XVI INTRODUCTION
de la conscience religieuse : la liberté, la foi, la Révélation, le Médiateur ? Que devient l’idée même de Dieu ? toutes ces choses sont tombées à l’état de notions abstraites et pâles, la vie en est absente, ce sont des cadavres déformés. L'idée de volonté spirituelle et personnelle, dit-on, manque proprement à Thomas. La Révélation tout entière n’est pour lui qu'un complément de la spéculation philosophique, accordé à la faiblesse de l’humanité. C’est la pensée, et non plus la foi, qui devient l'organe pour atteindre le Très-Haut. Le Seigneur dont la présence vivifiait l’âme est descendu au rang d’un Logos illuminateur, et l’on a fait du Dieu vivant un réceptacle d'idées exemplaires. Thomas est retombé, intellectuellement et moralement, dans la mentalité grecque, et voilà l’essence de l'esprit chrétien évaporée, puisque cet esprit consiste à mettre au sommet de tout, non pas une Idée, mais une Personne spirituelle 1.
1. Ces critiques sont formulées par M. Seeberg (Voir sa Theologie des Johannes Duns Scotus, pages 629, 627, 581, 586, 632, 580). Je le cite de préférence à tout autre, parce qu'à la connaissance des questions scolastiques, il joint, ce qui est beaucoup plus rare, un sens parfois très Juste de leur portée. — Je n'ai pas ici à défendre la valeur religieuse de la pensée scolastique en son ensemble. On tend aujourd’hui à le reconnaitre : c'est manquer de souplesse d'esprit et d'imagination psychologique, que de ne pouvoir se représenter la coexistence subjective de l’aristotélisme syllogistique, avec un mysticisme pareil à celui des Victorins ou de S. Bernard, et même leur compénétration ; la pensée spéculative n'était pas, ne pouvait pas être isolée de la vie religieuse, si intense au moyen âge ; l'/tinéraire de l'âme vers Dieu et l'Incendie d'amour se comprennent mal sans le Breviloquium. — La récente Esquisse de M. Picavet semble avoir beaucoup fait en France pour dissiper le préjugé contraire ; pour l'Allemagne protestante, on peut voir, dans la Realencyklopädie für protestantische Theologie, l'article Scholastik, rédigé par M. Seeberg. — Dans cet ouvrage, je considère donc ce point comme acquis, mais je conteste une autre opinion, fort répandue, d'après laquelle une scolastique