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4. In 1 Post. 1. 17. — Cp. 3 C. G. 25 : toutes les sciences spéculatives reçoivent leurs principes de la métaphysique.
Assurément S. Thomas, fidèle à sa doctrine psychologique, n'oublie pas qu'il faut distinguer la certitude subjective et l'objective; dans un de ses derniers ouvrages, où il reconnait aux théorèmes mathématiques la plus ferme consistance dans l'esprit, parce que la solidité des images y soutient constamment l’enchainement des raisons, il semble, au contraire, rabaisser les jugements de métaphysique au rang d’ «opinions ! ». Mais la pratique même de ses raisonnements montre clairement comment la théorie des sciences ci-dessus exposée reste sauve. Les questions qu'il juge obscures sont celles de métaphysique spéciale ? ; pour l’ontologie commune, il croit pouvoir en asseoir les principes avec une certitude absolue. Je ne parle pas seulement ici des axiomes qui fondent la logique, comme les principes d'identité et de contradiction ; j'entends parler de ces principes scolastiques qui portent sur les notions les plus éloignées de l'expérience vulgaire, sur les derniers résidus de l’abstraction philosophique, de ces « principes communs des êtres », « analogiques selon Je Philosophe », qui concernent « l'être et la substance, la puissance et l’acte », et auxquels nous pouvons parvenir par la considération des « effets », bien que, très sûrs en soi, ils soient obscurs à l'intelligence peu exercée ?. Pour l'intelligence scientifique, c’est cela même
4 In em 01e
2. [Il n'y a pas de science humaine distincte qui ait pour objet propre les substances séparées (In 7 Met, 1. 15), ni de « théologie naturelle » distincte de la métaphysique générale (In Trin. 5. 4. 938 a.) Pour les limites assignées à notre puissance naturelle de connaître Dieu, v. p. 162.
3. In Trin. 5. 4. La pratique de S. Thomas, disons-nous, corrobore notre affirmation. Qu'on examine, par exemple, les preuves philosophiques de l'existence de Dieu, qu'il déclare « irréfragables » (Ver.10. 12; cp.1 q-32 a.1 ad 2) et qu'on isole les principes
qui est à la base, « qui prouve le reste, et que rien ne peut prouver ». — La clarté des mathématiques n'est pas plus intense : elle se répand seulement, d’une manière très égale, sur un grand nombre d'objets distincits. — La subordination des autres sciences ne
supposés dans les célèbres démonstrations des « cinq voies » (1 q.2 a.3) : ils sont fort abstraits et peuvent sembler, philosophiquement parlant, éternellement discutables. — Jamais S. Thomas n'est plus triomphalement certain d’une thèse que lorsqu'il a fait jouer, dans la preuve, le concept abstrait de forme. V. p. ex. comment il juge la doctrine averroïste sur l'unité de l’intellect possible (De Anim. 3. — Spir. 9), ou celle sur les formes des éléments (De Anim. 9. 10), ou celle sur les corps célestes (In 8 Phys. 1. 21.) — Pour l’incorruptibilité de l'âme humaine, la démonstration rigoureuse (« necesse est omnino ») se tire de la même notion : l’esse ne peut être séparé d’une forme où il adhère « sicut ab homine non « removetur quod sit animal, neque à numero quod sit par vel « impar. » (De Anim. 14}. C'est la raison a priori; elle est suivie de deux signes ou indices : l’intellection de l’universel et l'appétit naturel d’être toujours. — Une étude micrographique sur la doctrine de l'unicité de l'individu dans les espèces angéliques convainc de même qu'il entend là déduire avec une rigueur géométrique une conséquence du concept de forme, et non, comme on le prétend encore souvent en s'appuyant sur des textes isolés, affirmer une simple convenance. — Et toutes ces fortes affirmations prennent un relief singulier si on les compare aux indécisions latentes, aux légères nuances de doute dont sa pensée se colore quand il aborde des sujets plus proches de l'expérience, mais plus complexes, et done plus obscurs, avec les thèses de psychologie. Soit la thèse capitale de l’origine des idées : un soupçon de doute plane presque toujours au-dessus du système adopté, celui d’Aristote ; une ombre de probabilité demeure flottante autour de ce qu’il présente comme la pensée de Platon. « Verius esse videtur », dit S. Thomas (2a 2ae q.172 a.1), ou : « Secundum Aristotelis sententiam, quam magis experimur » (1 q.88 a.1), ou encore : « Prae omnibus praedictis positionibus rationabilior videtur sententia Philosophi. » (Ver. 10. 6.) Cp. les textes théoriques sur la difficulté de la psychologie rationnelle (Ver. 8. 10. 8 in ctr., et souvent ailleurs). — L'objet de la science devient encore plus trouble quand on descend aux êtres plus proches de nous, mais dont la notion est fuyante parce que leur être est imparfait. « Illa quae habent esse deficiens et imperfectum, sunt secundum se ipsa parum cognoscibilia, ut materia, motus et tempus, propter esse eorum imperfectionem «. (In 2 Met. 1.1).
présente pas de difficultés, et la certitude s’obscurcit régulièrement à mesure qu'on s'éloigne de l’ontologie. La physique porte sur un objet déjà plus complexe, puisqu'il est soumis au mouvement ; aussi est-elle «incertaine » : ses lois s’ajustent mal à la réalité, elles sont « vraies dans la plupart des cas », elles sont dites « contingentes », parce qu’elles peuvent « défailir ! ».
— Ensuite viennent les sciences humaines, comme la
morale, la politique ? ; — enfin les sciences d'opération,
qui sont « les plus incertaines, parce qu'il leur faut « considérer les multiples circonstances des choses sin- « gulières à produire % ». On le voit avec évidence : le fait de proclamer « plus incertaines » les choses qui, comme il le dit en cent endroits, nous sont « plus connues », indique que l’ordre de la science est inverse pour lui de celui du sens, et que toute consistance scien-
1. C'est-à-dire qu’à cause des conjonctions accidentelles imprévues, ou de « l’indisposition de la matière », il peut y avoir des monstres, des hommes à six doigts, des germes qui ne poussent pas, ete. Cette « contingence » n'implique aucunement la liberté (v. 1 q-115 a.6), et la comparaison avec les sciences morales (p. ex. 1a 2ae 4.96 a.1 ad 3) ne vise que les résultats. — Je parle à dessein de «lois ». En accordant à M. von Tessen-Wesierski (Die Grundlagen des Wundersbegriffes nach Thomas von Aquin, p. 107) que le mot manque chez S. Thomas, il faut maintenir que le concept s’y trouve, puisqu'il discute la valeur de propositions exprimant une connexion essentielle entre deux phénomènes distincts (V. 3 C. G. 86, et cp. l'expression même « verum ut in pluribus ». 44 2æ ]. €.).
2. User de raisons probables, c'est la méthode des sciences morales. (In Trin q.6 a.1 ad 3, 1re série; cf. ec.) — L'histoire n’est pas une science au sens thomiste, puisqu'elle ne peut se déduire. Très défiant de la connaissance par témoignage (« Quantacumque multitudo testium determinaretur, posset quandoque testimonium esse iniquum. 2a 24 q.78 a.2 ad 1. — Cp. ibid. corp. et a.3. — la 24e q.105 a.2 ad 8 etc.), S. Thomas admet pourtant implicitement qu'on puisse arriver à la certitude sur un fait historique (v. le rôle de l’histoire dans les préambules de la foi. 1 C. G. 6, et Opusce. 2. Ad Cantorem Antiochenum, ch. 7).