Ver. q.2 a.2. — q.20 a
4. V.1i. C. 9. 6. — 12 22 q.3 a.5 ; 94 a.6, a.8. — In Job, 7, 2; 8.2. — Ver. 14. 2, etc.
racine même deleur conception du monde.Mais on touchait en même temps une racine de l’intellectualisme thomiste. C’est en effet un principe indiscutable pour S. Thomas que l'intelligence change en bien tout ce qu’elle touche, et qu’on ne saurait donc, du point de vue du bien et du mal, distinguer les plaisirs, «ès lors etautant que on les transforme en pensée. Sans doute, on chercherait en vain une application distincte, didactique, explicite, au triple domaine de la contemplation religieuse, de la science, de l’art. Mais ce n’est pas en démembrant un principe qu’on en fait le plus énergiquement ressortir l’'universalité. S. Thomas proclame souvent son axiome, et l’applique ensuite, comme au hasard, en tout ordre de connaissance intellectuelle, montrant ainsi qu'il vaut partout. « Toute connaissance, en soi, est du genre des « choses bonnes ». « Le mal, en tant que connu, est « bon, parce qu’il est bon de connaitre le mal ! ». Il va plus loin : puisque toute intellection, en nous comme en Dieu, est excellente, le plaisir qui naturellement en découle ne pourra être qu’excellent. À parler absolument, les délectations spirituelles sont conformes à la raison, et il n’y a lieu de les réfréner qu’en un cas particulier : si l’une d’elles, directement ou indirectement, en empéchait une autre, qui fût meilleure ?. Cela est vrai, s’il s’agit d'études scientifiques ; cela est vrai encore de ces joies plus intimes et plus proches de lintuition que font éprouver la réflexion personnelle ou la recherche philosophique. Toute objection qu'on pourrait élever contre cette manière de voir repose sur une confusion entre le plaisir d’appétit, qui peut être mau- vais, puisqu'il tend à l’objet lui-même, et le plaisir
1% Ver: 2,15. let 21950: 2. Cp. 4 d.44.q.1 a.3 sol. 4 ad 4.
essentiellement bon qui suit nécessairement l’idée. « Le « plaisir qu'on prend à une pensée peut être double : il « y a celui qui vient de la pensée même et celui qui vient « de la chose à laquelle on pense ! ». « Le plaisir qui « suit la pensée comme telle est dans un genre entière- « rement différent de celui de l’acte extérieur. Aussi un « tel plaisir, qui peut suivre la pensée des pires objets, « n’est péché en aucune manière : c’est un plaisir louable, « comme lorsqu'on se complait dans la connaissance de « la vérité ? ». Aux théoriciens du beau qui se fondent sur des délectations motrices conséquentes pour refuser à certaines perceptions d’art une valeur esthétique, et subordonnent directement l’art à la morale, S. Thomas aurait certainement répondu qu'ils jugent de l’acte par une émotion qui le suit par accident, non par celle qui lui est propre, et qu'ainsi leur raisonnement porte à faux. Il eût nié que l'impression esthétique püt être mesurée par le résultat produit dans la volonté pratique, comme il eût jugé absurde celui qui, comparant deux alchimistes, eût proclamé & priori moins savant celui qui use de son art pour empoisonner que celui qui s’en sert pour guérir.
En eût-il, d’ailleurs, été moins sévère pour le règlement pratique de la vie intellectuelle ? Eüt-1l absous l'esthète qui cherche partout sa volupté ? Le croire serait méconnaître une des distinctions les plus usuelles chez S. Thomas, et qu'il applique expressément au cas présent. La science et l’art, indépendants de la morale quant à la spécification, lui sont soumis pour l’exercice. Un architecte a tort de bâtir pour abriter une passion mauvaise, mais il n'en reste pas moins bon