‹ L'Intellectualisme de Saint ThomasChapitre 79 sur 100 · Ver. 22.14.8-—Quodl · texte numérisé non relu

Ver. 22.14.8-—Quodl

3. Pot. 3. 18. « Unius... totius una videtur esse productio », etc.

« dans leur état parfait, portant déjà des graines, et « semblablement les animaux et l’homme. Car, bien « que le développement naturel mène du moins parfait « au plus parfait, pourtant, à parler absolument, c’est « le parfait qui précède ». « L’atmosphère terrestre est «un lieu convenable à l'habitation des démons : sa « transparence s’accorde avec la beauté de leur nature ; « sa turbulence, avec leur volonté pécheresse ; sa place « dans l'univers, avec leur oflice, qui est de nous « exercer. » Et encore : il est vraisemblable qu'à l'heure de la résurrection des morts, régnera un certain crépuscule, pour que la lune et le soleil soient présents à ce grand événement !. On est ici à la limite du système et du symbole. Nulle part, d’ailleurs, on ne prend mieux sur le fait ce mélange de déduction et de poésie qui caractérise la logique artistique ; ces petites perles de la Scolastique peinent très fort quelques-uns de ses modernes partisans ; elles sont pourtant d’un prix inestimable. Leur place est nécessaire dans le contexte psychologique : pourrions-nous, si elles étaient absentes, nous imaginer ce qu'était la compénétration des deux ordres dans l'esprit de S. Thomas, et comment 1l faisait couler le rationnel jusque dans les veines les plus intimes du réel ?

Dans la plupart des cas, l’on ne saurait avoir de doute. L'adaptation symbolique est souvent présentée sous forme d’argument, mais sa valeur de science ou d'opinion est nulle. « Par la vache rousse le Christ est « représenté : la faiblesse qu'il a voulu prendre, par le

1. 4 q.70 a.2 ad 5. — 2 d.6 q.1 a.3. — 4 d.43 q.1 a.3 sol. 4. — Le raisonnement artistique conelut ici du principe rationnel au fait sensible ; il remonte ailleurs du fait sensible à la loi générale (48, 22e 100 /a.3).

«sexe féminin ; le sang qu'il a versé, par la couleur ». « Les deux passereaux de l’offrande signifiaient la divi- « nité et l'humanité du Christ ». « A la tunique bleue du « pontife on pendait des clochettes d’or, pour signifier

« la science des choses divines qui devait s’unir en lui à « la perfection céleste de la vie » !. S. Thomas a expliqué lui-même, à propos du symbole religieux comme à propos de la « science poétique », quel sens avaient toutes ces images dans sa philosophie. « Il faut retour- « ner vers les choses divines les deux parties de l’homme « (la sensible et l’intellectuelle), et c’est pourquoi Denys « a usé des figures corporelles, accessibles à la partie « sensitive, laquelle ne peut atteindre l’intelligible même « du divin »?. La poésie, incapable de démontrer, « séduit « la raison par des images »; la théologie, dont la raison naturelle ne peut déduire les principes, en peut user de même pour fixer l'imagination ?. Il s’agit donc, semble-t-1l, de mettre tout l’homme d'accord, de faire croire l’automate par des tableaux, comme l'esprit par la grâce aidée des raisons. — Et si la valeur de spéculation du symbole n’est pas adéquatement distinguée de sa valeur utile (l’on s’en sert un peu comme des rites : « afin que les choses sensibles mêmes affermissent

« notre persuasion des choses de Dieu » ‘

), s'il est des- 1, 1a 22e q. 102 a.5 ad 5, ad 7, ad 10.

. Prolog. Sent. a.5 ad 3. « Poetica scientia est de his quae propter defectum veritatis non possunt a ratione capi; unde oportet quod quasi quibusdam similitudinibus ratio seducatur ; theologia autem est de his quae sunt supra rationem ; et ideo modus symbolicus utrique communis est, cum neutra rationi proportionetur ». Cp. 18 22)/q101"a:2"ad02;

&. 3 C. G. 120. 1. — De même in 1 Post. 1. 1 : la poésie ne persuade pas l'intelligence, mais incline la cogitative « de même qu'un homme a horreur d’une viande qu’on lui a représentée d’une façon qui soulève le cœur ».

tiné avant tout à impressionner l'animal pour l'empêcher de regimber contre l’esprit, il est pourtant parfaitement naturel d'en rattacher l'usage à celui des systèmes et de nos autres moyens de mimer l’Idée. Son rôle est comme un appendice de la spéculation, parce qu'il aide à l'unification du pensant, et que l’Idée est l'unité du pensant en tant qu'il pense. Peut-être même le jugera-t-on supérieur à ces arrangements logiques que S. Thomas lui préférait sans doute, et dont il faut dire un mot encore avant de terminer.

L’extrême désir d’ordonner le monde, qui se trahit si naivement dans les exemples cités plus haut, est tout naturel chez S. Thomas, puisqu'il procède directement de la persuasion de son intelligibilité. Un système est un essai de reconstruction du plan de l'artiste divin. Partout la reconstitution d'ordre se retrouve dans la philosophie thomiste. Mais nulle part peut-être elle n’est plus frappante que là où S. Thomas analyse une œuvre humaine : les profondeurs d’intentions subtiles et de rationalisation micrographique qu'il prête aux artistes mortels font mieux comprendre qu'il ait recherché dans le détail du monde et par le discours, les traces de la Raison divine. Il est à propos de nous arrêter un instant à cet aspect de son œuvre, et c’est ici qu'il en faut traiter, car, par une remarquable cohérence avec les principes exposés dans ce chapitre, quand il analyse si finement les productions de l'esprit des hommes, il prétend charmer sa raison plutôt que la convaincre : il fait moins de la science que du système.

Considérons cette œuvre d'art de l'humanité : le langage. On sait quel rôle joue l'argument de la « prédica- « tion » dans la philosophie d’Aristote : le langage est couramment supposé miroir de la pensée, qui est nuroir des choses !. Ceux qui vinrent après Aristote, et spécialement les Scolastiques, dépassèrent le maître. Laissons de côté la curieuse histoire des rapports entre la logique et la grammaire, et considérons les mots isolés. Isidore, le précepteur du moyen âge en fait d’étymologie, admet comme un fait certain que les « anciens » ont nommé beaucoup d'objets « selon leur nature », quelques autres arbitrairement, et il prononce « que la connais- « sance de toute chose est plus facile quand on sait « l'étymologie » ?. Les Scolastiques, done, et S. Thomas comme les autres, vont de l’étymologie à la nature. Un certain rapport intime est supposé entre le nom et l'être; le mot sert comme de clé pour ouvrir cette boîte mystérieuse qu'est | « essence » de l'objet.

Il n’est guère utile de multiplier les exemples de ce procédé : l’on en rencontre à chaque page, et la matière phonétique y est tordue en tous sens pour qu’on en puisse exprimer un peu d'inteligible. Les plus typiques semblent être ceux de la forme suivante : « Le mot « hérésie est grec et veut dire choix selon Isidore... « l'élection s’appelant prohaeresis.. Il convient encore « à l’hérétique selon qu’il est latin et qu'il vient de hae- «rere, parce qu’un tel homme adhère fortement à son « propre sens » ?, On remarquera les hypothèses ici accu-

1. ‘Ocayic yao Àéyetat, Tosavray we Tù elvat onuaivet. Metaph. À 7. 2. Isidore de Séville, Ztymologies, 1. I, ch. 29.

3. 4 d.13 q.2 a.1 — Cp. 3 4.25 q.1 a.1 sol. 1 (articulus, grec et latin). — In 1 Cor. 5. 2. (pascha, grec et hébreu). — In Rom. 1. 1. (Paul, hébreu, grec et latin. Ici, après cette explication par la causalité quasi formelle, l’auteur en vient, comme à une question

mulées, si l'explication est donnée sérieusement. Tout argument qui part de l’'étymologie pour arriver à l’essence, suppose : d’abord, que « l’auteur du mot » a choisi celui qui signifiait précisément ce caractère que l’abstraction conceptuelle lui marquait comme essentiel dans l’objet; secondement, que depuis la « première « imposition », le mot est demeuré fidèle à sa chose, sans restriction, sans extension, sans écoulement ni fuite d'aucune sorte, qu'ils sont inséparables comme l'essence et la propriété. Mais dans l’exemple cité vient s'ajouter une troisième hypothèse bien plus étrange : on aurait consciemment choisi une racine qui, par un heureux hasard, signifiât en deux — ou plusieurs — langues des caractères divers et importants de la chose à nommer.

Prétendrons-nous que S. Thomas s’est laissé piper à ces suppositions puériles ? Cela ne semble pas possible, car, lorsqu'il lui arrive de faire la critique de l’argument d’étymologie — ce qui a lieu, pratiquement, toutes les fois que cet argument va contre sa thèse, — il nie explicitement chacune de ces suppositions. Il rejette la complicité des diverses langues !, il repousse la chimère d’un langage naturel? et écarte le rêve d’un langage parfaitement logique ?, il distingue le sens et l’étymologie #; selon les principes de sa noétique expérimentale, il affirme que nous nommons les choses comme nous les connaissons, c’est-à-dire en partant de caractères extédistincte, aux circonstances réelles qui ont fait donner à Paul son nouveau nom). Il va sans dire que le procédé n’est pas particulier à S. Thomas. On le rencontre déjà dans Platon (Cratyle, p. 405).

122922 45 a-2)ad 2.

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