‹ L'Intellectualisme de Saint ThomasChapitre 78 sur 100 · q.32 a.1 ad 2. — q.42 a.2 ad · texte numérisé non relu

q.32 a.1 ad 2. — q.42 a.2 ad

2. Pot. 2. 1. — 8. 1. 12. — 9. 9. 7. — 10. 5. — Mais voir auprès de cela ces tranquilles phrases où l’ensemble de la comparaison semble donné comme image expresse de la réalité, Pot. 2. 3 (corp. fintetad 41), — 2%, 11,

qu'on réalisera mieux en la remettant à sa place dans l'histoire intellectuelle de son auteur, en revivant le spiritualisme jeune qui l’inspira, consiste en ce qu'elle fait concevoir une certaine pluralité dans l’un immatériel : ma pensée, ou mon acte d'amour, est moi en quelque sorte, vit en moi, est incorporel comme moi, et cependant s’oppose à moi. Elle échoue à établir la distinction comme personnelle, et aussi l'égalité des différents termes. L'élément valable y est donc inséparablement uni à un élément caduc. L'originalité de ce mélange est moins frappante, ce me semble, dans les développements un peu oratoires de S. Augustin que dans les exposés syllogistiques de S. Thomas. Aussi cet exemple caractérise excellemment sa méthode ; on ne peut guère, je crois, s’en exagérer l'importance : il montre comment notre docteur a consciemment nourri d’un mélange de vérités et de symboles sa raison théologique.

S. Thomas résume quelque part le rôle de la théologie rationnelle en cette courte phrase : ad cognoscendum fidei veritatem... veras similitudines colligere t. Qu'il s'agisse d'images matérielles et colorées, comme dans le symbolisme propre, ou de constructions logiques, comme dans les systèmes, on n’a toujours affaire qu’à des ressemblances de la vérité.

Comme la science était un succédané de l’idée pure à l'usage de la raison démonstrative, ainsi le système est un succédané de la science à l'usage de l'imagination

LACNCS:

intellectuelle. Il y a bien des degrés dans le raisonnement systématique : plus les analogies dont on part sont générales, moins la conclusion est sûre, parce qu'on donne davantage aux conditions subjectives du connaître humain, et qu'on reçoit moins purement l'impression de l’objet. On s'éloigne tout ensemble de la science et de l’Idée !. La rigueur va s’exténuant à mesure que se desserre la trame logique qui soutient des convenances plus vagues et de plus incertaines probabilités : elle se dilue enfin dans l’indétermination du sensible.

À la limite du système est le symbole. La méthode n'a pas essentiellement varié, et toute proposition d’une philosophie symbolique recèle un enthymème dialectique. La majeure est le principe, courant au moyen âge, de la représentation générale, par le monde sensible, du

Fe) , monde spirituel ; on aflirme dans la mineure une convenance particulière entre le mode d'appréhender tel objet sensible, et de se représenter tel être spirituel. Per tridem significatur Christus, per quem protegimur a spiriüuali diluvio?. Il est clair que dans la proposition symbolique, l «incertitude » est extrême :la jonction du sensible et du spirituel, la subsomption de apparence sous la vérité s’y opère arbitrairement, en vertu de préfé-

1. La dernière place, entre les systèmes, appartient aux arrangements logiques faits pour le seul plaisir de systématiser : telles sont, par exemple, la quintuple classification des Sacrements (4 d.2 q.1 a.2), l'adaptation détaillée des dons aux béatitudes, dans la 2a 2ae, les divisions des vertus, etc. Rien n'est plus caduc dans toute la scolastique que ces essais maladroits pour simuler la science du particulier. Au lieu d'essayer d'y susciter l'intuition, on y matérialise le spirituel pour satisfaire l'imagination quantitative.

2. Il ne faut pas confondre la théorie du symbolisme universel avec celle de l’exemplarisme théiste : selon l’exemplarisme, les

êtres les plus spirituels eux-mêmes ont leur archétype au sein du

Verbe,

rences et de préformations purement subjectives. Mais l'idée pure y est excellemment mimée, puisque les réalités les plus spirituelles y sont directement rejointes aux choses concrètes, objets d’intuition.

Toutes les nuances entre le système très probable et le pur symbole se rencontrent dans la théologie de S. Thomas. La relativité de la mineure symbolique empêche qu’on puisse arriver par cette voie, en philosophie, à autre chose qu'à des résultats fantaisistes. Aussi, en matière de vérité naturelle, le symbole, chez S. Thomas, ne se présente que sous forme de comparaison !. Il en pourrait être autrement pour la doctrine religieuse, précisément parce qu'une intelligence libre peut préétablir et révéler à l'homme un certain rapport entre telles apparences sensibles et telles réalités spiririfuelles. En fait, cependant, il n'en est pas ainsi, S. Thomas n'accorde pas au symbole religieux de valeur épistémologique, mais seulement une valeur de spéculation esthétique. Symbolica theologia non est argumentativa ?.

En certains cas, assurément, le lecteur hésite entre les deux interprétations, systématique et symbolique. C’est encore faire un raisonnement, de juger « décent » que la créature spirituelle n'ait pas été faite après la corporelle, puisque l'univers est un *. Mais que dire de ces minutieuses précisions : « Il est assez probable que la « lune a été créée pleine, comme les herbes ont été faites

1. «Exemplum est quaedam inductio imperfecta ». (In 1 Post. 1.1). L'intellect agent, p. ex, est comparé à l'œil du chat, à la fois source de lumière et organe de vision : c'est une analogie, ce n’est pas une preuve. À priori, on pouvait aussi bien le comparer à l'œil du chien, qui voit, mais n'éclaire pas.

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