifique (« multis modis contingit.. intelligere Deum, vel clarius vel minus clare », 1 q-/62 a. 9, 1 q. 12 a: 6, etc.), et ceux aussi sur la science de l’âme humaine du Christ. — Quant au concept de vérité, onse rend compte en lisant attentivement l’article classique Ver. 1.1, que si la définition par l’adæquatio est acceptée, elle est expliquée par correspondentia, assimilatio, conformitas. (Cp. Ver. 2. 1 : « Conceptio enim nostri intellectus secundum hoc vera est, prout repraesentat per quamdam assimilationem rem intellectam.… sed... non potest forma per intellectum concepta repræsentare divinam essentiam complete, sed habet aliquam modicam imitationem eius... ») Que si la vérité, chez l’homme, est plus parfaite dans le jugement, parce que là seulement il connaît l’autre comme existant hors soi (Ver. 1. 3), elle n’est absolument pure que dans l'intuition divine (1 C. G. 60, 61, et 1 q. 16 a. 5), et le meilleur

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