XIV INTRODUCTION
La prétention d’égaler le réel est, ici, tangible, et évidente pour tous. Les philosophes ennemis de l’intellectualisme n’ont pas besoin d’une argumentation nouvelle, puisque, si leur critique du concept est vraie, toute cette science n’est que chimère ; ici du moins ils se trouvent d'accord, dans une même ironie, avec la conscience populaire et la philosophie du bon sens. Le peuple et les raffinés n’ont qu'une voix pour reconnaitre, dans cette prétendue adéquation de la raison aux choses, l'illusion d’un esprit qui n'obtient la cohérence qu'au prix de la complexité : si l'unité factice qu’il prétend voir dans le réel le satisfait, ce n’est que grâce à l’étroitesse de ses vues, grâce à des préjugés ridiculement subjectifs !. Que peut-il comprendre à l’histoire, à la psychologie, à la métaphysique ? Dans sa science, l’être fluent est pratiquement nié, puisqu'on l’immobilise dans la rigidité des cadres rationnels, et l’être spirituel est parfaitement ignoré, puisqu'on le conçoit sur le patron des choses du monde spatial.
Que si le raisonneur prétend faire figurer dans sa science non seulement le réel, non seulement le fluent et le spirituel, mais le divin, c’est alors l’intellectualisme poussé jusqu’à l'absurde, c’en est l'excès et le délire. Et c'en est aussi la forme scolastique. La Scolastique est avant tout la rationalisation du divin. Elle prétend l’exprimer en des propositions auxquelles elle attribue une vérité définitive et irréformable : ce sont les dogmes. Et
1. Zu fragmentarisch ist Welt und Leben, — Ich will mich zum deutschen Professor begeben. Der weiss das Leben zusammen zu setzen, Und er macht ein verständlich System daraus ; Mit seinen Nachtmützen und Schlafrockfetzen Stopft er die Lücken des Weltenbaus.
(Heine. Buch der Lieder).