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sophie de S. Thomas ne pouvait être un « panlogisme », puisqu'il mettait à l’origine des choses, non des axiomes ou un axiome, mais un Esprit vivant et une liberté.
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La raison, donc, montre à S. Thomas que le détail du monde échappe à ses syllogismes. L'observation lui apprend aussi qu'il échappe à ses conceptions, qui sont du général. Et nous avons dit qu'il reconnait dans cette disproportion entre l'idée et l'être une imperfection de l'intelligence à forme humaine.
L'intellection directe du singulier est remplacée chez l'homme. nous l’avons dit, par une appréhension composite : nous unissons, par une réflexion sur nos actes, la quiddité conçue et certaines qualités sensibles perçues, et nous désignons par cet ensemble l’objet réel extérieur !. C’est cette appréhension complexe qu'il s’agit maintenant de juger quant à sa valeur de spéculation. S. Thomas a-t-il pensé que la collaboration de nos facultés sensibles nous permettrait, au moins dans certaines conditions favorables, d’épuiser tout le connaissable du singulier ? Et, s’il a nié ce premier point, a-t-1l eu du moins souci de nous inviter, en rapprochant toutes nos forces hétérogènes pour serrer l’être de plusieurs côtés, à chercher une jouissance de spéculation pure dans ces images composites qui nous représentent, non plus l’homme en général, mais Callias, Pierre ou Martin ? |
Des Péripatéticiens arabes niaient par rapport à tout
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esprit l'intelligibilité du singulier comme tel. Le particulier, selon Avicenne, est connu par l'intelligence, non en tant que particulier, mais en tant qu'effet de sa cause. La connaissance que l’intellect en peut avoir est semblable à celle qu'a d’une éclipse l’astrologue qui la prévoit en ses calculs !, plutôt qu'à celle du paysan qui la regarde dans le ciel. Dieu lui-même ne connaît pas autrement les singuliers. Remarquons qu'une pareille explication laisse intact le dogme de la Providence
c'est au nom de la philosophie qu’elle est attaquée par S. Thomas. Parce que, d’une part, son système intellectualiste exige que rien de l’être n'échappe à l'Esprit, mais que l'Esprit pénètre jusqu'aux derniers atomes, et dénude, et scrute, tout ce qui peut s'appeler existant ; parce que, d'autre part, le singulier est autre chose, et plus, qu'un amas d’universaux, la connaissance que l'Esprit parfait a du singulier est absolument différente de celle qu’en peuvent donner les abstractions. Toutes les déterminations, de soi communes et contraintes de fait en un même sujet, étant, par hypothèse, intellectuellement perçues, et l'esprit ayant affirmé leur réunion même, l’objet cependant ne serait pas épuisé, 1l y aurait encore là quelque chose ‘à connaitre. Qu'est-ce ? C’est l’analogue intellectuel de ce que le sens y voit. Voir le rouge est plus, est autre, que le connaître rationnellement ?. « Connaître même tout l’ordre des phénomènes
1. V. S. Thomas, 1 q.14 a.11, et passages parallèles; — et cp. Carra de Vaux, Avicenne, Paris, 1900, p. 225.
2. Une des raisons pour lesquelles la représentation du singulier doit se trouver « dans la première Fontaine de connaissance » (Dieu), c'est qu'elle se trouve en d’autres machines connaissantes (les sens) dont elle constitue la perfection. 1 C. G. 65. 4. — Plus fort et plus totalisant que tout autre moyen de connaître, l'Esprit divin « considère par son unique et simple intelligence tout ce que l’homme connaît par ses puissances diverses, intellect, imagination
« célestes ne donne pas la connaissance de telle éclipse « comme présente : savoir qu'il y aura éclipse en telle « position du soleil et de la lune, & telle heure et avec « les autres conditions qu’on observe dans les éclipses, « tout cela n'empêche pas qu’une pareille éclipse est, de « de soi, apte à se reproduire plusieurs fois » !. Et de même, puisque l'essence singulière doit être ici jugée comme le fait singulier, si je dis : un homme blanc, musicien, crépu, fils de Sophronisque, et que j'ajoute des formalités semblables autant que j'en voudrai, jamais je n'aurai exprimé le tout d’un individu ?. Ce complexus est encore, de soi, multipliable. Il faut donc admettre que la matière individuée elle-même a son type en Dieu, type réel comme elle, incommunicable comme elle, comme elle aussi d’ailleurs, incomplet et substantiellement indistinct de la forme qui la fait étre. Nous sommes ici à l’antipode de l’universalisation ; c’est le cas le plus difficile à saisir d’une idée à la fois spirituelle subjectivement et singulière objectivement. Aussi n’est-il pas rare de voir des esprits même rompus à l’étude de la et sens. (ib. 5.) — Pour l'intuition angélique des singuliers, PAC AE AIQUE
1. De Anim. a.20. — Avicenne et Algazel, d’après S. Thomas (1 d. 38 q.1 a.3), refusent à Dieu la connaissance de la circonstance du temps : mais, selon la doctrine du saint, il ne suffirait pas de l'ajouter à toutes les autres pour connaître vraiment et comme tel l'incommunicable, l'individu. « Cognitis huiusmodi formis aggregatis, non cognoscitur Socrates vel Plato ! » (2 d.3 q.3. a.3). Une collection d'accidents n’individue pas, elle peut toujours convenir à plusieurs sujets (cp. in 7 Met. 1. 14. 34 a.). Il n’est donc pas suffisant, à parler en rigueur, de posséder, selon une des formules
employées par S. Thomas, « similitudines rerum etiam quantum ad dispositiones materiales individuantes » ; il vaut mieux ajouter
avec lui : € etiam quantum ad principia materialia », la matière elle-même (et non seulement ses accidents) ayant aussi sa € similitudo », « secundum quod omne ens, quantumcumque imperfec-
tum, a primo ente exemplariter deducitur. » (2 d., IL. c.) 2. De Anim. a.20 ; — 1 q.14 a. 11; — Ver. 2. 5. etc.
scolastique, qui n'arrivent pas à concevoir comme intelligible la position thomiste : tant est forte la tyrannie de l'habitude sur notre intelligence, qui rend abstrait tout ce qu'elle touche. Cependant, une fois comprise la thèse de l'identité d'espèce et d’individu dans les substances séparées, et celle de la science de Dieu cause et mesure des êtres, celle que nous venons d’esquisser suit comme conséquence nécessaire. « Et il en serait de « même pour la connaissance d’un artisan, si elle était « productrice de la chose totale et non pas seulement de « sa disposition » !. « L’assimilation dans la connais- « sance humaine a lieu par l’action des choses sensi- « bles sur les facultés sensitives ; dans la connaissance « de Dieu, c’est, au contraire, par l’action de la forme « de l'intelligence divine sur les choses connues » ?. Si l'intellection du singulier en soi nous est impossible, c’est donc toujours la réceptivité de notre connaissance qui est en cause. « Il s’ensuit que l'intelligence divine « peut connaître le singulier, mais l’intelligence humaine, « non » $.
Cela est donc bien entendu : quand j’enveloppe d’une pensée réflexe et d’un mot l’idée substantielle abstraite, — l’idée d'homme, — avec un certain nombre de perceptions accidentelles que les sens ont données : crépu, blanc, silencieux..., cette synthèse ne me fait pas connaître le tout de Socrate. Elle aide à discerner les singuliers dans la pratique, elle permet de les loger dans les raisonnements, où leur sont réservées des proposi-