‹ L'Intellectualisme de Saint ThomasChapitre 94 sur 100 · In 2 Eth. 1.4. — 3 d.35 q.1 a.3 sol.2 ad · texte numérisé non relu

In 2 Eth. 1.4. — 3 d.35 q.1 a.3 sol.2 ad

« libre-arbitre ». Sensibles qu’elles sont aux impressions qui leur viennent des objets changeants du dehors, leur pouvoir de réaction est plus mobile, et l'empire du système d'idées innées qui constitue l'instinct est en conséquence moins rigoureux chez elles, moins absolu. « Elles « peuvent agir si elles jugent qu'il faut agir, et, si elles « ne jugent pas, ne pas agir. Mais parce que leur juge- « ment est déterminé à être tel ou tel, leur tendance et « leur action est déterminée de même ; nécessairement « la perception ou l’émotion excite en elles la fuite ou « la poursuite. Le mouton qui voit un loup prend peur et « se sauve nécessairement. Le chien qu’envahit la colère « aboiïe et poursuit nécessairement ». « Comme elles « ignorent la raison de leur jugement », « elles ne le « jugent pas, mais elles le suivent tel que Dieu l’a mis « en elles, donc elles ne sont pas cause de la sentence

« qu’elles portent, et le libre-arbitre n’est pas en elles ». Et, toujours parce que la transparence de raison leur manque, « ce jugement qu'elles ont ne s'étend pas à « tous les êtres, comme le jugement rationnel, mais à « certains objets déterminés. » Comme leur sphère de perception, ainsi leur sphère d'action (c’est-à-dire l’extension de leur idée pratique), est restreinte : « Toutes les « hirondelles font des nids pareils, et l’industrie des « abeilles ne s'étend pas à d’autres œuvres d'art qu’à la « confection des rayons de miel ! ». — Là, au contraire où il y à liberté parce qu'il y a puissance de juger son jugement, l’ampleur de la sphère d’action se dilate à mesure que se relâche l’empire restreignant de l’idée

1, Ver. 24. 1 et 2. — Cp. 1 q.55 a.3 ad 3, sur la « prudentia » universelle chez l'homme, particulière chez le renard ou chez le lion, parce qu'elle y est restreinte aux actes de circonspection ou de magnanimité.

pratique. Il faut pourtant y prendre garde : chez tous les intelligents sauf Dieu, la liberté n’est pas complète parce que l'esprit n’est pas égal à l'être. L'homme sans doute est libre, mais comme sa spéculation, à l’état actuel, s'étend seulement à l'intelligible existant dans le sensible, ainsi ses idées pratiques sont restreintes en un cercle que trace sa nature corporelle et bornée : il ne peut, par exemple, communiquer sa pensée à son semblable sans tenir compte du temps et du lieu, il ne peut penser sans images : de telles actions purement spirituelles ne tombent pas vraiment sous son choix. Ce qui est vrai de l'espèce l’est aussi de l'individu, dont l’action propre est conditionnée par les principes singuliers comme l’action spécifique par les principes généraux !. Ainsi un rustre ne peut « penser en acte » des principes abstraits de géométrie, un intempérant ne peut, même s'il le veut, agir comme celui qui a l’habitude de la vertu ? : et pourtant aucune de ces actions ne dépasse les forces de l’espèce. — Montons dans les espèces et le principe continuera de s'appliquer : la libre puissance d’action des esprits purs est proportionnée à l’universalité des notions qu’ils possèdent. Mais en Dieu seul, dont l’Étre est l’Idée, il ya puissance simpliciter par rapport à tout ce qui peut être : son Verbe, qui est comme son Idée pratique, possédant

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2. V. les expressions presque déterministes sur la force de la coutume. Comp. Theol. 174.— Ver. 24. 12. Cp. ad 13. — La possibilité de s’habituer est, dans la philosophie thomiste, une des grandes différences entre l'ange et l’homme. L'homme est dans la durée continue, il se fait constamment et se transforme. Aussi ne suflit-il pas, pour étudier son idée pratique humaine, d’expliquer une décision instantanée et définitive (comme c’est le cas pour le péché des anges) ; il faut avoir compris qu'il arrive devant chaque nouveau problème moral conditionné par toutes les déterminations qui ont précédé, plus ou moins propre à connaître purement le bien, plus ou moins libre.

identiquement la nature infinie, est le monde intelligible total. Ainsi sa liberté est parfaite, aucune restriction ne l'asservit !. Et cela, parce que son idée (pensante, active) est son être, tandis que, à l’extrémité opposée, dans les corps bruts, il n’y avait aucune liberté parce que leur appétit et leur idée ne se distinguait pas de leur nature (idée pensée seulement par Dieu, passive, matérielle) ; pour les intermédiaires, ils sont plus ou moins libres, selon qu'ils distinguent plus ou moins leurs idées d’avec ce qu'ils sont. Dans toute la série des êtres corporels, plus les idées sont restreintes et rares, plus aussi elles sont restreignantes, et leur puissance de restriction va de pair avec leur efficacité. Dans le monde des esprits purs, moins les idées sont restreintes et nombreuses, moins elles sont restreignantes, mais leur puissance de restriction est en raison inverse de leur efficacité.

Tel étant le schéma général de la puissance contraignante des idées pratiques, il faut donc, si on les étudie en détail chez l’homme, qu’on les trouve toujours d’autant plus puissantes en leur genre qu’elles sont plus subjectives, d'autant plus efficaces qu’elles sont moins exclusivement immanentes à l'esprit, qu'elles sont plus répandues sur tout l’être, plus animales, moins totalisées. La science morale abstraite, nous l’avons dit, est condition nécessaire et non pas cause par rapport à la vertu ; l’idée cesse d’être pure lumière pour devenir force motrice, au moment même où elle cesse d’être pure réception intelligible. Car « nos actes et nos choix ont « rapport aux choses singulières; aussi l'appétit sensitif,

1. C(Naturale agens) secundum quod est tale, agit; unde quamdiu est tale, non facit nisi tale. Omne enim agens per naturam habet esse determinatum. Cum igitur esse divinum non sit determinatum,

sed contineat in se totam perfectionem essendi, non potest esse quod agat per necessitatem naturæ » ete. 4 q.19 a.#.

« puissance du particulier, est grandement puissant « pour faire voir à l’homme les objets sous tel ou tel « angle ! ». Et c’est ainsi — par le moyen de l’intelligence teintée de subjectivité sensible — que les tendances sensitives arrivent à mouvoir la volonté.

La théorie péripatéticienne des vertus, adoptée et développée par S. Thomas, met parfaitement en lumière cette doctrine. Par un coup de volonté, et à la lumière des principes de la morale naturelle, tout homme peut faire, s’il lui plait, un acte de vertu. Mais il n’est pas d’action pleinement et véritablement vertueuse, sans la présence de l'intuition morale {prudentia). Or cette intuition est exclusivement pratique et personnelle : elle ne connaît que de mes actes, ses objets sont les choses et les évènements singuliers, elle s’étend et se continue jusque dans le sens intérieur ?; et, ce qui est encore plus caractéristique, elle est nécessairement conditionnée par la présence des vertus morales dans les tendances sensitives, par une certaine disposition vertueuse du corps ?. La pénétration de l'habitude bonne dans l’organisme est absolument essentielle au concept de la vertu thomiste #. L’ «irascible » et le « concupiscible » doivent

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