Gould, Oiseaux d'Australie^ vol. 1, pages
Je dois ajouter que le D*" Sclater a appelé mon attention sur une espèce remarquable d'oiseaux à berceau dont le D*^ Beccari a publie une description dans le « Gardeners Chronicle », du 16 mars 1879. On lui a donné le nom d'oiseau jardinier [Amhlyomis inomata), et elle habite la Nouvelle-Guinée. C'est un oiseau de la grosseur d'une tourterelle, qui construit son berceau en forme de hutte conique autour d'un tronc d'arbre comme centre. Ses parois consistent en tiges d'une orchidée, dont les feuilles ont la propriété de conserver longtemps leur fraîcheur. Mais le jardin est ce qu'il y a de plus étonnant ; le D*" Beccari le décrit ainsi : « Devant la cabane, dit- il, il y a une prairie de mousse net- » toyée avec soin, de manière à ce que ni herbes ni pierres » n'en gâtent l'apparence. Sur cette pelouse, des fleurs et des » fruits aux couleurs attrayantes forment un jardin d'une » grande élégance. Ces ornements sont surtout accumulés » autour de l'entrée du nid : ils semblent constituer l'offrande » journalière du mari à son épouse. Il y a là des objets de » toutes sortes, mais toujours de couleurs vives. Je remar- » quai entre autres des fruits de Garcinia, semblables à une » petite pomme; des fruits de (?arrf^ma d'un jaune foncé à » l'intérieur; de petits fruits roses provenant probablement » de quelque Scitaminée, et des fleurs d'une espèce nouvelle » de vacciniiim de toute beauté ; enfin des champignons et » des insectes pommelés. » Aussitôt fanés ces objets disparaissent derrière la hutte. Une très belle planche coloriée, représentant cet oiseau dans son jardin, accompagne le livre de M. Gould [Oiseaux de la Nouvelle-Guinée, neuvième partie, 1879.)
J'ai dit que le seul exemple de ces oiseaux suffirait à prouver que certains animaux ont le sentiment du beau; mais il en existe d'autres. Certains oiseaux - mouches , d'après M. Gould, décorent leurs nids avec le plus grand goût ; il en tapissent l'intérieur avec des morceaux de lichen qu'ils semblent choisir d instinct pour leur beauté et qu'ils disposent selon leur grandeur, les uns au milieu, les autres vers la partie qui touche à la branche. Ça et là les côtés sont enjolivés d'une petite plume insérée de manière à en dépasser la surface. Je pourrais citer plusieurs autres manifestations d'un sentiment artistique dans l'architecture des oiseaux ; d'ailleurs.
comme M. Darwin l'a prouvé en détail, il est à peu près hors de doute que ces animaux prennent plaisir à contempler les beautés de leur plumage de sexe à sexe ; c'est au moins ce qu'indique le soin avec lequel, chez plusieurs espèces, les mâles étalent leurs couleurs aux yeux des femelles. Il est vrai que le sentiment esthétique s'affirme d'une manière bien plus prononcée chez les oiseaux que dans toute autre classe; néanmoins, si l'on admet ce sentiment comme cau.se suffisante de leurs embellissements (par l'entremise de la sélection sexuelle), on est en droit de conclure que la même cause produit les effets analogues que Ton rencontre dans les autres classes, môme dans celles d'un degré aussi inférieur que les articulés. Ne pouvant rien ajouter à ce que M. Darwin a dit à ce sujet, je ferai seulement remarquer que, quelle que soit la valeur de sa théorie de la sélection sexuelle, ses recherches ont certainement démontré l'existence d'un sentiment esthétique chez les animaux.
Le fait semble confirmé d'une autre manière par le goût que manifestent les femelles des chanteurs ailés pour les accents de leurs mâles; c'est, du reste, à cet attrait que se rattache le développement du chant chez les oiseaux. L'on me dira que leurs accents sont parfois et môme souvent étrangers à la musique ; il n'en est pas moins vrai qu'ils prennent un plaisir de dileitanti aux sons qu'ils émettent, malgré les différences de goût qui se produisent chez eux comme chez les hommes selon les espèces. D'ailleurs, ils apprécient, à l'occasion, d'autres accents que les leurs. Les perroquets, par exemple, aiment le son du piano et celui de la voix d'une jeune fille, et l'anecdote suivante du musicien John Lockmann met en évidence la faculté de distinguer un certain air et de s'y attacher à l'exclusion de tous les autres. Il raconte que lorsque la fille de M. Lee, chez lequel il se trouvait en visite, dans le Cheshire, jouait l'air « Speri si » de <.iV Admetus » de Haendel, un pigeon du voisinage ne manquait jamais de venir se poser sur la fenêtre de l'appartement où elle se trouvait pour écouter, jusqu'au bout, avec toute l'apparence d'un profond plaisir. Après quoi il s'en retournait ; et aucun autre air n'avait le don de l'attirer. (Bingley, Biogr, anim», v. II, p. 220.)
Mœurs spéciales.
Les faits q ai se présentent à nous sous ce titre, sont tous plu8 ou moins décousus.
Commençons par ceux qui se rattachent à la recherche des provisions. Je signalerai tout d'abord comme digne d'intérêt, rinstinct dont font preuve les merles et les grives qui vont à de grandes distances, s'il le faut, pour trouver une pierre contre laquelle ils paissent briser les coquilles des escargots qu'ils ont ramassés S ainsi que les mouettes et les corneilles qui s'élèvent dans Tair pour laisser retomber sur les rochers les coquillages dont elles convoitent le contenu *. Dans les deux cas, il y a manifestation d'un degré considérable d'intelligence, soit de la part des oiseaux soit de celle de leurs ancêtres ; car l'instinct en question ne saurait être considéré comme résultant d'une adaptation fortuite dans l'origine et développée par l'effet de la sélection naturelle ; il y a dû y avoir dans le principe acte rationnel avec conception du but à atteindre.
L'instinct de la rapine trouve dans le règne animal son développement le plus complet chez les oiseaux. On comprend facilement quel intérêt une espèce forte peut avoir à ce que chaque individu vive aux dépens des autres espèces, et par suite le développement de l'instinct de rapine par la sélection naturelle s'explique sans difficulté. On le trouve à tous ses degrés chez les oiseaux de mer. Ainsi les mouettes, qui d'ordinaire fourragent pour leur propre compte, se rassemblent en masse là où les guillemets ont découvert un banc de poissons. Posées sur l'eau, ou volant à sa surface, elles attendent
1. Pour les détails, voir Buckland, Curiosité» de Vhistoire naturelle, p. 183.
2. A propos des corneilles, voici ce que dit Edward : « Elle s^élève avec un crabe et le laisse tomber sur un rocher choisi d'avance. Si elle ne réussit pas, elle recommence aussi souvent qu'il le faut, en s'élevant chaque fois davantage. Elle s'en lient longtemps au même rocher si elle le trouve commode. Je connais un rocher qui a été mis à contribution par une série de générations de corneilles pendant près de vingt ans. > Hancock raconte quMn ami de M. Darvi'in vit sur la côte nord de l'Islande une cenleine de corneilles ramassant des moules, puis s'élevant dans Tair pour les laisser tomber sur des pierres plates contre lesquelles les coquilles se brisaient. Les corbeaux agissent souvent de même, à ce que l'on dit.