‹ L'Intellectualisme de Saint ThomasChapitre 63 sur 100 · Ibid. — S. Thomas ne veut parler que de la connaissance · texte numérisé non relu

Ibid. — S. Thomas ne veut parler que de la connaissance

humaine, quand il affirme que le singulier est inintelligible, non sans doute en tant que singulier, mais en tant que matériel. (De Anim. 2. 5. etc.).

tions d’une forme spéciale, mais elle n’est, du point de vue strictement intellectuel, qu’un pis-aller. — S'ensuit-il qu'il la faille dire absolument méprisable ? Quod non potest fieri per unum. fiat aliqualiter per plura ! C'était le cas d'appliquer le principe, et de montrer l'intelligence s’efforçant de saisir, dans l’art, dans l’histoire, dans la vie, l’intime harmonie des composés individuels le moins imparfaitement qu’elle pouvait.

Mais la logique du système intellectualiste n’est plus capable d'entraîner Thomas jusqu’au bout : l'autorité tire trop fort dans l’autre sens, et lui aussi se laisse piper à l’ambiguité de la vieille formule : « la science est du général ». — Car non seulement il dit cela, ce qui n’aurait pas d'importance si le concept de « science » était expressément restreint, ou laissé dans une pénombre qui empêchât un funeste rayonnement du vieil axiome, mais, précisant sa pensée, 1l affirme que la connaissance du singulier n’est pas une perfection pour l'intelligence humaine spéculative. Aucun doute ne peut subsister à ce sujet. « À la perfection de l’intelli- « gence appartiennent, dit-il, les espèces, les genres et « les raisons des choses... Mais de connaître des êtres « singuliers, leurs pensées, leurs actes, cela n’est point « de la perfection de l’intelligence créée, et son désir « naturel n’y tend pas » !. « Parce que la connaissance « des choses contingentes ne comporte pas cette vérité «sûre qui exclut l'erreur, il faut dire, pour ce qui « regarde la spéculation pure, qu’elles sont laissées de

1. 1 q.12 a. 8 ad 4. — Cp. 3 q. 11 a. 1 ad 3. Certaines des affirmations sur l’imperfection de la science universelle doivent s'entendre de la science générique : il faut passer « usque ad species ». (In 1 Meteor. 1. 1. — Cp. in 2 Met. L. 4.)

« côté par l'esprit que perfectionne la connaissance de « la vérité » !. On voit que singuliers et contingents sont traités de façon semblable; ailleurs, ils sont explicitement mis ensemble, et exclus du domaine de la certitude scientifique, comme appartenant à celui du sens ?. L'incertitude et l'indétermination du sensible n’est pas d’ailleurs la raison dernière de l'exclusion, car, quand il s’agit des substances séparées et de la connaissance infaillible qu'elles peuvent avoir, entre elles, de leurs actions, on retrouve des aflirmations identiques à celles que nous avons citées %. — Il faut mentionner enfin un eurieux passage du commentaire sur l'Éthique, où S.Thomas déclare que les études de morale particulière ne présentent, du point de vue spéculatif, qu'un très mince intérêt #.

On ne s’étonnera donc point que ce grand théoricien de la contemplation désintéressée ne soit pas arrivé à une théorie parfaitement logique de l’art. Çà et là, la nature intellectuelle du plaisir artistique est clairement indiquée ; plus souvent, la poésie est conçue d’une manière étroite et superficielle, soit qu’on l’énumère parmi les « arts mécaniques », soit qu'on la range à la suite des « moyens d’atteindre le vrai », — démonstration, dialectique, rhétorique, — parmi lesquels elle tient naturellement la dernière place ?. Quant aux « visions délec-

In 6 Eth. 13.

. In 6 Eth. L. 5. — Cp. 14 24e q.57 a.5 ad 3. .Ner. 9.5.6. — Cp. 1 q.107 a. 2.

nee Eth- 1 2 9. In 9 Eth. 1. 7. — In 1 Post. IL. 1. — L'œuvre du poète est d’incliner à la vertu la « cogitative » en la persuadant à l’aide d’une représentation. — Mais 4 q. 1 a.9 ad 1, le plaisir de la représentation est distingué de l'effet utile. — Cp. 1 q. 39 a. 8 : « Videmus quod aliqua imago dicitur pulchra si perfecte repraesentat rem quamvis turpem »,

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