quasi famulantes et praeambuülae
: sur le
d'explications théologiques différentes, en fonction des diverses philosophies {.
Introduire la philosophie, c'est donc éclairer le dogme ; c’est aussi, puisque les esprits ne sont pas d'accord sur les choses naturelles, permettre certaines divergences de vues parmi les croyants. La théologie est maintenant distinguée d'avec la foi, et quant à son mode d'expression, et quant à son domaine : car les doctrines humaines, agissant sur les énoncés de la foi à la manière de réactifs, en feront sortir pour les uns telle conclusion, pour les autres telle autre. « Et ici, dit « S. Thomas, s'applique le mot de S. Paul aux Romains : « que chacun abonde dans son sens ? ». Voilà le vrai système théologique constitué.
On voit déjà quelle part d’incertain comporte nécessairement la réflexion théologique, en tant qu’elle consiste à tirer logiquement des conséquences du dogme. Mais, en fait, et ceci est capital : l’œuvre théologique, pour les contemporains de S. Thomas et pour lui-même, ne consistait pas uniquement, ni même peut-être principalement en cela. Ils prétendaient revenir, munis de la philosophie, autour des principes même du dogme,
1. V. à propos de Denys, 2 C. G. 98 ; à propos d’Augustin, Ver. 21. 2. 3. — Spir. 10. 8. — Même si les philosophes tiennent communément une doctrine, il faut bien se garder de l’affirmer comme appartenant à la foi (Opuse. 9 Prolog.). On ne doit jamais, en exposant l’Ecriture, adhérer exclusivement à une opinion qui peut se trouver anti-scientifique : « Ideo multis exitibus verba Scripturae exponuntur, ut se ab irrisione cohibeant litteris saecularibus inflati ». (Ib. n. 18. — Cf. 1 q. 68 a. 1). Cette crainte de l’irrisio infidelium est également vive chez S. Augustin etS. Thomas.
2. Quodl. 3. 10. L'article est intitulé : Utrum discipuli peccent sequendo diversas opiniones Magistrorum. Puisque d'autre part, il y a péché à refuser une conséquence évidente (p. 164, n. 2), les propositions systématiques sont nettement distinguées de ce qu’on appelle aujourd’hui « conclusions théologiques ».
des articles de foi, pour tâcher d’en acquérir une certaine « intelligence ». Sans doute, le concept de la /ides quaerens intellectum est plus clair qu'aux temps d’Anselme ou de Richard de S. Victor : le domaine propre des mystères est mieux délimité, il est parfaitement convenu quon ne les comprendra pas. Pourtant cet incorrigible compreneur qu'est le théologien scolastique parlera comme s’il espérait y arriver. On ne prouvera pas les articles de foi, mais on en simulera la preuve. Qu'on lise attentivement les passages où S. Thomas traite de la méthode théologique : on verra que c’est cet exercice qu'il avait constamment en vue. La plupart des dangers qu'il signale sont dans cette direction. Parfois sans doute 1l avertit de ne pas ajouter d’énoncés nouveaux à ceux qu'impose l'Église. Mais ce qu’il répète sans cesse, c'est quil ne faut pas tellement présumer de la raison humaine ou du génie individuel, qu’on pense parvenir à comprendre les mystères déjà imposés. Il faut les défendre, dit-il, sans vouloir les prouver, et comme Aristote l’a fait pour les principes au quatrième livre de la Métaphysique ; 11 faut montrer qu'ils ne sont pas contradictoires, et réfuter les objections ; il faut enfin chercher des « similitudes », comme Augustin l’a fait pour le mystère de la Trinité. Cette dernière indication est significative !.
C'est donc autour de l’élément indémontrable et mystérieux que se concentre une bonne part des efforts du théologien médiéval. Le grand nombre de ses successeurs modernes s'occupe plus volontiers à préciser les conclusions que le raisonnement peut tirer des énoncés dogmatiques : lui, fidèle à l’impérieux instinct qui commandait
1 Fnelrin. 2.4. —1Ib. 2.3;
sa conception de la synthèse totale, bâtit sa théologie à l'image de sa science, et simule une déduction de la Trinité ou du dogme de la vision intuitive. La première conséquence est l'incertitude des résultats. Il s’agit d'expliquer l’inexplicable, Le monde de la nature, connaissable à la raison, est sans doute comme une sorte d’ébauche du monde de la foi, mais, ne livrant pas à notre abstraction de loi qui soit commune aux essences créées et à Dieu tel qu'il est (puisque Dieu est en dehors du genre), il ne repaîtra l'esprit que de « semblances déficientes ! ». Le penseur, dans une simultanéité très consciente, compose un assemblage d'idées arrangées comme ce qui prouve, et se défend explicitement de vouloir prouver. C’est un poème logique, moins utile dans la controverse que charmant pour l'esprit qui croit déjà. Il est juste et raisonnable, avant que le Ciel nous donne la prise béatifique, de charmer avec nos idées de Dieu « toutes nos pièces », comme eût dit Pascal, d'exercer l'esprit et d’exciter ainsi le cœur. Ad consolationem fidelium, dit S. Thomas. Et l’on pourrait, avec une légère nuance, illustrer ses dires du mot de Platon : XPA TA ToladTa DonEp EMAdeLY ÉAUTE).
Il suflira de mentionner deux exemples, empruntés aux deux grands dogmes du Christianisme : la Trinité et l’Incarnation. Rien n’est plus hautement systématique que l’exposé des convenances de lincarnation du Verbe, considéré comme idée de Dieu, image du Père, et miroir créateur de l'Univers *?. Mais l'exemple classique et principal à tous égards est l’apparente démonstration de la Trinité, empruntée à S. Augustin, et fondée sur la
1. In Trin. 2.3. — Ib. 1. 4 : « Aliquales rationes non necessariae,
nec multum probabiles, nisi credenti ».
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présence, en Dieu comme en l’homme, de la pensée et de l'amour. Que S. Thomas lui ait attribué une valeur vraiment probante, c’est une opinion qui ne supporterait pas un instant la discussion, étant contredite par les affirmations les plus claires. Qu'on lise pourtant les passages où l'explication est développée ex professo : sans doute, l’on n’a pas la même impression de rationalisme, d'évacuation du mystère chez S. Thomas que chez S. Anselme, mais qu'est-ce qui indique qu'on est en présence, non d’un raisonnement qui prétend conclure, mais d'une analogie humaine qui n’a d'autre but que de faire un peu moins mal concevoir ? Dans les Sentences et dans les deux Sommes,quelques remarques dispersées, cachées le plus souvent dans la réponse à une objection !. Pour l'explication abstraite, elle se développe tout d'un trait, dans le quatrième livre Contre les Gentils, par exemple, scandée d’oportet et d'ergo, embrassant, mélant, fondant le probable et le certain, avec une audace qui étonne celui qui sait et une égalité de teneur qui trompe celui qui ignore. On comprend que des théologiens peu familiers avec la mentalité médiévale aient senti à la lecture de ces pages quelque chose du malaise ou de la mauvaise humeur d’un savant devant qui l’on identifierait théorie physique et loi constatée. Il est remarquable que le « livre du maître » est ici plus explicite ? ;
mettre en garde contre la présomption d'avoir démontré
mais n'est-ce pas surtout l’écolier qu'il fallait
l’indémontrable ?
La valeur de l'explication augustinienne de la Trinité,