FASCINATION DES SERPENTS
» si quelqu'un s'en approchait sans avoir soin de ne pas faire » de bruit. A la fin, Técureuil se laisse choir et tombe dans » la bouche du reptile qui la tenait toute grande ouverte pour » le recevoir. » Le Vaillant confirme cette description et ra- » conte une scène dont il fut témoin : « Sur une branche » d'arbre se tenait une espèce de pie-grièche, toute tremblante » comme sous le coup de convulsions, tandis que sur une » autre branche, à environ quatre pieds de distance, un gros » serpent, le cou étendu, fixait le malheureux oiseau de ses » yeux enflammés. L'angoisse de la victime était telle qu'elle » en était paralysée, et ce fut en vain qu'on la délivra de son » persécuteur ; on la trouva morte aussitôt après. La peur » l'avait tuée, car elle n'avait pas le moindre mal. Le môme » voyageur dit que peu de temps après, il trouva une petite » souris, également à l'agonie, à deux mètres d'un serpent » dont les yeux étaient braqués sur elle, et que lorsqu'il la » releva après avoir chassé le reptile, elle expira entre ses » mains. »
Je pourrais citer nombre d'observations analogues; ce qui n empêche pas sir Joseph Fayrer de m'assurer que la prétendue fascination est synonyme de peur, et cette opinion paraît être celle de toutes les personnes qui ont été à même d'étudier la question d'une manière scientifique *. La vérité, selon toutes probabilités, est simplement que les petits animaux ressentent parfois une vive alarme à la vue d'un serpent qui les fixe et deviennent ainsi plus facilement sa proie. Il se peut fort bien que, dans certains cas, la peur affole l'animal au point de le faire agir de la manière indiquée par ces récits; les efforts que fait la victime pour s'échapper, alors qu'elle est à moitié paralysée, peuvent avoir pour résultat de la faire tomber de plus en plus bas, jusqu'à l'objet même de sa terreur. Aussi le docteur Barton, de Philadelphie, est-il peut-être un peu trop sévère pour les observateurs qui l'ont précédé, quand il dit :
o Cette théorie de la fascination a trouvé son origine dans » l'inquiétude que manifestent et les cris que font entendre les
1. Alors même que la préteûdue fascination exercée par les serpents sur cer~ tains animaux ne serait qu'un effet de la peur, la peur qu'inspirent ces reptiles dont tant d'espèces sont venimeuses est déjà un phénomène psychologique fort intéressant à noter. {Traducteur,)
» oiseaux et autres animaux quand leurs nids se trouvent me- » nacés. . . La seule merveille en tout ceci, c'est que des gens » sensés, des observateurs avisés aient jamais cru à de pa« » reiiles fables. »
En tous cas, comme me le fait très bien observer sir J. Fayrer dans sa lettre, il est étonnant de voir combien peu certains animaux semblent effrayés, Jusqu'au moment où le serpent les saisit.
Quant à Tart de charmer les serpents, il consiste à les attirer par le son d'un fifre pour les capturer et ensuite les apprivoiser. On ne leur arrache pas toujours leurs crochets, et un véritable « charmeur » sait les faire « danser ^ dès leur capture, avant qu'il ait eu le temps de les soumettre à aucun procédé d'apprivoisement. Dans une lettre à sir E. Tennent, que ce dernier a publiée, M. Reyne raconte qu'un « charmeur de serpents » lui ayant offert ses services, il commença par s'assurer qu'il ne cachait pas de serpents apprivoisés sur sa personne, et le conduisit ensuite près d'une fourmilière qu'il savait habitée par un énorme cobra {Naja). Au son du fifre le reptile ne tarda pas à se montrer :
€ A la vue du charmeur, il essaya de s'échapper, mais mon » homme s'en empara aussitôt et revint avec moi en faisant » des moulinets avec le serpent tout le long du chemin. » Arrivé à la maison, il le fit danser, mais ne tarda pas » à être mordu au-dessus du genou. Aussitôt il se banda la » jambe au-dessus de la morsure et y appliqua une « pierre à » serpent » pour absorber le venin. Pendant quelques mi- » nutes il parut ressentir de grandes douleurs, puis il se remit » peu à peu, la pierre s'était détachée à l'instant môme où le » soulagement commençait ^ . »
Somme toute il n'y a d'étonnant en pareille affaire que la « danse », à laquelle le charmeur force le serpent à se livrer ; pour ce qui est de l'attraction de sons inusités, elle ne constitue pas un fait plus remarquable que Tattraction delà lumière insolite d'une lanterne dans le cas des poissons. Du reste, il n'est pas démontré que cette « danse « soit autre chose après tout qu'une série de mouvements et de contorsions exprimant d'une manière plus ou moins naturelle, l'inquiétude et l'alarme