‹ L'Intellectualisme de Saint ThomasChapitre 4 sur 100 · INTRODUCTION XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIII

Ce progrès de la critique fait pénétrer plus avant dans l'intime de la philosophie qu'on condamne, en faisant voir la liaison de deux vices de la Scolastique, qui lui sont essentiels. C’est la même chose, d'ignorer le multiple du temps et le multiple de l’espace, le mouvement vital et la complexité réelle. Une même erreur foncière rend les Scolastiques réfractaires à la pure impression du donné, et imperméables à l'esprit historique; et le monde de l'esprit, tel que l’a fait à son image l’intelligence de ces gens-là, se trouve être du même coup une construction sans réalité ni consistance, une Néphélococcygie, et un empire de roides entités figées, une sorte de Chine intellectuelle.

L’abstraction systématique traine après soi l’assertion présomptueuse. Si l’on croit à la valeur absolue du concept, il faut croire à la valeur absolue du jugement et du raisonnement, qui en sont des suites nécessaires. Les notions distinctes, puisque, par définition, elles ne représentent qu'une « portion » du réel, doivent, afin de le représenter plus complètement, pouvoir se combiner en un système défini de rapports stables. Si le réel a des « portions », c'est dans le jugement, mieux encore que dans le concept, que la réalité s'exprime. « La vérité plénière, disaient les Scolastiques, ne réside pas dans l'idée simple, mais dans la proposition, ou, — comme ils parlaient, — dans l’énonciable ». Tout l'être étant d’ailleurs explicable, par hypothèse, il s’ensuivait que la vérité totale devait être cherchée dans la science, c’est-àdire dans un tableau complet du monde, tableau clairement intelligible puisqu'il se composait de concepts, adéquatement vrai puisqu'il n'énonçait que leurs rapports. Une pareille science est le but idéal de l’ « intellectualisme », comme sa possibilité en est le postulat.

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