‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 31 sur 120 · CONSTRUCTION DES NIDS · texte numérisé non relu

CONSTRUCTION DES NIDS

morceaux de peur de révéler la position de leur nid. Wilson dit que le trou du pic d'Amérique a jusqu'à cinq pieds de profondeur, et que sa forme tortueuse sert à abriter le nid du vent et de la pluie.

Le sansonnet de werger {Or char d Siarlmg) suspend son nidà une branche d'arbre et se sert pour le construire de brins d'une herbe tenace qu'il entrelace. Wilson mesura un de ces brins d'herbe et trouva qu'il avait treize pouces de long, et servait à trente quatre entrelacements.

Viennent maintenant le Tisserand [Ploceus textor) et les couturiers (Prinia, Orthotomiis, Sylvia) ; le premier fabrique avec une herbe âne un tissu assez fort pour protéger ses jeunes ; le second coud ensemble des feuilles à l'aide de morceaux de fil ou de coton quand il peut en trouver, sinon, avec des fibres de végétaux. Le colonel Sykes affirme avoir trouvé un nœud au bout de ces fils. [Catal. d-oiseaux, etc., p. 16.)

Forbes, en observant un oiseau couturier de l'Inde à l'œuvre, lui vit choisir une plante à larges feuilles, ramasser du coton, le filer à l'aide de son bec et de ses pattes, puis coudre les feuilles ensemble en se servant de son bec comme d'alêne.

L'intérêt particulier de cet instinct pour les évolutionistes, c'est qu'il se retrouve dans trois genres bien distincts. Son caractère singulier ne permet guère de penser qu'il s'est produit séparément dans chacun de ces trois genres* ; il doit provenir d'une or'gine commune par hérédité, et comme tel, sert à montrer qu'un instinct peut se perpétuer sans modification alors que les difiérences de structure ont dépassé les limites d'une diitinction d'espèces. Le genre Sylvia est originaire d'Italie ; ces oiseaux se servent de fils 'd'araignée qu'ils tirent des poches à œufs, et qu'ils passent dans des trous qu'ils pratiquent avec leur bec tout autour des feuilles. Les deux autres genres sont originaires de l'Inde.

Le baya de l'Inde suspend à une branche d'arbre son habitation, faite de brins d'herbe entrelacés, et façonnée comme une bouteille à long cou ; l'entrée est en bas, par mesure de précaution contre les serpents arboricoles et autres ennemis.

i. Il est à remarquer cependant qu'on trouve des instincts analogues et très particulier^ obea des animaux qu'on ne peut supposer descendre d*un ancQtre commun possédant déjà cet instinct ; tels sont les instincts, des fourmis et des termites et bien d'autres encore. [Traducteur.)

Sir E. Tennent, à qai j*ai emprunte ces détails, ajoute :

c Les indigènes prétendent que le mâle colle des mouches » à feu contre les parois du nid à Taide d*une espèce de » boue. M. Layard n a jamais réussi à découvrir de mouches » à feu ; mais il m'affirme que le nid du mâle (la femelle en a » un à elle pendant l'incubation) présente toujours une plaque » de boue de chaque côté du perchoir. »

Le docteur Buchanan confirme le dire des indigènes : c La » nuit, dit-il, les nids sont illuminés par une mouche à feu » collée avec de la terre glaise vers leur partie supérieure. » Quelquefois il y en a deux ou trois, et la lumière qu'elles » jettent dans les deux compartiments du nid, éblouit les » chauve-souris, ennemis redoutés des jeunes oiseaux. »

Pendant que le présent ouvrage est sous presse, une lettre de M. H, A. Severn, publiée dans Nature (xxiv, page 165), vient me fournir la confirmation du fait dont je viens de parler ; en tout cas, l'observation dont il s'agit vaut la peine d'ôtre citée à cause du rôle qu'y jouent les rats, rôle qui fournirait la raison d'ôtre de l'instinct de ces oiseaux.

« Je tiens de source sûre, dit M. Severn, que l'oiseau bou- » teille (bottle bird) de l'Inde protège son nid la nuit en collant » autour de l'entrée, avec de la terre glaise, plusieurs sca- » rabées lumineux. Il y a deux ou trois jours, un de mes amis » les plus intimes observait trois rats sur une poutre de son » chalet (bungalow) lorsqu'une mouche à feu vint s'établir » toufprès d'eux; les rats s'enfuirent aussitôt. »

D'après Gould, le Tallegalle d'Australie est une des plus curieuses découvertes ornithologiques dans l'ouest et le sud de cette contrée; « parce que, dit-il, cet oiseau au lieu de » couver ses œufs, les dépose dans des monceaux d'un mélange » de sable et d'herbes, dont la chaleur fait éclore les jeunes » qui en sortent en se frayant un chemin à travers la masse et commencent aussitôt une vie active. » [Oiseaux dCAustr,^ II, p. 155).

Sir George Grey a mesuré un de ces monceaux; il avait quarante-cinq pieds de circonférence, et s'il avait été achevé, il aurait eu cinq pieds de haut. La chaleur tout autour des œufs se trouve être de 89° Fahr.

Il y a une singulière aberration d'instinct que l'on constate chez certains oiseaux, particulièrement chez la fauvette, et

NIDS COLLECTIFS ÎJ/

qui consiste à construire un nid eu double. Au lieu d'achever son nid, l'oiseau en construit un autre avant de pondre et ne fait aucun usage du premier, excepté dans les rares occasions où il le préfère au second.

Les oiseaux se montrent parfois très excentriques dans le choix qu'ils font d'un gîte, et certains d'entre eux font preuve de beaucoup de perspicacité à revenir chaque année au même endroit; Bingley nous en fournit un exemple très frappant, tîn couple d'hirondelles avait construit son nid sur les ailes et le corps d'un hibou qui pendait à une poutre dans un hangar et oscillait à chaque coup de vent. Sir Ashton Lever mit le hibou et le nid dans son musée à titre de curiosité, et à leur place il fit suspendre un coquillage dans le creux duquel les hirondelles ne manquèrent pas de construire un nouveau nid à leur retour Tannée suivante. (Biogr. animale, II, p. 204.) Voici un extrait de Thompson « Passion des animaux » : « Le gros bec d'Afrique est l'un des rares exemples d'oiseaux » vivant en communauté et coopérant à la construction d'un » énorme nid destiné à l'usage de toute la tribu. Le témoi- » gnage de L. Vaillant a été amplement confirmé par d'autres » voyageurs. Je vis, dit-il, en chemin, un des nids immenses » que construisent ces oiseaux, auxquels j'ai donné le nom de » répuUicaîns\%i aussitôt arrivé au camp, j'envoyai quelques » hommes avec une charrette, pour me l'apporter, afin que » je pusse ouvrir et examiner cette ruche. Je le découpai à » coups de hache et m'aperçus que ce n'était qu'une masse » d'herbe (Boshman's sgrass) sans mélange aucun, mais si îs> bien entrelacée que la pluie ne pouvait le traverser. Sous » cette enveloppe, chaque oiseau construit son propre nid » dans l'angle du toit qui, grâce à son bout qui dépasse et à » sa légère inclinaison, sert à faire écouler l'eau et pré- » serve chaque petit réduit de l'atteinte de la pluie. Figurez- » vous un immense toit en pente et de forme irrégulière, » dont le bout recouvre une multitude de nids, serrés les uns » contre les autres, et vous aurez une idée assez exacte de » ces singuliers édifices. Chaque nid a de trois à quatre pouces » de diamètre; mais serrés comme ils le sont, rien ne les dis- » tingue les uns des autres, si^ce n'est une petite ouverture » qui sert d'entrée, et encore est-elle commune à trois nids, » deux côte à côte, le troisième en dessous. Le nid dont je

» viens de parler, était bien le plus considérable que j'eusse w rencontré dans mes voyages; il comptait 320 cellules habi- » tées, et, en attribuant à chacune un mâle et une femelle, » 640 habitants ; mais comme ces oiseaux sont polygames, il » y aurait erreur à calculer ainsi. » (Page 265.)

Les passages suivants sont tirés des Exemples dHnslinct de Couch (pages 22*7 et suivantes ) :

« M. Waterton dit que la nidifi -/ation du cygne domestique » présente un trait à signaler. Quand il commence à pondre, » son nid est de taille fort modeste, mais il grandit en hauteur » et en largeur avec le nombre des œufs. Tout en couvant, » l'oiseau saisit au passage les paquets d'herbe et de laîche, » et les incorpore dans son nid ; et cela pendant toute la durée » de la couvée, quelque temps qu'il fasse. Il y met une ardeur » vraiment surprenante, quand on songe queTédiflce est déjà » d'une grandeur et d'une solidité plus que suffisante. Mes » cygnes établissent d'habitude leur nid sur une lie hors » d'atteinte d'une inondation; mais la couveuse ne s'en montre » pas moins insatiable en fait de matériaux. Je mis une fois » à sa disposition deux énormes bottes de paille d'avoine )) qu'elle n'hésita pas à adjoindre à son nid, quoiqu'il fût déjà » fort grand et à l'abri de tout danger, môme par les plus » fortes pluies. . . Il est probable que c'est l'idée de chaleur, » plutôt que la crainte d'une inondation qui est au fond de » cette tendance à l'accumulation ; il n'en est pas moins M vrai que le cygne sauvage a Tinstinct du danger et un vif » sentiment des précautions à prendre pour y parer, comme » le prouve le récit du capitaine Parry, à propos de son » voyage vers le nord. Eu égard à la couche épaisse de neiga )) qui recouvrait toutes choses, les voyageurs avaient grand'- » peine à reconnaître si elle cachait de la glace ou de l'eau. » Mais certains oiseaux, qui vinrent nicher à peu de distance » des navires, ne s'y trompaient pas; et quand vint le dégel, » on put reconnaître que leur nid se trouvait placé sur une » lie au milieu du lac. »

Le môme auteur cite ailleurs {loc. cil,, page 225), une preuve d'instinct des plus remarquables de la part d'un cygne âgé de dix-huit à dix neuf ans qui avait élevé de nombreuses couvées et qui était choyé de tout le voisinage :

« L'oiseau était à couver quatre à cinq œufs; un jour qu'il

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