Mal. 5. 1. — Cp. 1 d.39 q.2 a.2 ad
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donc, pour une même espèce, une multitude de solutions. L'intelligence, nata fieri omnia, est, comme puissance pure de l'être, une monade plus souple, plus molle que celle dont la forme est contrainte par la matière. Et, quelque déterminé intellectuellement, quelque fonctionalisé qu'il soit, l'ange, de son obscurité relative, peut encore émerger dans la lumière plus pure de l’Esse séparé. La « puissance obédientielle » n’est pas, pour S. Thomas, indépendante de la puissance naturelle
elle est la nature même. On pourra donc, au moins post factum, en reconnaitre les traces dans la conscience que l'être a de soi, dans certains appels sourds de sa nature. Et ce qui, en l’absence de l'offre divine, ne se fût traduit qu’en appétitif, dans une obscurité indéchiffrable, pourra, grâce aux lumières de la foi, se formuler en une claire série de syllogismes. C’est ainsi qu'on construit le système probable qui relie la raison et la révélation par ces moyens termes : l'insuffisance des spéculations humaines, et le désir d’étreindre en soi le Premier Intel-
ligible.
S. Thomas croit qu’en fait le surcroit a été offert à l’homme, et sous sa forme la plus haute, la promesse de la vision intuitive. À prendre tout l’ensemble du dynamisme humain ainsi transformé, 1l est clair que ce don gracieux du Ciel couronne de la façon la plus triomphale l’intellectualisme tel qu'il le concevait. Mais, si l’on considère les conditions spéciales dans lesquelles le surcroit est offert, on comprend que cet envahissement de la nature par le surnaturel opère un
renversement violent des valeurs philosophiques, un rabaissement des spéculations humaines, un déclassement de nos pensées terrestres, qui sont réduites au rang de moyens.
Nécessairement, si la vision était promise, la béatitude des abstractions pâlissait. Cependant, elle pouvait garder sur terre sa place de préparation et de « félicité telle quelle ». Mais, de fait, si le Paradis ouvert par le Christ est incomparablement plus beau que le bonheur naturel des âmes séparées, il se trouve aussi que, dans l'ordre présent, son acquisition est plus laborieuse. Il est offert à une nature que le péché a blessée : un des premiers effets de la faute, c’est que la raison trouve sur terre de grands empêchements à son exercice : elle est faible, et les sens sont plus forts !. Ainsi l'humanité qui de fait est la nôtre ( et le philosophe, comme le théologien, ne peut observer que celle-là) souffre d’une lutte constante, d’un vrai malaise naturel : c’est là, nécessairement, l’état où la vision se prépare. Cela nous permet d'attendre, pour l'exercice terrestre de la spéculation, des conditions nettement défavorables. L'intellection détachée ne saurait être, pour les fils d'Adam rachetés par le Dieu qui souffre, l’operatio non impediti.
Précisant davantage, on constate d’abord que, pour la plus grande partie de l'humanité, une vie de spéculation un peu libre est impossible. Mais à regarder seulement ceux qui s’y adonnent, et qui y trouvent, dans l’état indompté des énergies sensibles, de grandes difficultés, quels objets les attireront ? Ce serait, sans nul doute, exagérer la pensée de S. Thomas que de rabaisser la valeur du savoir naturel, pour un chrétien, au rang