PREMIÈRE PARTIE. — L'INTELLECTION EN SOI
On voit déjà combien il est vrai de dire que le point de vue de son intellectualisme dépasse celui de l’universelle explicabilité. Dire que tout est explicable, c’est se contenter d’une certaine adéquation entre la notion et l'être. C’est donc maintenir la dualité de ces deux termes : l’intellectuel et l'intelligible, c’est ne pas décider si l'être, qui est clair pour l'esprit, est tout entier ordonné à l'esprit. C’est en rester au point de vue de l’énonciable et du concept, et supposer, ou laisser possible, quelque action, quelque pratique finale autre que l'intellection. Dire, au contraire, que l’action la meilleure est la prise intellectuelle de l'être, — laquelle doit être distinguée des jugements de fait portés sur telle ou telle de ses qualités, — c’est supposer, si l’on est finaliste, l’universelle intelligibilité !; c’est, de plus, ne reconnaître à quoi que ce soit le moindre droit à l’existence qu'en fonction de l’intelligibilité, et comme objet ou préparation de l’intellection parfaite, en chaque être intelligent, selon la capacité de sa nature. L'esprit est premier, et tout l'être est pour l'esprit.
Si donc à l’universelle intelligibilité ne correspond pas, en fait, l’universelle intellectualité, si le donné renferme du relativement opaque à côté du parfaitement transparent, il est bien entendu que le monde matériel ne peut étre que comme une dépendance, un appendice du monde des esprits. Le vrai but de la nature, c’est
moyen d'en donner une description générale est encore de dire : « Veritas invenitur in intellectu, secundum quod apprehendit rem ut est. » (1 q. 16 a. 5). Il faut avouer, pourtant, que S. Thomas semble souvent la concevoir comme simple exclusion de l'erreur, mais alors, la vérité sera indivisible par définition, et l’idée vraie restera susceptible d’infinies différences : c'est la seule chose qui importe. — (Noter 1 d. 1% q.1 a. 2 sol. 1, où le terme Meier définit l’idée parfaitement compréhensive).