‹ L'Intellectualisme de Saint ThomasChapitre 47 sur 100 · a 24e q. 180 a. 6 ad 2. — In Dio. Div. Nom · texte numérisé non relu

a 24e q. 180 a. 6 ad 2. — In Dio. Div. Nom

c'est qu'il fût resté dans le brouillard des conceptions générales sans fixer nettement l'existant comme tel et l'individu. Si les âmes humaines eussent connu sans image sensible, dit S. Thomas, leurs connaissances seraient restées «imparfaites, communes, confuses. C’est « done pour qu’elles puissent avoir des choses une « connaissance parfaite et propre, que leur constitution « naturelle les destine à être jointes à des corps; ainsi « les objets sensibles leur impriment d'eux-mêmes une « connaissance propre : elles sont comme des ignorants « qu'on ne peut instruire qu’à l’aide d'exemples sensi- «bles. C’est donc pour le plus grand bien de l’âme « qu’elle est unie au corps, et qu’elle ne comprend pas « sans images ! ». — À l'intelligence humaine s’ajoute, en vertu de ce principe, tout un appareil de facultés connaissantes subordonnées, qui dépendent de l’organisme : ce sont, outre les sens externes, les sens intérieurs, sens commun, mémoire sensible, cogitative ; l’intellect lui-même est affecté d’une certaine dualité, puisqu'il se divise en actif et en possible. Voilà la multiplicité simultanée, qui comporte chez l’homme passivité et réception par rapport aux objets à connaître. Elle le distingue de Dieu, qui est son intellection même, en qui, par rapport à soi et à l’intelligible comme tel, disparait

1. « Ie modus intelligendi, prout erat possibile animae, erat « imperfectior... in quadam communitate et confusione... ad hoc « ergo quod perfectam et propriam cognitionem de rebus habere « possent, sic naturaliter sunt institutae, ut corporibus uniantur, et « sic ab ipsis rebus sensibilibus propriam de eis cognitionem « accipiant, sicut homines rudes ad scientiam induci non possunt « nisi per sensibilia exempla. Sic ergo patet quod propter melius « animae est ut corpori uniatur, et intelligat per conversionem ad « phantasmata... » 1 q. 89 a. 1. De même 3 C. G. 81, début; De anim. a. 19 et 20. — Et 1 q. 55 a. 2 : « Competit eis ut a corporibus

« et per corpora suam perfectionem intelligibilem consequantur ; « alioquin frustra corporibus unirentur. »

toute distinction de sujet et d'objet, et dont la science, par rapport aux autres êtres, est mesurante et créatrice. Elle le distingue aussi des Anges, lesquels connaissent par idées reçues de Dieu, tout d’abord parfaites, et d'autant moins multiples que leur sujet est plus actif, plus dégagé de la potentialité !, L'homme, au lieu de saisir les choses par condensation a priori, reçoit séparément l'impression des diverses essences, selon l’éparpillement dans l’espace de ses sens, puissances quêteuses du réel. Ainsi, chez lui, la potentialité réceptive est liée à la multiplicité spatiale. s

Sa multiplicité discursive n’est pas moins caractéristique. L’antithèse de l’intellection simple et du discours est marquée par l'opposition d’éntellectus et de ratio : on ne sauraitexagérer, en philosophie thomiste, l'importance de cette distinction. Selon la loi de continuité néo-platonicienne, les êtres inférieurs participant par leur opération la plus haute à la nature plus une et plus sublime des supérieurs, l'intelligence humaine, en certains actes, fait fonction d'intellect, mais sa marque spécifique est le discours, qui morcelle la perfection intelligible.

« L'intellect et la raison ? ne sont pas en nous des « puissances différentes, mais elles se distinguent comme «le parfait et l'imparfait ? », « intellect disant l’intime

« pénétration de la vérité, et raison, la recherche et le « discours # ». « La raison diffère de l’intelligence comme

AE MERS 2. Le plus simple est de rendre intellectus et ratio par leurs décalques français. — En Allemagne, les érudits se partagent.

M. Schneider, p. ex, dans sa Psychologie Alberts des Grossen (Münster. 1903, pp. 185, 253), traduit intellectus par Vernunft et ratio par Verstand ; d'autres font l'inverse, comme Stôckl (Gesch. der Phil. des Mittelalters. Mayence. 1865, t. II, p. 488).

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