‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 15 sur 120 · AMITIÉS DES SERPENTS · texte numérisé non relu

AMITIÉS DES SERPENTS

Le python eut une fin tragique. M. Severa me dit que quelques années après la publication de sa lettre, M. Mann fut pris d'une attaque d'apoplexie. Sa femme, se trouvant seule à la maison en ce moment courut chercher un médecin; quand elle revint dix minutes plus tard, elle trouva le serpent étendu mort à côté de son mari; il avait grimpé les escaliers durant sou âh:<ence et s'était glissé dans la chambre du malade. Faut-il attribuer sa mort à une coïncidence fortuite ou à rémotion qu'il ressentit à la vue de son maître et qui lui aurait porté un coup fatal dans l'état maladif où il se trouvait probablement? Pour mon compte vu l'abattement de Tanimal pendant l'absence de ses maîtres, vu l'extrême rapidité de sa mort, j'incline à penser que c'est l'émotion qui l'acheva.

Les reptiles ont donc la faculté de concevoir les associations d'idées nettes et achevées qui lui permettent de reconnaître les personnes; nous avons du reste vu que les grenouilles et même les insectes ne sont pas dépourvus de cette faculté. Passons maintenant à d'autres associations d'idées.

ce Je croio, m'écrit un de mes correspondants, que les tor- » tues savent associer l'idée de certaines couleurs vues à » plat avec celle de nourriture. En lisant votre article sur » l'inteUigence animale, je me rappelai que la veille j'avais » vu une petite tortue essayer de manger les fleurs jaunes » d'une table en marqueterie ; j'ai d'ailleurs souvent remar- » que que le rouge semblait leur suggérer l'idée de pâture. » Lord Monboddo parle d'un serpent apprivoisé, que feu le docteur Vigot gardait chez lui dans la banlieue de Madras. Lorsque les Français investirent Madras pendant la dernière guerre, ils enlevèrent ce reptile et l'envoyèrent, à Pondichéry, dans une voiture fermée. « Mais il s'échappa et revint » à sa -première demeure qu'il semblait préférer; et cela » malgré la distance qui sépare Madras de Pondichéry, soit » cent milles. Je tiens le fait d'une dame qui habitait Tlnde à » cette époque et qui eut plusieurs fois l'occasion de voir le » serpent avaiit et après son odyssée. »

Voilà certes une preuve remarquable d'instinct ; mais il

n'y a rien là d'incroyable, vu les distances énormes que

parcourent les tortues durant la période de leurs migrations.

M. E,-L, LdLySird (Exciit^sions à Ceylan, voir les Annales

de V histoire naiureUe, deuxième série, vol. IX, page 333),

24 BATKACIENS ET REPTILES

parle d'un Cobra qui avait passé la tête par une ouverture étroite pour saisir un crapaud et ne pouvait plus la retirer après avoir avalé sa victime. « Dans ces conditions force lui » fut de rendre gorge; mais ce fut bien à contre cœur, et » quand il vit sa proie s'éloigner, il ne put y tenir et s'en » empara de nouveau. Toutefois, il eut beau faire, il ne pou- » vait se dégager. Il rendit donc de nouveau, le malheureux )» crapaud, mais cette fois il avait son idée; car il le saisit » aussitôt par une patte, le fit passer par l'ouverture et ï> l'avala en triomphe. »

A la page 303 du VIII« volume du journal Nature^ se trouve I récit suivant, dû à la plume de M. E.-C. Buck :

« Nombre de crocodiles, dit-il, avaient passé la journée à » nager ou à se reposer en face de ma tente, à l'entrée d'un » petit cours d'eau qui reliait certains lacs au Gange. A la » tombée de la nuit et à un moment donné, ils abandonnèrent » tous leurs différentes occupations et s'alignèrent de manière » à barrer la rivière. Il y en avait trop pour une seule ligne, » aussi se mirent-ils sur deux rangs; et dans cet ordre ils » commencèrent à remonter le cours d'eau qui n'avait guère » que 20 mètres de large et peu de profondeur, chassant le » poisson devant eux. J'assistai à deux ou trois captures avant » de les perdre de vue. »

En dressant le bilan de la psychologie des reptiles, ce serait laisser une lacune que de ne point parler de la faculté qu'on leur attribue de fasciner d'autres animaux par le regard et de se laisser fasciner eux-mêmes par la musique, etc. . . Dans les deux cas il y a abondance de preuves, surtout en ce qui concerne leur influence sur les autres animaux. « D'après M. Pen- » nant, dit Thompson {Passions des animaux, page 118 *). le » serpent à sonnettes se poste souvent au pied d'un arbre sur » lequel se trouve un écureuil. Il le couve des yeux ; dès lors » l'animal est perdu, et, dans son angoisse, fait entendre ce » cri particulier qui révèle au passant la présence d'un ser- » peut. Tandis que l'écureuil remonte, descend, remonte en- » core pour redescendre de plus en plus bas, le serpent ne » bouge pas ; les yeux braqués sur sa victime, il s'absorbe » tellement dans son occupation, qu'il ne se dérangerait pas

1. Voir aussi Bingley, Biographie animale ^ vol. II, p. 447 448.

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