‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 32 sur 120 · NIDS : CYGNE, POULE D^EAU · texte numérisé non relu

NIDS : CYGNE, POULE D^EAU

» paraissait fort en peine de récolter herbes et d^^bris de » toute espèce pour élever son nid. un laboureur reçut 1 ordre » de lui porter une demi-brassée de chaume. Le cygne s'en » empara aussitôt et, par ce moyen, réussit à élever son nid » et le contenu de deux pieds et demi. La nuit suivante la » pluie tomba par torrents et fit de grands ravages ; l'homme » n'avait pas pris ses précautions, mais l'oiseau était sur ses » gardes : l'instinct l'emportait sur la raison. Les œufs ne » furent point atteints par l'eau, quoique le niveau en appro- » chat de bien près.

» Au commencement de l'été 1835, un couple de poules » d'eau fit son nid au bord de l'étang de Bell's Hill, pièce » d'eau considérable qu'alimente d'habitude une source sur 1» la hauteur, mais qui peut aussi recevoir à l'occasion le con- » tenu d'un autre grand étang. Or, tandis que la femelle était » à couver, il advint qu'on opéra ce déversement, et, comme » le nid avait été construit alors que le niveau de l'eau était » bas, la hausse de plusieurs pouces qui résulta de cette inon- » dation soudaine, mit l'édifice et, par suite, les œufs en » péril. Les oiseaux parurent comprendre la portée de l'inci- » dent et les précautions qu'il nécessitait, car quand le jardi- V nier (à la bonne foi duquel je puis entièrement me fier), » remarquant la crue, s'approcha pour voir si le nid n'était » pas détruit ou au moins abandonné, il s'aperçut que les » poules d'eau étaient fort occupées à entasser des matériaux » afin d'exhausser le nid et que, d'une manière ou d'une » autre, elles avaient réussi à enlever les œufs qui se trou- » valent sur Iherbe à un ou deux pieds du bord de l'eau. » Il les observa pendant quelque temps et vit leur nid s éle- » ver rapidement; malheureusement, de peur de les effarou- » cher, il crut devoir s'éloigner avant qu'elles eussent remis » leurs œufs en place Une heure après, quand il revint, la » femelle couvait et, au bout de quelques jours, la couvée » prenait l'eau. A quelque temps de là, on me montra le nid D en place, et je reconnus facilement la partie ajoutée. »

Je ne saurais clore ces remarques sur la nidification, sans faire allusion aux chapitres que M. Wallace a consacrés à « la philosophie des nids d'oiseau » dans son livre sur « la sélection naturelle ». Selon lui, ce ne serait pas l'instinct héréditaire qui apprendrait aux oiseaux à construire les diffé-

rentes formes de nid qui caractérisent leurs espèces respectives; il y aurait 4à un acte d'observation intelligente de la part des jeunes, qui imiteraient à leur tour la construction du nid où ils ont vu le jour. Je crois suffisant de faire remarquer que cette théorie pèche par les antécédents et n'est point con- ' armée dans le fait. En effet, en matière d'antécédents, quand une habitude — surtout une habitude spéciale et détaillée — a persisté pendant un certain nombre de générations, il y a à parier qu'elle est devenue instinctive ; si un nid d'oiseau est le résultat d'une imitation consciente, autant en pourrionsnous dire du nid du petit crustacé « Podocerus », et de la cellule de l'abeille à ruche. Quant à être confirmée par les faits, il faudrait pour cela que nous puissions constater des différences sensibles dans les nids d'une môme espèce ; car, en l'absence d'un instinct commun aux individus de môme espèce et leur inspirant un modèle unique d'architecture, il ne manquerait pas de se produire nombre d'idiosyncrasies, qui réduiraient l'uniformité du type à des traits généraux.

M. Wallace est mieux inspiré quand il indique l'existence d'une sorte de corrélation générale entre la forme du nid et la couleur de la femelle. Passant en revue les oiseaux du monde entier, il établit qu'en thèse générale (non toutefois sans de nombreuses exceptions), les femelles au plumage terne ont des nids ouverts, et celles aux couleurs éclatantes, des nids à dôme. Mais M. Darwin, après avoir scrupuleusement examiné les preuves à l'appui, nous montre clairement que M. Wallace se trompe en supposant que la couleur de la femelle résulte de la forme du nid par voie de sélection naturelle ; au contraire, c'est la forme du nid qui résulte de la couleur de la femelle *. Quoique les instincts de nidification ne varient pas autant que le comporterait la théorie de M. Wallace, ils sont pourtant très plastiques. Ainsi est-il arrivé au faucon, qui d'habitude niche sur les falaises, de déposer ses œufs à terre au milieu d'un marais ; l'aigle doré niche quelquefois à terre ou dans un arbre ; tandis que le héron s'éprend tantôt d'un arbre, tantôt d'une roche, tantôt de la rase campagne *. Audubon, de son côté, dans sa biographie ornithologique, cite plusieurs ex.era-

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