Passions des Animaux^ p
ROMANES. n. — 2
malgré qu'il n'y pût voir encore, lui saisit le doigt et chercha à le mordre. De môme M. Davy dans son « Rapport sur Ceylan » consigne une observation intéressante que lui fournit un jeune crocodile sorti d'un œuf qu'il venait d'ouvrir. A peine libre, il se mit à courir droit vers un cours d'eau voisin, et comme M. Davy cherchait à le faire dévier avec sa canne, il prit une attitude menaçante identique à celle d'un animal adulte.
Humboldt fit une expérience analogue avec de jeunes tortues, et il fait observer qu'elles éclosent habituellement pendant la nuit, que, par conséquent, elles ne peuvent voir l'eau qu'elles recherchent et qu'elles doivent y être conduites par le sentiment de la direction dans laquelle l'air est le plus humide. Il ajoute que Ton avait essayé de mettre les jeunes nouvellement éclos dans des sacs, de les porter ainsi à une certaine distance du rivage, puis de les lâcher en les tournant la queue vers l'eau ; mais que chaque fois, sans exception, ils firent de suite volte-face et se dirigèrent sans hésiter et par le chemin le plus court vers leur élément.
Les instincts des adultes sont presque aussi remarquables. Voici comment Bâtes décrit leur vigilance inquiète à l'époque de la ponte :
« Les plus grandes précautions sont nécessaires, dit -il, » pour éviter de déranger ces créatures timides au moment » où elles se rassemblent en troupes dans les parages du » banc de sable, avant de se rendre à terre pour y pondre » leurs œufs. Les employés ont soin de ne pas se montrer, » et avertissent les pêcheurs d'avoir à se tenir à l'écart. Ils » allument leurs feux dans un ravin profond sur les confins » de la forêt, de manière à ce que la fumée en soit invisible. » Et en effet, le passage d'un bateau dans les hauts fonds D où les tortues se rassemblent, la vue d'un homme ou d'un » feu sur le banc de sable, suffirait pour les empêcher de D quitter l'eau la nuit suivante pour aller pondre, et si '» l'alarme se répétait à deux ou trois reprises, elles iraient » chercher la tranquillité dans d'autres parages... A l'aube j> je quittai mon hamac en frissonnant, car par suite de » l'énorme rayonnement de chaleur qui se produit la nuit y> sur le sable^ le jour naît au milieu d'un froid très vif pour » ce climat. Cardozo et son équipe étaient déjà sur pied,