CHAPITRE PREMIER
Les Moyens de la Spéculation humaine
La force et la noblesse de l'intelligence consistent en ce qu’elle est une faculté prenante. L'intellection qui saisit l'être en soi est l’action par excellence ; elle s'impose dès lors comme règle, raison d’être, et fin de l'appétit. — Si nous l’examinons maintenant dans l’exercice terrestre du sujet humain, nous lui trouverons des caractères bien différents. Cette observation certaine, qui fera voir l’irréalité actuelle de l’intellectualisme, mais laissera debout ses exigences absolues dans le monde de l'idéal, aura pour dernier résultat de faire conclure au métaphysicien finaliste un règne suprême de lintelligence dans une vie meilleure que celle-e1.
Nous sommes les derniers, les infimes dans l’ordre intellectuel, nous sommes aveugles devant les plus grandes clartés de la nature, comme la chauve-souris
l'est devant le soleil. Toute la noétique de S. Thomas n’est que le développement de cette idée première ; tout son intellectualisme, quand il s’agit d'application à l'homme, en est conditionné. Il faut donc y penser toujours. Qu'on oublie cette capitale restriction, qu'on lise S. Thomas en supposant implicitement l'identité de l'intelligence humaine et de l'intelligence ut sic, tout le système devient, du coup, enfantin et contradictoire. Quand Averroës a égalé l’intelligible en soi au compréhensible humain, il a dit une chose « très ridicule t ».
Or, l'intellectualité inférieure de l’homme est caractérisée par une plus grande multiplicité d'actes et de connaissances : ainsi le veut une loi générale de la nature, en harmonie avec la place qu'il occupe dans sa série continue des essences ?, car il est, entre tous les êtres, plastique, progressif, potentiel. La multiplicité connaissante humaine est double * : il y a la multiplicité spatiale et simultanée, c’est-à-dire la collaboration de plusieurs puissances, — et la multiplicité successive et temporelle : le discours, suite de plusieurs actes.
La nature est bonne : c’est donc le corps qui est pour l’âme. L'âme est pour connaître : donc le corps est pour. aider à la connaissance. La connaissance est d'autant meilleure qu’elle est plus réelle et serre l'être de plus près. Donc si un être, pour connaître, à besoin de secours, de compléments extra-intellectuels, c’est que ses idées trop vagues eussent dessiné mal l'être réel,
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2. « Multis et diversis operationibus et virtutibus indiget anima humana... anima humana abundat diversitate potentiarum, videlicet quia est in confinio spiritualium et corporalium creaturarum : et ideo concurrunt in ipsa virtutes utrarumque creaturarum. » 1 GEMAMNEN Te