‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 14 sur 120 · CROCODILES ET SERPENTS APPRIVOISES · texte numérisé non relu

CROCODILES ET SERPENTS APPRIVOISES

Trois ou quatre de mes correspondants m'assurent avoir connu des serpents et des tortues qui distinguaient leurs amis. L'une de ces tortues venait à rappel de son maître et lui témoignait son affection en tapant légèrement son pied avec la bouche ; elle ne faisait attention à aucune autre personne. Quelques semaines de séparation ne semblaient point affaiblir le souvenir qu'elle gardait de son bienfaiteur *.

L'observation qui suit prouve non seulement que les serpents sont capables de distinguer les personnes, et de garder pendant au moins six semaines le souvenir de leurs amis, mais en plus qu'ils ont des dispositions affectueuses qu'on n'aurait pas soupçonnées chez de semblables animaux. Les serpents, dont il est question, étaient parfaitement apprivoisés et montraient une affection marquée pour les personnes qui les soignaient. Je tiens le fait de M. Severn, le célèbre artiste et l'ami intime de M. et M™® Mann auxquels les serpents appartenaient. Sur la plainte de certains voisins qui répugnaient au voisinage de ces reptiles, un pi'ocès avait été intenté à M. et à M'"^ Mann ; ce fut alors que M. Severn écrivit au Times une lettre où il expliquait que ces animaux étaient absolument inoffensifs.

« Je connais, disait-il, les personnes dont on se plaint et » je me permettrai de raconter, en peu de mots, la première » visite que je leur fis.

» Après avoir échangé quelques mots avec moi, M. Mann » me demanda si j'avais peur des serpents, et sur ma » réponse un peu hésitante, je l'avoue, que je ne les crai- ^» gnais pas trop, il tira d'une armoire un gros boa-constric- » tor, un Python et plusieurs petits serpents qui se mirent à » circuler librement sur la table au milieu des livres, plumes, » etc. . . J'éprouvai d'abord quelque émotion, surtout lorsque » je vis les deux gros reptiles s'enlacer autour de mon ami, » et me regarder de leurs yeux brillants en dardant leur » langue fourchue; mais je ne tardai pas à reconnaître qu'ils M étaient parfaitement apprivoisés et je me rassurai complète-

1. La tortue, qui est devenue si célèbre pour avoir été observée par Pauteur de VHistoire naturelle de Selhorne, manifestait le même discernement. A la vue de sa bonne vieille amie qui l'avait soignée pendant plus de trente ans, elle accourait gauchement, tandis qu'elle ne faisait pas la moindre attention aux étrangers.

22 BATftÀGlENS ET REPTILES

» iD€Dt. Au bout de quelques instants, M. Mann 91e quitta » pour appeler sa femme, et je restai en face du boa établi » sur un fauteuil. Je commençais à m'inquiéter en le voyant » s'approcher de moi, lorsque l'entrée de mes hôtes, suivis de » deux petites filles charmantes vint faire diversion à mon » malaise. Après les formules d'usage, M™« Mann, et ses » deux filles, s'approchèrent du boa et lui prodiguant les » termes de la plus vive affection, se laissèrent enlacer » par lui. Tout en causant, je ne cessais de m'étonner du » spectacle que j'avais sous les yeux. Là, devant moi, était » assise une femme charmante avec ses deux jolis enfants, » tandis qu'un boa aussi gros qu'un jeune arbre, se jouait r> autour de sa taille et de son cou, lui faisant comme un tur- » ban au-dessus de la tête, et recherchant les caresses comme » un jeune chat. Les enfants lui prenaient constamment la tète » dans leurs mains, et lui baisaient la bouche en écartant sa .0 langue fourchue. L'animal semblait jouir de leurs calineries, » mais il ne cessait de tourner la tête vers moi, avec une » expression singulière dans ses yeux; si bien que je finis D par lui permettre de glisser sa tête pendant un instant dans » ma manche. Rien de plus gracieux que la manière dont ce » magnifique serpent glissait autour de M™« Mann, pendant » qu'elle circulait dans l'appartement et qu'elle nous versait » du café. 11 semblait disposer son poids avec une grande » adresse, et chaque anneau ressortait vivement avec ses » dessins sur le fond noir de la robe de velours. Je prolongeai » indéfiniment ma visite, et je revins à bref délai avec un ami » (membre distingué du parlement*) que je désirais présenter » à mes « dompteurs ».

» Les serpents avaient l'air fort obéissant, et restaient dans j> 1-eur armoire quand on le leur commandait.

» Il y a près d'un an M. et M"*« Mann s'absentèrent pen- » dant six semaines. Ils avaient confié leur boa à un gardien » au jardin zoologique; mais le pauvre animal tomba dans » l'abattement, dormant sans cesse et refusant toute nour- » riture. Quand il revit ses maîtres, il bondit de plaisir et les D enlaça avec toutes les marques de la joie la plus vive *. »

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