‹ L'Intellectualisme de Saint ThomasChapitre 6 sur 100 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

l'intellectualisme voit ici se lever de nouveaux adversaires. Ceux-ci ne parlent plus au nom du sens commun, ni d’une philosophie quelconque, mais au nom de la religion. Ce qui les inspire, ce n’est plus seulement la « vie » telle qu'elle s'impose à la conscience vulgaire, ni la « vie » telle qu’elle enchante les intellectuels qui ont senti le creux des abstractions, c’est la « vie » profonde et intense du sentiment religieux. Ils se choquent, d’en voir la plénitude emprisonnée dans la précision d’une formule. Ils reconnaissent peut-être au dogme une légitimité relative, fondée en ce besoin naturel et inférieur qui pousse l’homme à traduire en énoncés logiques les profondes réalités senties. Mais ils s’irritent de l’affirmation exclusive et absolue, c’est-à-dire du dogme au sens scolastique et traditionnel. Ils se moquent de l'étrange figure que fait prendre à la vie religieuse cette antique conception de la foi. « Voilà donc, disent-ils, la religion dérivée, par raisonnement déductif, des phénomènes, naturels ou miraculeux. Dieu n’est plus atteint par l'expérience intime, mais par l'argumentation. La divinité d’une confession de foi peut être démontrée de manière à contraindre l'intelligence. Et, puisque ces énoncés dogmatiques sont la religion même, il n’y a pas, dans l’histoire religieuse, de développement vital : des livres saints, datés et conditionnés comme l’est toute œuvre humaine, passent pour avoir été dictés par Dieu, et jouissent d’une autorité décisive en matière de science et d'histoire ».

On va plus loin. Si les aflirmations des dogmatisants sont outrées, c’est que leurs notions fondamentales sont fausses. S. Thomas, l'intellectualiste type, passe pour un penseur chrétien. Que deviennent cependant, entre ses mains, ces précieuses idées qui sont la force et la joie

Page 1