‹ L'Intellectualisme de Saint ThomasChapitre 37 sur 100 · PREMIÈRE PARTIE. — L'INTELLECTION EN SOI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — L'INTELLECTION EN SOI

J'ajoute que cette priseintellectuelle de Dieu que sera la vision intuitive n’est pas assimilable aux autres actions qui nous « rapprochent » de lui, qui nous font l’«atteindre » en quelque manière figurative et inexacte. L'amour de Dieu, par exemple, ou le désir de Dieu, ce n'est pas autre chose qu'une certaine disposition de notre appétit, conditionnée par une perception abstractive de l'intelligence. Mais l’intellection de la substance divine atteint Dieu dans son en-soi, dans la nudité, dans l'intimité de sa nature, comme il peut être atteint et possédé, comme 1l se possède lui-même, #{lo modo quo ipse videt se ipsum. Cette vision est la vraie participation à sa vie, la communion à sa conscience ; étant la vie commune dans une même idée, elle est, entre ces deux intelligents, Dieu et l'âme, le out, l'acte par excellence amical !. Aussi, dès qu'elle est donnée, tout ce qui est Dieu est présent à l'âme. En dehors de ce qu'il a, de ce qu'il est d’intelligible, 1l n’a rien, il n’est rien. — Comment cette assertion ferme, postulée par sa doctrine de l'intelligence et de l’intelligible, est compatible, pour S. Thomas, avec d'innombrables différences de perfection dans la vision de l'essence divine, comment elle laisse intacte l'incommunicabilité de la vision qui est propre à Dieu et compréhensive, si bien que les âmes glorifiées, voyant Dieu «tout entier », ne le voient pas cependant « totalement », c'est ce qu'il explique sans avoir besoin de faire une théorie nouvelle, puis-

voir Dieu, il faut nécessairement reconnaître le rapport inverse. On dirait, dans la langue des scolastiques postérieurs, que nous n'avons pas la « puissance obédientielle » de voir Dieu parce que nous avons la puissance naturelle de connaître la quiddité des corps, mais bien vice versa. — NV. encore, sur certaines assertions de ce paragraphe, la p. 65.

1%Cp Aristote Eth. Nic. IX 19%et42;

qu'il admet, nous l'avons dit, d'infinis degrés de « limpidité » en toute connaissance intuitive. — Par ailleurs, il est facile de voir comment cette dernière proposition vient confirmer notre description générale de l’intelligence. Connaitre intellectuellement, c’est unir dans le développement d’un même acte l'extension objective à une intensité nouvelle de vie subjective. L’intelligent doit done rester soi-même. Mais si nous comprenions en l'épuisant celui qui n’est qu'intelligible pur, si nous percevions infiniment l'infini, toute notre capacité étant égale à la sienne, notre individualité kmitante et contraignante, notre nature ne pourrait plus subsister !. Si donc elle ne doit pas se perdre dans une impossible dilatation, si nous devons rester nous-mêmes, il faudra qu'en nous actuant il continue de nous dépasser. A ce prix seulement il demeurera l’autre ; à ce prix l'union qui nous sera donnée peut être caractérisée, en fonction de nos expériences terrestres, par cette formule, qui reste après tout la plus claire et la meilleure : f£erc quodammodo /pse. Là-haut je tiendrai l'Etre, qui restera l’autre, à la façon dont ici-bas je me saisis mot. C’est cela la vie éternelle.

1.3 GC. G. 55 : « Cum omnis intellectus creatus sub certa specie « terminetur. Impossibile est igitur quod visio alicuius intellectus « creati adaequet in videndo divinam substantiam. » Cp. 1 q.12 a.7, etsurtout 1 q. 12 a. #, où du concept de l’intellection comme opération immanente est conclue une certaine commensuration naturelle du connaitre et de l'être : « Cognitum autem est in cognoscente « secundum modum cognoscentis... Si igitur modus essendi alicuius « rei cognitae excedat modum naturae cognoscentis, oportet quod « cognitio illius rei sit supra naturam illius cognoscentis. »

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