INTELLIGENCE DES SERPENTS
« L'Iguane commun, dit-il, est d'an naturel doux et inof- » fensif, mais son aspect ne prédispose pas en sa faveur, » surtout sous rinfluence de la peur ou de la colère. Ses yeux » s'enflamment, il siffle comme un serpent, enfle la poche » qu'il porte à la gorge, cingle l'air de sa longue queue, » hérisse les écailles de son dos et la bouche ouverte de toute » la largeur de ses mâchoires, il redresse sa tête couverte de » tubercules d'un geste menaçant. Au printemps le mâle se » montre très attaché à sa femelle, sa douceur naturelle fait » place à un courage indomptable, il défend sa compagne » avec une véritable furie et n'hésite pas à attaquer tout » animal qui semble la menacer ; dans cette saison, il mord » avec une telle ténacité qu'il faut ou le tuer ou lui porter des » coups très violents sur le nez pour lui faire lâcher prise ; » toutefois sa morsure n'est jamais venimeuse *. »
Plusieurs espèces de serpents couvent leurs œufs et témoignent de Taffection envers leurs jeunes ; mais en cela comme dans leurs autres émotions, ils ne semblent guère s'élever audessus du niveau des poissons. Il est cependant un exemple que j'aurais lieu de citer plus loin (celui des serpents apprivoisés de M. et M'"® Mann) qui dénote un degré de développement passionnel supérieur à celui que l'on rencontre chez les vertébrés d'ordre inférieur. Pline ne nous dit-il pas que l'affection qui unit le mâle à la femelle de l'aspic est telle que si l'on tue l'un d'eux, l'autre cherche à le venger ; assertion qui se trouve confirmée ou plutôt expliquée par sir Emerson Tennent, d'après lequel deux ou trois jours après la mort d'un cobra on trouve souvent son compagnon à l'endroit où il a péri.
Si nous passons maintenant à l'intelligence générale des reptiles, tout en constatant sa grande infériorité à celle des oiseaux et des mammifères, nous reconnaissons sans peine qu'elle l'emporte sur celle des poissons et des batraciens.
Et d'abord en ce qui concerne les instincts spéciaux, M. W. F. Barrett dans une lettre à M. Darwin à la date du 6 mai 1873 qui se trouve dans les manuscrits dont il a déjà été question, raconte comme quoi il ouvrit avec un canif un œuf d'alligator qui allait éclore et qu'aussitôt le jeune animal,