‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 13 sur 120 · PONTE DES TORTUES · texte numérisé non relu

PONTE DES TORTUES

)> faisant le gaet du haut d'une plateforme qu'ils avaient » établie à cinquante pieds au-dessus du sol dans un grand » arbre près de la station, et à laquelle on parvenait par » une échelle grossière en lianes fibreuses. De cette hau- » teur l'on peut observer la date des pontes successives, ce » qui permit au « Commandante » de déterminer l'époque » la plus convenable pour l'invitation générale qu'il envoie » aux habitants d'Éga. Les tortues pondent leurs œufs » la nuit; quand rien ne les trouble, elles sortent de l'eau » par bandes immenses et se dirigent vers le centre, c'est- » à-dire le point le plus élevé de la « Praia », ou champ » de ponte. Elles choisissent ainsi l'emplacement qui, dans » les saisons de pluie extraordinaires, sera le dernier à » disparaître sous l'eau, alors que la rivière commence à » monter avant que la chaleur du sable ait fait éclore les » œufs. On serait presque tenté de conclure à un acte de pré- » voyance consciente de la part de ces créatures; mais ce » n'est, somme toute, qu'un exemple comme on en rencontre j) tant chez les animaux et où une habitude inconsciente » produit le même résultat qu'un acte de discernement » conscient. C'est de minuit à la pointe du jour que règne » la plus grande activité. A l'aide de leurs pattes qui sont » larges et palmées, les tortues creusent dans le sable fin » des trous d'environ trois pieds de profondeur qu'elles rem- » plissent l'un après l'autre de leurs œufs, chacune en four- » nissant quelque cent vingt pour sa part et les recouvrant » d'une couche de sable» Il ne faut pas moins de quatorze » à quinze jours aux habitués d'une « praia » pour corn- » pléter leur ponte, alors que rien ne vient les interrompre. » Quand tout est fini, la surface du terra n de leurs opéra- » tions (en brésilien, taboleiro) ne se distingue du reste de » la praia qu'en ce que le sable paraît avoir été fraîchement » remué *• »

Le môme naturaliste s'exprime comme il suit sur le compte de l'alligator :

« C'est à de pareils indices, dit-il, que l'on reconnaît la » timidité et la lâcheté de cet animal. Jamais il n'attaque » l'homme quand il le voit sur ses gardes ; mais il est assez

1 . Le Naturaliste dans la région des Amazones, pages 285-28^.

» rusé pour savoir quand il peut le faire avec impunité. » Nous en eûmes la preuve quelques jours plus tard, etc. * »

De son côté, Jesse * cite à propos du môme animal une anecdote fort curieuse qu'il dit tenir d'une personne dont le témoignage lui inspire la plus grande confiance :

a Pendant neuf ans mon correspondant avait surveillé » l'exécution de certains travaux pour le compte du gou- » vernemént aux États-Unis. Pendant la construction d'un » phare dans un marais attenant à une rivière, il réussit » à capturer un jeune alligator et l'apprivoisa si bien, que » l'animal le suivait dans la maison comme un chien, montait » les escaliers après lui et lui témoignait la plus grande » affection. Mais son ami de cœur était un chat. Quand il le » voyait assoupi devant le feu, il venait s'étendre à ses côtes )> ou s'endormait la tête appuyée sur son camarade. L'absence » et la présence du chat faisaient la pluie et le beau temps » pour l'alligator. La seule fois qu'il se départit de sa douceur » habituelle, ce fut envers un renard qui était à l'attache » dans la cour, et, qui probablement avait mal reçu ses » avances. Il ne chercha pas à le mordre, mais lui administra » de tels coups de queue que si la chaîne en se cassant » n'avait permis au renard de s'esquiver, il aurait assurément » péri. La nourriture de l'alligator consistait en viande crue » avec régal de lait de temps en temps. Quand il faisait froid » on l'enfermait dans une boîte garnie de laine, malheureu- » sèment on le laissa dehors une nuit qu'il gelait, et le lende- » main matin on le trouva mort. Ce n'est pas, je crois, le seul » cas d'apprivoisement qui se soit présenté parmi les amphi- » bies 3. Blumenbach cite des crocodiles, et pour mon compte » j'ai rencontré à deux reprises des crapauds qui recon- » naissaient leurs bienfaiteurs et couraient au devant d'eux » avec un empressement assez marqué. »

Quant aux reptiles, j'ai plusieurs exemples de leur perspicacité à citer.

Page 1