‹ L'Intellectualisme de Saint ThomasChapitre 57 sur 100 · Ver · texte numérisé non relu

Ver

la définition se communique au mot comme au concept : «le mot Lomme exprime par sa signification l'essence « de l’homme comme elle est, parce qu’il en signifie la « définition, laquelle en déclare l'essence » !. Enfin : « Nous pouvons connaître la substance de la pierre « comme elle est, en sachant ce que c’est qu’une « pierre ? ». — Ces déclarations se précisent en certains passages où la vue de la pure essence est opposée à celle des notions qu'on s’en peut former par analogie $. Elles prennent une importance décisive, si on les rapproche de la théorie thomiste de la science : la définition essentielle a pour rôle d’être tête de déduction, majeure du syllogisme scientifique ; on en peut tirer la liste des propriétés spécifiques de la chose, qu’elle contient virtuellement #. On n’en saurait donc douter : la définition est bien conçue par S. Thomas comme livrant à l'esprit Le tout intelligible de la chose, le double mental d’une quiddité substantielle, proportionné à ses exigences, et le satisfaisant parfaitement.

Entendons bien, d’ailleurs, que, fidèle à sa doctrine

di iSrant

2. 1 q.13 a.8 ad 2. « Substantiam lapidis ex eius proprietate possumus cognoscere secundum seipsam, sciendo quid est lapis », et ainsi le nom de la pierre signifie son quod quid est, ce qui n’est pas le cas pour le nom de Dieu. — Et ailleurs, à propos des Bienheureux et de l’incompréhensibilité divine : « Non videbitur Deus ab eis sicut videtur res per suam definitionem, cuius essentia comprehenditur. » (4 d. 49 q.2 a.3 ad 5).

3. J'attirerai particulièrement l'attention sur 3 d. 35 q.2 a.2 sol. 1; ce texte est précieux par la comparaison avec l'intuition angélique, et indique que l'intelligence humaine parvient elle aussi (mais après un discours) à une vue unifiée, que S. Thomas ne semble pas considérer comme analogique. Voir les termes bien différents employés à propos des objets spirituels (ibid. et sol. 2) — Cp. encore in Div. Nom. c. 7 L. 2, 3 d. 23 q.1 a.2.

4. In 2 Phys. 1. 15 380 b., ete. — Ver. 2. 7 : « Intellectus autem

cognoscens essentiam speciei, per eam comprehendit omnia per se accidentia illius speciei ».

de l’origine sensible des idées, jamais il ne dit ni ne pense qu’on arrive à connaître la substance autrement que par le moyen des accidents. Mais autre chose est de préciser le mode de la genèse des définitions !, autre chose de porter un jugement général sur leur valeur. Et, si l’on examine de près les passages en question ici, l'on s'aperçoit qu'ils se divisent en deux catégories bien tranchées. Certains, sans doute, aflirment que nous nous arrêtons net à l’accidentel ; mais d’autres supposent évidemment que nous passons outre, et que, grâce à l’activité propre de l'esprit, nous découvrons cette note intime et substantielle (differentia), qui livre à l'esprit l’ «essence » du chêne ou du tigre, aussi claire, aussi nue, que l'essence du triangle ou du carré.

Par exemple, nous usons d’une différence accidentelle, faute de percevoir l’essentielle, quand nous définissons la noïrceur ou la blancheur par une de leurs propriétés relative à notre œil, congregativum et disgregativum visus. C’est là s'arrêter à un effet, car la cause et la vraie différence, c’est, dit S. Thomas, une certaine « plénitude de lumière » qui se trouve dans la blancheur et que nous ne pouvons plus exactement

déterminer ?. Au contraire, quand nous définissons

l’homme « animal raisonnable », nous atteignons, par delà les opérations et les accidents, une différence vraiment constitutive et substantielle, qui est la différence spécifique. On peut dire que la définition de l’homme est

1. Je laisse de côté, dans la discussion qui va suivre, les difficultés qu'on pourrait opposer à la méthode suivie pour arriver aux définitions. Soit qu'on procède par divisions, soit qu'on préfère la voie montante (Cf. in 4 Post. 1. 32, 33; — in 2 Post. 11. 18-16), il reste toujours que le résultat est une notion double, et c’est la valeur de ce résultat que je critique.

Page 1